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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Après avoir volé très haut, la gouverneure générale a quitté ses fonctions par une petite porte, jeudi.
Après avoir volé très haut, la gouverneure générale a quitté ses fonctions par une petite porte, jeudi.

Remplacer la monarchie? «Par quoi?», demandait Legault

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CHRONIQUE / En remettant sa démission, Julie Payette a retiré une épine du pied de Justin Trudeau, qui était mal pris avec le rapport d’enquête confirmant l’existence d’un climat de travail toxique à Rideau Hall. Mais puisque c’est lui et non un comité consultatif qui avait recommandé Mme Payette à cette fonction, les partis d’opposition conserveront pendant un certain temps des munitions politiques.

Après avoir volé très haut, la gouverneure générale a quitté ses fonctions par une petite porte, jeudi. Nommée en octobre 2017 avec une auréole sur la tête, l’ancienne astronaute part avec une réputation amochée. Mme Payette est tombée de haut.

Son départ fracassant ravivera les discussions sur la pertinence de ce poste, voire les demandes d’abolition, ce qui ne se produira pas. Il ravivera davantage ces discussions au Québec où le poste de lieutenant-gouverneur est régulièrement pris pour cible. Les représentants de la Reine y sont davantage vus comme un reliquat du passé que dans le reste du Canada. Ils y symbolisent un lien avec une monarchie davantage honnie que dans d’autres provinces.

Les tricheries de l’ex-lieutenante-gouverneure du Québec Lise Thibault n’ont rien fait pour redorer le lustre de cette fonction, même si ses successeurs depuis 2007 ont adopté un profil bas. C’est le cas de J. Michel Doyon, l’actuel lieutenant-gouverneur du Québec.

Lise Thibault avait réussi le triste exploit de discréditer davantage une fonction qui l’était déjà pas mal. Elle réclamait à Ottawa ou à Québec des remboursements pour des dépenses personnelles, ou déjà défrayées par un des deux gouvernements. Elle arrondissait ses fins de mois.

Ce qui est reproché à Julie Payette et à sa principale collaboratrice n’a rien à voir avec de la fraude. Il est question d’intimidation au travail et de harcèlement, selon des fuites du rapport d’enquête commandé par le bureau du premier ministre Trudeau. Mais la démission de la gouverneure générale offre une occasion de discuter, de débattre. Et sans doute de... tourner encore en rond.

En 2012, tout juste élu, le gouvernement de Pauline Marois avait réclamé l’abolition du poste de lieutenant-gouverneur au Québec. C’était comme une incantation. C’était pour faire plaisir à bien des Québécois.

Le Parti québécois a depuis longtemps le poste de lieutenant-gouverneur dans le collimateur. En juin 2010, Pascal Bérubé avait déposé une pétition réclamant son abolition.

En 2015, François Legault avait raillé la position du PQ. «En pratique, à part attendre le grand soir de la souveraineté, que propose le Parti québécois? On est tous pour l’abolition du poste de lieutenant-gouverneur […]. Mais par quoi on le remplace?»

M. Legault n’apprécie pas ce symbole, mais il s’en accommode. Comme bien des Québécois.

En 2016, Martine Ouellet, alors candidate à la direction du Parti québécois, avait sa solution. Elle proposait que le futur «président de la République du Québec» devienne le chef de l’État d’un Québec indépendant. Celui-ci devait être nommé par une majorité des deux tiers des députés de l’Assemblée nationale, disait-elle. Ce président devait exercer le même rôle qu’exerce le lieutenant-gouverneur puisque, comme aujourd’hui, c’est un premier ministre qui devait assurer la gouverne des affaires, ajoutait-elle.

De telles discussions sont sans fin car elles ne sont jamais urgentes. Il y a toujours mieux à faire. C’est encore le cas. Et on ne change pas l'ordre constitutionnel comme ça, sur le coin d'une table.