Ce projet futuriste d’un monorail interurbain pourrait faire rêver, s’il ne sentait pas tant la diversion et l’électoralisme, affirme notre chroniqueur François Bourque.

Retour vers le futur

CHRONIQUE / Le premier ministre Philippe Couillard a relancé en fin de semaine l’idée d’un monorail électrique à grande vitesse entre Québec et Montréal.

Ce pourrait être une bonne nouvelle. Tout le monde souhaite que le Québec innove en misant sur ses compétences et ses ressources naturelles.

Il y a ici l’exemple du Réseau électrique métropolitain (REM) et du métro à Montréal. Juste dommage qu’il n’y ait pas eu le même intérêt pour le tramway électrique de Québec. Ce projet futuriste d’un monorail interurbain pourrait faire rêver, s’il ne sentait pas tant la diversion et l’électoralisme. 

L’échéancier de 2022 pour la conception qu’évoquent les libéraux tient de la pure science-fiction, si ce n’est de l’utopie.  

On y arriverait au cinéma, dans un prochain Blade Runner de Villeneuve par exemple, mais on est ici dans la vraie vie.

La vraie vie, c’est que ça fait 50 ans que les projets canadiens de TGV et de trains à grande fréquence (TGF) s’enlisent sur les voies d’évitement, faute de financement, malgré des technologies éprouvées.

Il est invraisemblable de penser faire mieux ou plus vite avec un monorail à moteur-roue dont la technologie reste à inventer ou adapter. 

C’est déjà compliqué de faire aboutir les projets mûrs. Imaginez les autres.

La technologie, aussi performante soit-elle, ne garantit pas le succès d’un système de transport en commun. 

Il faut des investisseurs, un corridor viable au plan économique et environnemental, des prix accessibles, des connexions intermodales, etc. On ne sait encore rien de tout cela.

La seule logique à ramener ce projet maintenant est une logique électorale. M.Couillard n’a ici rien inventé.

Sa sortie de la fin de semaine au lancement (non officiel) de sa campagne électorale avait des relents de Retour vers le futur.

Le 19 août 1994, le premier ministre Daniel Johnson fils, aujourd’hui conseiller de M. Couillard, avait lancé sa campagne électorale avec cette même idée de moteur-roue.

M. Johnson voulait créer une industrie québécoise du transport électrique à partir de l’invention de l’ingénieur Pierre Couture d’Hydro-Québec. Il parlait d’y consacrer 100 M$.

À cette époque, le Parti libéral rêvait pour l’an 2000 d’une auto électrique conçue, fabriquée et commercialisée au Québec. 

M. Johnson perdra cependant ses élections de cet automne-là et Hydro-Québec abandonnera le programme de moteur-roue l’été suivant. 

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Des partisans de l’inventeur portent depuis le flambeau du moteur-roue. Ils relancent périodiquement les médias et déposent des mémoires devant les instances publiques. 

Ce que j’en vois m’incite cependant à me méfier. Vous irez voir cette vidéo sur le site www.trensquebec.qc.ca/le-moteur-roue.

Avons-nous vraiment le goût de voir pousser des pylônes de ciment de 20 pieds de haut pour y accrocher un monorail volant? 

Passe toujours le long d’autoroutes interurbaines, mais sur le boulevard René–Lévesque, devant le Parlement, en bouchant la vue sur les montagnes? La seule issue serait d’envoyer le monorail sous terre. Ça passerait mieux, mais ne serait pas moins cher.

Sur cette même vidéo, on voit des petites cabines filer sur le rail aérien aux deux ou trois secondes. 

C’est magnifique le futur, mais ces cabines, il faudra bien y faire monter et descendre des passagers. Ils vont faire ça comment pour arriver à une cadence de quelques secondes entre les cabines? Ça fait de belles images, mais c’est le genre de boulechite qui ne rend pas service au projet ni à la technologie.