Steve Bergeron

Résident... et vil

CHRONIQUE / La Presse me tombe sur les nerfs avec son utilisation de «résidant» au lieu de «résident» dans les CHSLD et ailleurs. Notez que le terme juste est «un résident» et non «un résidant». Une chance qu’on a les autres médias. Le Soleil n’a jamais adopté cette erreur (Martin Edwards, Québec).

C’est la troisième fois que je publie une chronique sur cette querelle entre «résidant» et «résident». Et depuis la première, en mars 2004, rien n’a vraiment changé. Tout le monde campe encore sur ses positions. Et comme chacun y va de ses explications, il est très difficile de résumer tous ces points de vue. 

La dernière fois (en 2013), j’avais lancé la serviette, en répondant que vous pouvez tout aussi bien écrire «résidant» que «résident», puisque, de toute façon, vous allez trouver une source pour vous dire que vous avez raison (et c’est toujours vrai aujourd’hui).

N’empêche qu’en relisant la fiche de la Banque de dépannage linguistique, qui a tout de même subi quelques pertinentes mises à jour depuis 2004, j’ai trouvé des nuances qui permettent de mieux saisir l’enjeu. Assez pour que je me risque davantage cette fois-ci.

Commençons par ce sur quoi tout le monde s’entend : le participe présent. Là, il n’y a aucun doute, c’est «résidant» avec un a qu’il faut employer.


«Les étudiants résidant à la cité universitaire viennent des cinq continents.»


Ça se gâte quand on arrive au nom. Le camp du A soutient que le mot «résident» doit être réservé aux gens qui résident dans un pays autre que leur pays d’origine, comme le confirment les principaux dictionnaires. Les tenants du E estiment qu’il est plus simple et plus logique de toujours écrire «résident», y compris pour désigner une personne qui réside dans un lieu donné. La BDL fait une comparaison avec le verbe «présider», auquel on associe «président» et «présidence», et «présidant» seulement au participe présent. Mais l’équipe des A rappelle que plusieurs noms formés à partir d’un verbe se terminent par «-ant» («habitant», «participant», «étudiant»).

Bref, personne n’a totalement tort, et la BDL le reconnaît (elle accepte que l’on écrive également «un résidant», «une résidante»). C’est seulement que l’option qu’elle propose est plus simple. Et vous savez comme j’aime la simplicité! 

Pour appuyer cette thèse, on pourrait citer «confidence» et «confident», «évidence» et «évident», «incidence» et «incident», «décadence» et «décadent». Choisir «résidence» et «résidant», c’est privilégier l’exception, en quelque sorte.

Mais l’importante nuance qu’apporte la BDL, c’est de faire une distinction entre la langue générale et la langue spécialisée. La guéguerre entre les E et la A se situe dans la langue générale. Quand on tombe dans la langue spécialisée, tout le monde s’entend à nouveau. Ainsi, en droit, le mot «résident» renvoie à une personne établie dans un pays autre que son pays d’origine (tel «résident permanent»). En médecine, il désigne un ou une médecin qui fait une spécialisation (on l’emploie aussi comme adjectif dans ce contexte, tel «médecin résident»).

Mais à la fin, coquine, la BDL termine par un petite remarque favorisant sa thèse, dans laquelle elle laisse entendre: «Vous ne trouveriez pas plus logique qu’on écrive "résident" tout le temps plutôt que d’avoir deux orthographes différentes? »

C’est «Le bon usage» de Grevisse et Goosse qui est le plus sage dans ce débat: «Il est souhaitable, pour le bien des usagers, que l’on sorte de ce désordre.» 

Dernier détail: un des ouvrages qui soutient le camp du A est le «Lexique des difficultés du français dans les médias» de Paul Roux (ce dernier considère «résident» comme un anglicisme). M. Roux étant l’ancien chroniqueur linguistique de La Presse, vous comprenez maintenant pourquoi ce média privilégie cette orthographe... qui, je vous le rappelle, n’est pas incorrecte.


Perles de la semaine


Un examen sur les auteurs dont les réponses sont ô tristes!


«Avant l’imprimerie, il fallait si longtemps pour écrire un livre qu’on n’avait même plus le temps de le lire.»

«Cette œuvre de Jean de La Bruyère s’intitule "Les cratères" ["Les caractères"].»

«La Fontaine écrivait beaucoup d’histoires d’animaux, comme "Le chêne et le roseau ".»

«Marivaux a eu beaucoup de succès avec "Les fausses qu’on finance" ["Les fausses confidences"].»

«Jean-Paul Sartre a intitulé son autobiographie "Les mots" parce qu’il y a beaucoup de mots dedans.»


Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.