Cet avant-dernier épisode, sans doute le plus violent, m’a laissé sur le cul dimanche soir. On nageait en plein film d’horreur, se demandant ce qui allait rester de Port-Réal. Eh bien, à peu près rien.

Le Trône de fer: la saison à refaire?

CHRONIQUE / Aussi bien vous le dire tout de suite : cette chronique contient des éléments qui risquent d’insatisfaire ceux et celles qui n’ont pas vu l’avant-dernier épisode du «Trône de fer» («Game of Thrones»), diffusé dimanche dernier. Alerte aux divulgâcheurs.

Voilà, c’est dit. Les fans l’ont attendue avec impatience cette huitième et ultime saison, presque deux ans après la chute du mur et l’invasion des marcheurs blancs. À quelques jours de la grande finale, ils sont sens dessus dessous. Cet épisode d’Apocalypse, sans doute le plus violent, m’a laissé sur le cul dimanche soir. On nageait en plein film d’horreur, se demandant ce qui allait rester de Port-Réal. Eh bien, à peu près rien. La scène de bataille entre Sandor et Gregory était aussi interminable qu’insoutenable, yeux crevés et couteau dans la tête inclus.

Ce cinquième épisode, qu’on dira maudit, a obtenu la plus faible cote de toute la série sur le site Rotten Tomatoes. À l’inverse, il a rassemblé 18,4 millions de télé­spectateurs, un record pour la série. La grogne est bien réelle, des fans ont même lancé une pétition pour faire réécrire la dernière saison de la série. L’auteur des romans, George R.R. Martin, qui a travaillé étroitement avec HBO jusqu’à la cinquième saison, avait prédit cette polémique. N’empêche, il a confié à 60 Minutes que son histoire ne devrait pas trop différer de celle de la série télé, sauf pour les personnages secondaires. Il peut toujours changer d’idée.

Bien entendu, je souhaitais depuis le premier jour voir Cersei Lannister périr dans d’atroces souffrances, à la hauteur de sa cruauté. Mais je n’avais pas imaginé que cette femme forte, qu’on a confinée à regarder par sa fenêtre du donjon rouge, mourrait bêtement ensevelie sous les pierres, enlaçant son jumeau et amant, une scène ridiculisée sur les réseaux sociaux. Tout ça après l’idylle bâclée entre Jaime et Brienne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette huitième et ultime saison très attendue a déstabilisé les fans de la première heure. De l’avis de plusieurs, les personnages ont pris une toute autre dimension, souvent incohérente avec leur véritable nature. Le meilleur exemple en est Daenerys Targaryen, la mère des Dragons, pacifique depuis toujours, épargnant les innocents et même les coupables, mais devenue soudainement cruelle et sans pitié. La voir détruire Port-Réal à dos de dragon, faisant fi des cloches indiquant la reddition de l’armée de Cersei, avait quelque chose de surréaliste. Déception pour ceux qui, comme moi, s’accrochaient à la profondeur d’âme de ce personnage de pouvoir. Or, d’autres se sont souvenus que Daenerys avait eu une vision de la salle du Trône recouverte de cendres, dès la deuxième saison. Un rêve prémonitoire en quelque sorte. D’autres scènes ont servi de présages à cette hécatombe. Il n’y a rien qui arrive pour rien.

De tous, Jon Snow est celui qui est resté le plus fidèle à lui-même, mais il regrettera sans doute amèrement sa confiance presque aveugle en Daenerys. Quoi qu’on en dise, cette huitième saison aura atteint des sommets d’effets visuels mystifiants. La bataille nocturne, qui a nécessité 55 nuits de tournage, était particulièrement saisissante, mais jamais autant que la destruction de Port-Réal. Et les dragons m’apparaissaient réels, même si personne n’aurait été capable de se tenir sur leur dos comme l’ont fait Daenerys et Jon Snow.

Comment se conclura cette grande saga? La fin apaisera-t-elle un peu les fans déçus? Rendez-vous dimanche à HBO à 21h, en simultané à Super Écran, avec sous-titres français, avant la diffusion de l’épisode en version doublée, lundi à 22h. Mon seul souhait : ne tuez pas Jon Snow.