Louis-José Houde a livré un gala rythmé, sans temps mort et efficace en diable.

Soupir de soulagement pour un gala réussi

CHRONIQUE / Imaginez un instant le malaise si Éric Lapointe avait remporté le Félix de l'interprète masculin de l'année. Méga malaise, devrais-je dire. Parce que ça aurait pu arriver. Disons-le clairement: la victoire de Loud, par ailleurs méritée et connue de l'ADISQ depuis plusieurs jours, a sauvé la fin de ce 41e gala, dans l'ensemble fort réussi.

On le dit année après année: Louis-José Houde est chez lui à l'ADISQ. Dimanche soir, il a livré un gala rythmé, sans temps mort et efficace en diable. L'absence d'Éric Lapointe, accusé de violence conjugale, n'a été évoquée d'aucune façon, même si on l'a aperçu très rapidement dans un montage musical en début de gala. Puis, on a eu droit à une ouverture du tonnerre tout en hip-hop, à l'image de la dernière année musicale, avec Loud, Sarahmée, FouKi, Souldia et Koriass. À plusieurs égards, le gala a célébré ce style qu'on confinait à un rôle de figurant, il n'y a pas si longtemps.

Louis-José Houde était là pour nous faire rire, et il y est parvenu. «Y'é huit heures et quatre, Mario Pelchat est déjà en tab...», a-t-il lancé d'emblée, rappelant la controverse de l'an dernier. Puis celle du Félix qu'Hubert Lenoir s'est envoyé dans la gorge. «C'était drôle, une fois!» a prévenu Louis-José, invitant les gagnants à «ne pas se l'insérer nulle part» ailleurs. On a la rançon de la gloire facile au Québec, a-t-il enchaîné. Une gloire relative qui lui vaut celle-ci d'une hôtesse du Normandin: «A m'a donné une bine, a m'a appelé Louis-Philippe!»

S'il a déjà eu de meilleurs monologues d'ouverture, celui sur la liste des demandes de FouKi, qui exige des grignotines, un coussin et un oreiller dans sa loge, était pas mal plus drôle. Un oreiller? Ne jamais toucher, conseille Louis-José, parce qu'on ne sait jamais qui était là la veille, «des fois que c'est Patrick Bruel, fait que tu touches à rien». S'il s'est tu sur l'affaire Lapointe, très récente, l'humoriste s'est permis celle-là sur Bruel. Le numéro sur la fin de MusiquePlus avec Ariane Moffat au piano était drôle, sympathique mais un peu long.

Musicalement et visuellement, ce gala était superbe et varié. On a clairement fait un effort sur la scénographie pour nous en mettre plein la vue, autant pour Marie-Mai que le duo Ariane Moffatt et Les Louanges. On a créé de beaux duos inattendus, comme celui d'Alexandra Stréliski et Elisapie dans des numéros qui attiraient l'oeil autant que l'oreille. Je comprends difficilement que Bleu Jeans Bleu, élu groupe de l'année, n'ait pas été invité à reprendre sur scène Coton ouaté, son ver d'oreille estival que l'assistance a fredonné spontanément quand le groupe est monté sur scène pour recevoir son prix. Croyez-moi, ça aurait dansé sur un temps rare.

J'aurais parié sur Les Louanges pour le Félix de la révélation, mais la statuette est allée à Alexandra Stréliski. «Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la douceur», a dit celle-ci. Les deux le méritaient, je vous recommande chaudement leurs spectacles. Il n'était pas trop tôt qu'on décerne le nouveau Félix de l'artiste autochtone dans le «vrai» gala. La remise a commencé de drôle de façon, avec Joséphine Bacon qui s'est permis un gag, mais s'est conclue dans l'émotion avec un Florent Vollant solennel: «On n'est pas juste ici parce qu'on est autochtones. On est ici parce qu'on est bons.»

La chanson de Ginette Reno, tout de rouge vêtue et accompagnée par les Petits chanteurs du Mont-Royal, donnait des frissons. Elle est encore en voix notre Ginette. Pierre Lapointe était presque au bout de son souffle à la fin de sa montée de lait sur les multinationales qui ne paient pas d'impôt. L'artiste s'est indigné de n'avoir reçu que 500$ pour un million d'écoutes d'une de ses chansons sur Spotify. «Je sais pas vous, mais ma contribution vaut plus que 500$», a-t-il envoyé aux nombreux politiciens dans la salle. «Il en va de notre survie culturelle!» a-t-il scandé, invitant les gouvernements à réagir, avant que l'assistance l'appuie d'une ovation.

On s'est longtemps plaint de la longueur des discours, on serait mal venus de critiquer l'ADISQ de vouloir les écourter. Mais le rythme qui se fait entendre pour faire taire les gagnants donne plus envie de danser que d'arrêter de parler. Et Michel Rivard ne s'est pas éternisé, il me semble. À revoir pour l'an prochain. Pour le reste, on peut dire qu'on a passé une bonne soirée, et que ces deux heures et quelques ont passé bien vite.

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