Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Josélito ne parle jamais avec ses invités avant de les interviewer, mis à part pour les prévenir que certaines questions risquent d'être difficiles.
Josélito ne parle jamais avec ses invités avant de les interviewer, mis à part pour les prévenir que certaines questions risquent d'être difficiles.

Josélito et ses inconnus d'exception

CHRONIQUE / Josélito Michaud carbure aux confidences. Pour faire de la bonne télé, sûrement, mais beaucoup pour saisir les nuances de l'être humain, celles qu'on ne veut pas toujours voir. Ça tombe bien, parce que ça manque cruellement de nuances par les temps qui courent dans nos rapports, vous ne trouvez pas?

L'animateur revient sur ICI Télé le temps de sept émissions de Josélito au cœur du monde, diffusées dès samedi à 20h, tout de suite après En direct de la rentrée sur ICI Télé. Le Josélito de cette nouvelle série est sensiblement le même que celui d'On prend toujours un train, celui qui cherche à comprendre avec empathie les motivations de ses invités, et l'impact de leurs décisions sur le reste de leur vie.

Si votre fils ou votre fille avait commis un meurtre, lui parleriez-vous encore? Dilemme terrible pour des parents, tiraillés entre l'amour et la honte. C'est dans le thème de la première émission: «Quand on commet l'irréparable». L'animateur y rencontre Daniel Benson, condamné pour meurtre après avoir assassiné son beau-père en juin 1982 à Oka. L'homme a purgé 17 ans de prison. Même si son beau-père violentait sa mère, qu'il l'a tué pour protéger les siens, Daniel Benson croit avoir mérité sa peine de prison. Sa franchise à l'écran, qui relève du courage, permet de mesurer l'ampleur des dégâts posés par un tel geste. Une vie hypothéquée par deux coups de fusil, qui font toute la différence.

La mère de Daniel Benson, qui se confie aussi à Josélito, n'en a jamais voulu à son fils. Elle ne peut nier que la mort de son ex-conjoint a été une libération, et elle a encore du mal à croire que c'est l'oeuvre de son fils, qui a pourtant avoué son crime. Lorsqu'il était en prison, elle lui rendait visite trois fois par semaine. La demi-soeur de Daniel, Karine, dit n'avoir jamais retrouvé son frère tel qu'il était avant son crime, qu'il a été libéré «physiquement mais pas mentalement». Manifestement, ces gens-là s'aiment.

Le deuxième cas abordé dans l'émission est celui de Frédérick Gingras, qui a tué deux personnes en décembre 2016 à Montréal, avant qu'on lui diagnostique un trouble de schizophrénie. Sa tante Caroline le soutient malgré tout, mais a voulu s'enlever la vie à trois reprises. L'entrevue avec sa soeur Amy, qui ne reconnaît plus vraiment son frère, est aussi très émouvante. Carolanne Cyr-Vanier, fille d'une des victimes de Gingras, est incapable de lui pardonner son geste, mais n'en veut pas à la famille.

«Quand on commet l'irréparable» a nécessité deux émissions, la deuxième étant diffusée à la fin de la série, le 24 octobre. On y donne entre autres la parole à Monique Lépine, mère du tueur de Polytechnique. «Quand on a vécu un attentat» se déploie aussi en deux émissions, les 3 et 10 octobre. Seule personnalité connue de la série, Pauline Marois revient sur la soirée de son élection et sur ce qu'elle est capable maintenant d'appeler un attentat. On revient sur celui de la mosquée de Québec, douloureux souvenir encore frais à nos mémoires.

«Quand on prête son corps», le 19 septembre, s'intéresse aux mères porteuses et aux couples qui font appel à elles. Pouvez-vous croire que les mères porteuses se font juger sévèrement? Se font traiter de mauvaises mères et d'égoïstes? Se font dire qu'elles le font pour l'argent, alors qu'elles ne sont pas rémunérées au Québec? Même en 2020, on a le jugement facile. Vivre et laisser vivre, c'est un concept qui ne sied pas à tout le monde semble-t-il.

Pour «Quand on est accusé injustement», le 26 septembre, Josélito parle avec Réjean Hinse, condamné par erreur. Enfin, le 17 octobre, «Quand on change de vie» traite entre autres du changement de sexe. Josélito, qui a eu le temps de tourner toute la série avant le début de la pandémie, pose toujours les bonnes questions. Soulignons l'impeccable réalisation de Marianne Farley, Adam Kosh, Brigitte Couture et Pierre-Antoine Fournier. De son côté, Véronique Béliveau, aussi la conjointe de Josélito Michaud, est productrice au contenu.

SECRETS DE COULISSES

Attirer la confession a bien servi Josélito Michaud – les gens ont pleine confiance en lui –, mais il y avait un prix à payer. À l'époque d'On prend toujours un train, l'animateur recevait tant d'appels à l'aide de la population qu'il a fini par se sentir envahi et par mettre un terme à l'émission. «Je n'étais plus capable. Je recevais des centaines de lettres, des milliers de courriels de gens qui voulaient que j'entende leur histoire. À l'épicerie, les gens m'arrêtaient constamment.» Ne se sentant pas outillé pour leur répondre adéquatement, il les référait à des organismes d'aide. «Moi-même, je me suis mis à consulter. Je ne comprenais pas tout ce qui m'arrivait.»

En pesant le pour et le contre, il a eu de nouveau envie de donner la parole à ceux qu'il appelle ces «inconnus d'exception». «Parce qu'il faut le faire et que j'avais vraiment envie de revenir», confie-t-il. Mais déjà, les gens n'ont vu que la bande-annonce et ont recommencé à l'aborder à l'épicerie.

Autre secret de coulisses: Josélito ne parle jamais avec ses invités avant de les interviewer, mis à part pour les prévenir que certaines questions risquent d'être difficiles. Il n'insiste pas non plus quand il reçoit un refus, à l'exemple de son modèle, Oprah Winfrey. «Je respecte beaucoup les gens qui disent non. Quand c'est non, c'est non. On l'accepte.» Dans l'émission sur les mères porteuses, un couple de parents gais a refusé de se montrer à l'écran, un choix qui a bien sûr été respecté.

Je vous le concède, voilà des sujets pas toujours jojo qui en rebuteront certains. Mais ce qui en ressort est lumineux, malgré tout. Il n'y a pas là de bla bla inutile, on sent une réelle volonté de mettre des mots sur des expériences souvent difficiles, mais d'autres heureuses.