Reculer sur l’avance

CHRONIQUE / J’écoute beaucoup d’émissions sportives et je suis toujours dérangée d’entendre: «Ils ont une avance de 3 à 0.» Il me semble qu’on doit dire: «Ils ont une avance de trois parties.» Ou alors «ils sont en avance 3 à 0». Qu’en pensez-vous? (Olyve Legendre, Québec)

Disons ici que le commentateur sportif agglutine deux concepts afin de livrer le plus d’information avec le moins de mots possible. Ce faisant, il massacre un peu le véritable sens.

Parce que 3 à 0, ce n’est pas une avance: c’est une marque, un score, un pointage. Comme vous le dites, l’avance, ici, ce sont les trois points de plus du sportif ou de l’équipe sportive qui mène.

Le problème du commentateur, lorsqu’il commence sa phrase par «tel athlète» ou «telle équipe a une avance de trois points», c’est qu’il se retrouve coincé: il a donné l’avance, mais pas le nombre de points marqués dans chaque camp. C’est bien beau, une avance de trois points, mais encore faudrait-il informer du score les auditeurs ou les téléspectateurs qui viennent d’arriver. Alors il prend un raccourci... dans lequel la précision du vocabulaire se fait raboter.

Pourtant, il suffit de quelques ajustements pour obtenir une tournure tout à fait correcte. On peut, comme vous le suggérez, juxtaposer la locution adverbiale «en avance» avec le score, lequel emprunte dans ce contexte une fonction proche de l’adverbe. Il est également possible de recourir à «prendre l’avance» ou à «d’avance». On peut aussi simplement créer une autre phrase pour donner le pointage.


«Rafael Nadal prend l’avance 40-15 sur Roger Federer.»

«Les Maple Leafs ont une avance de trois buts, c’est maintenant 4 à 1.»

«L’équipe n’a plus qu’un point d’avance, la marque est de 6 à 5 en huitième manche.»


                                                                            ***


«La locution "par exemple" est parfois utilisée par les Québécois sans qu’il y ait d’exemple à souligner. Elle remplace souvent "toutefois".» (Robert Aucoin, Lévis)


Encore une fois, nous avons affaire à un tour langagier presque disparu outre-Atlantique mais toujours bien vivant ici. Car, ne vous détrompez pas, il ne s’agit pas d’une invention québécoise mais bien française, dont on trouve encore des traces dans les vieux dictionnaires, tel le Trésor de la langue française, et même dans des ouvrages plus récents. Benoît Melançon, du blogue L’Oreille tendue, en a débusqué dans des romans français publiés en 1956 et en 1987.

Ce «par exemple», que beaucoup de Québécois prononcent «parzempe» (Léandre Bergeron l’a écrit ainsi dans son «Dictionnaire de la langue québécoise») et placent en fin de phrase, exprime une forme d’opposition, le plus souvent une restriction ou une condition. Il est synonyme de «par contre», «en revanche», «cependant», «malgré tout», «quand même», «en dépit de cela» ou tout simplement «mais». Tous ces mots et locutions sont à privilégier dans un contexte de langue soutenue. Dans les énoncés qui suivent, on pourrait remplacer «par exemple» par «mais» en début de phrase.


«Ça va pour cette fois. Ne recommence pas par exemple!»

«Je prends deux sucres dans mon café. Sans lait par exemple!»

«J’ai pris deux robes. Je ne les ai pas essayées par exemple.»


Perles de la semaine


Il y a les études biologiques... et les réponses d’examen bio-illogiques.


«Le tissu tissé autour de notre corps est le tissu tissulaire [cellulaire].»

«C’est dans les chromosomes qu’on trouve le jeune homme [génome].»

«L’os de l’épaule s’appelle la canicule.»

«Le fessier est un organe en forme de coussin qui sert à s’asseoir.»

«Quand une femme n’a plus de règles, c’est la mésopotamie.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.