Le maire de Sherbrooke Steve Lussier et son ancien directeur de cabinet Daniel Bergeron.

Question(s) de transparence

CHRONIQUE / La transparence. Le genre de truc dont on entend parler, mais dont on se demande un peu à quoi ça peut ressembler. Savez, un peu comme une aura. Ou le paradis. C’est flou, et nécessairement, ça fait un peu appel à l’imagination.

Mais ne prenons pas de chance, laissons ici l’imagination de côté pour faire place au Larousse. Transparence : parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique.

Bien sûr, on se demandera ici ce qui est du domaine de l’opinion publique. En fait, ce sont souvent des responsables des communications (certains, pas tous) qui poseront la question, habituellement lorsque celle que l’on soulève les met un peu dans l’embarras, eux ou les gens qu’ils représentent. Tradition de plus en plus ancrée également, compléter leur énoncé par « Vous autres les médias… »

Le travail des médias et des journalistes, chères gens des communications, on vous le rappelle, est d’informer la population, de fournir aux citoyens l’information dont ils ont besoin afin de jouer leur rôle dans une société complexe où les enjeux sont nombreux.

Ceci dit, entendons-nous pour mettre la chose politique dans la catégorie du « domaine de l’opinion publique », comme on le ferait avec la gestion des institutions et services de la santé ou de l’éducation.

Ainsi, quand l’entourage d’un maire et, du coup, ledit maire, décident de ne pas faire face à des questions, que ce soit dans un point de presse qu’ils ont eux-mêmes organisé ou dans le cours normal de leurs activités, ce n’est pas aux médias qu’ils refusent de répondre, c’est à cette même population, à ces mêmes citoyens.

Le maire et son entourage refusent ainsi de dévoiler plusieurs informations aux Sherbrookois. Qu’en est-il précisément de la demande du maire à son chef de cabinet concernant la conseillère Évelyne Beaudin? Quelle est la teneur de l’entente entre le maire Lussier et Daniel Bergeron? Comment est-elle survenue? Y a-t-il compensation financière? Si oui, on parle de quelle somme? Tirée de quel budget? Et parlant de budget, la convocation expédiée aux médias pour la conférence de presse de dimanche a été acheminée par un cabinet d’avocats indépendant, idem pour le communiqué qui a suivi, et non par le service des communications de la Ville : de quel budget seront tirés ces argents? De celui du maire? De la poche même de Steve Lussier?

Ces questions, le maire et son ex-chef de cabinet les ont repoussées dimanche du revers de la main et de la transparence. Ils n’ont pas voulu répondre aux médias, et du coup, ils n’ont pas jugé pertinent d’informer la population.

Parfaite accessibilité de l’information dans les domaines qui regardent l’opinion publique?

Pas tant, non.

On devine ici que le maire Lussier, par inexpérience, par naïveté ou par manque de jugement, s’est placé dans une situation pour le moins difficile et compromettante. On ne jure pas être dans le droit chemin un jour pour s’excuser bien platement moins d’une semaine plus tard, à moins d’avoir eu sous le nez un truc d’une odeur franchement désagréable, voire désagréablement menaçante.

Aujourd’hui, le maire Lussier aura à s’expliquer à ses collègues du conseil municipal, dont plusieurs l’appelleront à davantage de prudence, de clairvoyance, et espérons-le, de transparence. On l’invitera aussi sans aucun doute, à s’entourer de gens de confiance qui partageront les valeurs de transparence et d’harmonie sur lesquelles il a bâti sa campagne électorale et sa surprenante victoire.

C’est un exercice que la population saura aussi apprécier.