La première émission de «Y’a du monde à messe» montre un Lucien Bouchard détendu et avec «une capacité d’autodérision qu’on lui connaît peu», selon l’animateur, Christian Bégin.

«Y’a du monde à messe»: pas de sermon mais plus de confessions

CHRONIQUE / Pour une troisième saison, Christian Bégin ramène sa messe du vendredi soir et sa chorale gospel dès cette semaine. Dieu le père à Télé-Québec, c’est-à-dire Denis Dubois, lui a demandé de rester en ondes jusqu’à Noël dans la case de «Deux hommes en or». Une saison de 27 émissions de «Y’a du monde à messe», au cours de laquelle sont conviés des noms comme Véronique Cloutier, Benoît Dutrizac, Guylaine Tanguay, Monique Jérôme-Forget, Guy Jodoin et de la visite rare, Lucien Bouchard.

La productrice Marie-France Bazzo a dû se montrer convaincante auprès de l’ancien premier ministre, qui ne va pratiquement jamais sur ce type de plateau. M. Bouchard n’avait mis qu’une condition à passer au confessionnal de Christian Bégin : qu’on lui joue le début de la Toccata et fugue en ré mineur de Bach à l’orgue de cette ancienne église, vœu qui a été exaucé.

J’ai eu le privilège d’assister à l’enregistrement de deux émissions, au Théâtre Paradoxe à Montréal, une ancienne église où il règne une ambiance du tonnerre. La première était celle de Lucien Bouchard, qui partageait l’écran avec Pénélope McQuade, Émile Bilodeau, la boxeuse Marie-Ève Dicaire et le coiffeur Luc Vincent, qu’on verra plus tard cet été. En coulisses, on sentait l’équipe nerveuse avant l’enregistrement, l’ancien premier ministre semblant un peu impatient. «Il arrivait de reculons et n’était pas convaincu, mais il est parti très content de sa soirée. On a eu accès à un Lucien Bouchard souriant, qui avait une capacité d’autodérision qu’on lui connaît peu», me raconte un Christian Bégin soulagé. «Je ne partage pas l’ensemble de ses choix post-politiques, mais en même temps, j’ai un respect et une admiration incroyables pour lui, parce qu’il a participé à un mouvement historique au Québec. C’est une rencontre que j’appréhendais, j’avais des a priori, mais j’ai pu me laisser surprendre.»

Surprendre, c’est une des missions que se donne chaque vendredi Christian Bégin, dans un concept qu’il s’est très rapidement approprié, avec le succès que l’on sait. «Curieux Bégin tourne beaucoup autour de moi, même si je reçois des invités. Là, je suis une courroie de transmission pour susciter une conversation.» L’animateur assume d’ailleurs complètement la longueur de ses questions à deux volets, qui lui est parfois reprochée. «Ça fait partie de moi, de ma signature», plaide-t-il.

Homme de conviction, il trouve essentiel de recevoir aussi des gens qui ont des valeurs et des opinions diamétralement opposées aux siennes, comme c’est le cas avec Éric Duhaime cette saison. «Un de nos gros problèmes, c’est le clivage et la rupture de dialogue entre des gens qui ne pensent pas pareil. On se regroupe de plus en plus autour de gens qui pensent comme nous, qui nous confortent, mais la solution pour un vrai vivre-ensemble, c’est d’être capable d’entamer un dialogue avec quelqu’un qui ne pense pas comme nous. S’il y en a un qui est l’incarnation de ça, pour moi, c’est bien Éric Duhaime.» Et l’échange a bel et bien eu lieu, confie Christian Bégin. «Ça ne veut pas dire que je vais aller prendre une bière avec lui demain, mais ça ouvre la possibilité à un dialogue, qu’on a collectivement le devoir de provoquer.»

À un moment où on reproche souvent aux talk-shows d’inviter toujours les mêmes vedettes, Y’a du monde à messe s’efforce de faire connaître de nouvelles têtes et de les intégrer aux conversations, au même titre que les noms connus. Ça donne entre autres un très bel échange avec Luc Vincent, qui coiffe les femmes itinérantes, et qui a alimenté la discussion. «C’est fantastique de mettre en lumière des gens dont l’action est presque anonyme mais qui contribuent à la société. Les gens ont envie de rencontrer du nouveau monde, ils nous le disent beaucoup.»

À sa première saison en 2017, l’émission retenait 226 000 fidèles le vendredi soir. L’an dernier, ils étaient 207 000, encore de très bons chiffres pour Télé-Québec en plein été. Vous pouvez déjà spéculer sur le lien qui unit les premiers invités de vendredi à 21h : Boucar Diouf, Valérie Plante, Arnaud Soly, Christophe Savary et Ines Talbi. Christian Bégin est ravi que sa saison soit prolongée jusqu’en décembre. «C’est comme au théâtre : plus tu joues une pièce, meilleur t’es. J’apprends tous les jours sur ce plateau», m’a confié le comédien, qui travaille toujours sans cartons, préférant mémoriser ses questions. Lui qui tournait hier les 11e et 12e émissions de la saison en sort généralement enchanté, même s’il admet que l’entrevue avec François Bugingo la première année a été «un rendez-vous manqué». Tout le contraire cette fois pour l’émission avec Lucien Bouchard, une des meilleures que j’ai vues, qui donne lieu à un débat fort intéressant sur le gouffre générationnel et l’intérêt des jeunes pour la politique.

Sachez que l’émission a désormais son vin, le YAMM (pour «Y’a du monde à messe»), déjà sur les tablettes, en merlot et chardonnay (IGP Pays d’Oc), et dont les profits sont remis au Groupe Paradoxe. Comme quoi quand Christian Bégin est là, le vino n’est jamais bien loin.