La mise en marché de la Fête du Lac n’est pas à la hauteur de l’événement. Sherbrooke aurait avantage à s’inspirer du marketing punché et accrocheur de Tourisme Trois-Rivières.

Recettes des fêtes

Vincent Vallières a brassé sa « guit’ électrique » en interprétant Café Lézard, puis il a rendu ses cordes acoustiques vibrantes d’émotion, lui, le Ti-Cul s’étant projeté sur la grande scène du temps qu’il n’était que jeune festivalier.

Sa chanson fétiche a été celle des remerciements et l’expression de son attachement comme Sherbrookois à l’événement qui traverse le temps depuis plus de 35 ans.

« Au bout de nos doutes, au bout de la route... on va s’aimer encore. »

La Fête du Lac ne baigne plus dans l’incertitude financière ayant failli la noyer il y a une quinzaine d’années. Elle est solide et santé. Mais est-elle saturée?

Chose certaine, en rayonnement, les résultats sont moins convaincants.  

Destination Sherbrooke annonce par exemple sur son site internet des forfaits pour Foresta Lumina ou pour une visite des champs de Bleu Lavande, mais aucun pour la Fête du Lac.

« La formule des forfaits est plus intéressante pour les hôteliers avec les activités de longue durée que pour les événements, qui leur offrent une fenêtre d’opportunité pour louer leurs chambres à meilleur prix. C’est une logique d’affaires et nous ne pouvons d’aucune façon leur forcer la main », répond le directeur général de Destination Sherbrooke, Denis Bernier, en établissant plutôt le parallèle avec les forfaits pour le spectacle saisonnier Starmania présenté à la Place Nikitotek ou celui de l’humoriste Lise Dion qui passe le mois de juillet à la salle Maurice-O’Bready.

En Outaouais, une liste d’une dizaine d’hôteliers offrant un rabais de 10 % sur les billets d’entrée au Festival de montgolfières de Gatineau est affichée sur le site internet de cet événement. À Québec, l’hôtel Hilton s’affichait comme partenaire du Festival d’été en proposant un forfait « musique et confort ».

Alors qu’une superbe photo de la fontaine du lac des Nations accroche l’œil sur le site de Destination Sherbrooke afin de nous diriger vers l’onglet « Faites-le plein de culture », il n’y a pas la moindre référence aux spectacles de la Fête du Lac dans cette capsule d’animation.  

Comme modèle d’efficacité pour la mise en marché, celui de Tourisme Trois-Rivières est particulièrement intéressant. Très réussi, même.

Les capsules intitulées TRÈS week-end, TRÈS festif, TRÈS culture, TRÈS ceci ou cela, se raccrochent au thème TRÈS Trois-Rivières. Un marketing punché et accrocheur.

L’étude de provenance et d’achalandage de la Fête du Lac a par ailleurs chiffré pour 2016 à 3000 le nombre de nuitées en hébergement commercial générées par 20 % des participants tandis que 54 % des répondants ont séjourné chez des parents ou des amis. Ça explique peut-être la tiédeur des hôteliers.

À 85 %, l’indice de satisfaction était élevé et le spectateur moyen avait passé en moyenne 2,5 jours sur le site. Si en toute logique les plus assidus étaient des locaux, 62 % des participants d’un jour provenaient de l’extérieur de la région.

« Cette donnée montre un intérêt évident pour la Fête du Lac à l’extérieur de la région. Nos efforts de promotions sur les marchés extérieurs ne sont pas vains. Mais ça prend des moyens et du discernement afin que la bonification de l’aide financière ne devienne pas source de jalousie. Oui, la Fête va bien. Il faut cependant l’amener plus loin, sans quoi elle risquera de perdre notoriété et popularité », juge son directeur général, Jean-Pierre Beaudoin.

Le coup de main post-budgétaire de 75 000 $ que la Ville a accordé à la Fête a provoqué des remous à Sherbrooke dans le cercle des événements subventionnés.

Québec vient par ailleurs d’accorder 115 000 $ à la Fête.

« Pouvons-nous faire mieux en travaillant autrement? Sûrement. Mais je ne pense pas que ce soit ma responsabilité de prendre l’initiative de réunir des partenaires. Ça prend du leadership politique », ajoute M. Beaudoin.

Le maire Steve Lussier prend la balle au bond.

« Vous n’aurez pas à m’en convaincre, la démonstration m’en a été faite cette semaine lors d’une visite à Granby. Le Zoo et la station touristique Bromont ont vendu 15 000 passes de plus avec une alliance stratégique, l’un proposant à sa clientèle un produit complémentaire de l’autre. Sherbrooke doit s’inspirer de ce modèle.

« Il est tout à fait normal que nous aidions les hôteliers sherbrookois à tirer profit d’une réussite comme Foresta Lumina. J’ai aussi communiqué au maire de Coaticook mon désir de rapprochement pour évaluer des promotions et des ventes croisées. Je dois avouer que j’ai manqué de temps pour cette année mais croyez-moi, ça va se faire » commente M. Lussier.

Marraine du parcours artistique attirant les foules à Coaticook, la directrice du parc de la Gorge, Caroline Sage, souscrit d’emblée à l’approche.

« Les projets touristiques, si bons soient-ils, ont une durée limitée. La meilleure façon de prolonger le cycle de vie nos produits à succès est de mettre nos ressources et nos idées en commun », convient-elle.

Une, deux, trois capsules promotionnelles à la sauce trifluvienne projetées sur les nouveaux écrans LED de la Fête du Lac durant la période creuse précédant les feux, qui présenteraient nos incontournables et qui mettraient en valeur nos paysages et nos gens, ne s’agirait-il pas d’un moyen efficace et peu coûteux pour mieux s’exposer et mieux se vendre?

Le poète Vallières ferait le constat que « L’avenir est plus proche maintenant » et cette chanson qu’il mettrait en réserve pour son prochain rappel.