Pier-Luc Funk et Catherine Brunet sont les vedettes de «Pour toujours, plus un jour», première production originale du pendant francophone de Crave.

Crave en français: une déclaration de guerre

CHRONIQUE / Imaginez le portrait : une plateforme de diffusion en français qui regroupe le catalogue des séries de HBO et de Showtime, une sélection du contenu des chaînes de Bell Média dont Super Écran, en plus de 30 nouvelles productions originales québécoises seulement cette année. Ces 6000 heures de contenu en français disponibles dès maintenant représentent une véritable déclaration de guerre de Crave (Bell Média) contre Club illico, la plateforme de Québecor.

On peut le voir de deux façons. Le pendant francophone de Crave, déjà très prisé en anglais, stimulera la production de nouvelles séries québécoises, bonifiant l’offre francophone à côté des Netflix, Amazon, Disney+ et Apple TV+ de ce monde. D’un autre côté, on viendra à nouveau piger dans notre portefeuille, déjà beaucoup sollicité par l’Extra d’ICI Tou.tv, dont Québecor veut obtenir la peau, et Club illico. Pour Crave, il en coûtera 9,99 $ par mois, ou 19,98 $ pour avoir accès au contenu intégral de Super Écran. Une minorité d’accros paieront pour tout ça; la majorité risque de magasiner, et donc, de renoncer à des services pour en choisir d’autres. Au fait, si vous avez déjà Crave en anglais, vous aurez aussi accès à la portion francophone.

Disons la vérité : l’auditoire québécois préfère encore regarder ses séries américaines doublées en français, et de loin. Le grand avantage de Crave, c’est que les séries de HBO seront disponibles en français le même jour qu’en anglais, comme le fait Netflix. HBO, c’est entre autres Succession, récompensé trois fois aux derniers Golden Globe. En 2020, on ne peut plus attendre des mois et des années pour voir la version française. Par contre, Showtime fait son difficile, et ne fournit pas encore les versions françaises en même temps que les originales anglaises. Club illico s’améliore, mais offre encore La servante écarlate et d’autres populaires séries avec un certain délai.

Cette petite bombe dans l’écosystème télévisuel québécois a été larguée par Bell Média, lors du visionnement de Pour toujours, plus un jour, première production originale de Crave. Dans cette série de 14 demi-heures, des producteurs du Chalet, Pier-Luc Funk incarne Chuck, un jeune homme qui n’a plus qu’une année à vivre et qui décide de faire tout ce dont il a envie, avec sa blonde Delphine, jouée par Catherine Brunet. J’ai beaucoup aimé les deux premiers épisodes, qui font rire et pleurer dans la même scène, la grande force de cette série, pas du tout déprimante malgré sa prémisse. Les acteurs y sont vrais, des principaux jusqu’à leur entourage. Isabelle Brouillette est excellente dans le rôle de la mère, tout comme Rémi Goulet dans celui du frère de Chuck. En voyant ce couple conjurer le sort en gardant le sourire, on ne peut s’empêcher de penser à notre propre vie s’il fallait qu’on nous annonce qu’il ne nous reste qu’un an sur cette Terre. Ces deux premiers épisodes sont disponibles sur Crave, puis les suivants le seront chaque mardi, à raison d’un épisode par semaine, une tendance adoptée par Disney+ et Apple TV+.

Parmi les autres titres intéressants à venir : Le dernier vol de Raymond Boulanger, série documentaire sur l’ancien pilote d’avion québécois, trafiquant de drogues qui a notamment travaillé pour Pablo Escobar et qu’on pourrait qualifier de «criminel sympathique». De même que Sur les traces d’un tueur en série, sur des meurtres commis sur le territoire québécois et non résolus depuis plus de 40 ans. On annonce déjà trois séries québécoises en développement : Sortez-moi de moi, de Sophie Lorain et Alexis Durand-Brault, Le campus, d’Anne Boyer et Michel d’Astous, de même qu’Edgar, une série policière.

Autre symbole de la rivalité Bell-Québecor, qui ne risque pas de s’éteindre de sitôt : le lancement de mardi marquait l’entrée en scène chez Bell Média de Suzane Landry, qui arrive tout droit de TVA, et qui a été nommée vice-présidente développement de contenu et programmation de langue française, dans l’imposant jeu de chaises musicales de l’automne chez les grandes chaînes. En arrivant chez Bell Média, et en héritant des chaînes spécialisées et du volet francophone de Crave, Suzane Landry dispose ainsi d’un beau et immense terrain de jeu, le genre de défi qui ne se refuse pas.

Julien Lacroix: y avez-vous cru?

Au début, j’y ai tout de suite vu un gag : Julien Lacroix, complètement ivre, qui cuve son vin devant l’animatrice, lundi soir en direct à La semaine des 4 Julie. Mais l’humoriste, qui feignait bien l’ivresse, a presque failli me convaincre. La scène s’est éternisée, au point que je me demande pourquoi Julie Snyder n’envoyait pas à la pause. Jusqu’à ce qu’il s’urine dessus comme Bradley Cooper dans Une étoile est née, et qu’on annonce qu’il s’agissait d’un canular. Étrange moment de télé, qui a fait énormément jaser. L’émission de lundi a rallié 233 000 fidèles sur V, contre 1191 000 pour Fugueuse, toujours aussi invraisemblable à TVA, et 681 000 pour Les pays d’en haut à ICI Télé.