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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron

Que j’aime ta couleur orange

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CHRONIQUE / C’est quand même fou l’effet que ça fait le changement de couleur. Des changements à la fois minimes et grands en même temps, signe que le moral est usé, que la moindre décharge est vue comme une libération, même si la pression reste énorme et que le chemin demeure risqué.

« On assouplit avec un risque calculé » a mentionné Horacio Arruda à propos du changement de couleur pour un tiers de la population québécoise, dont l’Estrie. J’écoutais le point de presse et j’avais l’impression d’entendre un gouvernement qui ne veut plus prendre le risque de se faire surprendre par une nouvelle vague.

Les survivants dans les films d’horreur font souvent l’erreur de ne pas vérifier que le méchant soit vraiment mort et ça leur joue toujours des tours. Dans le meilleur des cas, c’est juste un soubresaut avant le vrai coup final, mais parfois, ça mène à une suite. Un autre film à subir encore les attaques du monstre, qui en profitera pour faire de nouvelles victimes.

Clairement, le gouvernement Legault n’a pas envie d’un troisième volet et il veut être sûr que le monstre est mort avant de baisser la garde. Il n’était pas bien préparé pour la deuxième vague, mais il semble avoir appris la leçon. Et même s’il y a des jours où je suis tanné de l’isolement, je trouve qu’il fait bien d’être prudent.

Entre endurer encore quelques semaines de mesures plus strictes le temps qu’une plus grande vaccination se fasse me semble moins pénible que se relâcher trois ou quatre semaines pour replonger plusieurs mois en isolement parce que le relâchement aura permis une grosse troisième vague de variant.

D’autant plus que la situation est plus délicate pour l’Estrie que pour Chaudière-Appalaches ou la Capitale-Nationale. La région est tellement collée sur la Montérégie, qui demeure une zone rouge, qu’il y a même des coins qui sont en Montérégie ou dans les Cantons-de-l’Est, selon le point de vue administratif ou touristique.

Comme une personne doit normalement respecter les restrictions de sa région d’origine même en visitant une région voisine, j’imagine que le mélange d’usagers « rouges » et d’usagers « orange » donnera naissance à quelques zones grises sur les pistes de ski de Bromont, qui a le pied en Montérégie et dans les Cantons-de-l’Est. Peut-être que le maire devra, encore une fois, rappeler qu’il ne faut pas baisser la garde et que la tolérance restera à zéro.

Café, terrasse et showbiz

Depuis le début de la pandémie, je demeure prudent dans les lieux publics. Lorsque je vois qu’une promenade est trop bondée, je l’évite, j’essaie de trouver une autre option. Je sais que les risques ne sont pas très élevés à l’extérieur, surtout en mouvement, mais mon instinct a bien intégré l’idée d’éviter les foules. Faut dire que même sans pandémie, je ne suis plus très à l’aise dans les foules. J’avais de l’avance.

C’est une des raisons pour laquelle j’ai hâte que la neige fonde, ça va multiplier les options de promenades dans des lieux tranquilles, mais ça va peut-être diminuer la concentration des gens aux mêmes endroits, disperser un peu le monde. Selon les prévisions météo, cette semaine pourrait être la dernière ou l’avant-dernière avec des températures sous zéro en journée. Le soleil se couche de plus en plus tard. Bref, ça tombe bien. On va encore plus avoir envie d’aller dehors.

L’idée de peut-être aller dans un café ou d'aller souper avec un ou une amie dans un resto fera du bien aussi. Du social en dehors de l’écran et autrement qu’en prenant une marche. C’est une belle excuse, là, marcher, mais ce n’est pas comme se jaser juste pour jaser devant une bière, un verre de vin ou une eau pétillante.

Je m’imagine déjà sur la terrasse d’une microbrasserie en train de raconter mes derniers mois à cette amie pas vue depuis trop longtemps. Et l’écouter me raconter ses derniers mois, et rire avec elle, revoir son regard pétillant, ressentir sa présence. Se sentir vivant à côté d’une autre personne vivante, finalement.

Les artistes aussi pourront tranquillement se sentir vivants à nouveau. Je pense que mon dernier spectacle remonte à février 2020, une pièce de Kevin McCoy au Diamant, à Québec. Le théâtre me manque. La danse contemporaine aussi. Comme l’enivrement d’une prestation musicale. Le feu des soirées littéraires. Je dois admettre m’être jamais vraiment retrouvé dans les prestations virtuelles, malgré les efforts et les « renouvellements ».

Mais au-delà de mon propre besoin, c’est surtout la possibilité pour les artistes de retrouver un sens à leur art, de retrouver un revenu, dans plusieurs cas. L’année a été dure pour les artistes qui n’ont pratiquement pas été considérés par le gouvernement Legault.

Retrouver ces petites libertés après deux mois de confinement assez strict et un automne contraignant sera peut-être grisant, mais il ne faudra pas perdre la tête pour autant. Apprécions-le, savourons-le, mais n’oublions pas que c’est aussi précieux que fragile.

La vaccination avance, mais ça repose encore principalement sur nos comportements. Ne gâchons pas tout dans ce printemps orange.