Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Geneviève Guilbault a fait bondir les partis d’opposition avec sa sortie de mercredi matin.
Geneviève Guilbault a fait bondir les partis d’opposition avec sa sortie de mercredi matin.

Presque un appel à la docilité

CHRONIQUE / Bien que plus léger que le premier, le confinement annoncé par le président français Emmanuel Macron donnera des arguments à François Legault. Il s’y référera pour rappeler l’importance de suivre les consignes sanitaires si l’on veut éviter de se rendre jusqu’aux mesures françaises, bien que les unes et les autres, les leurs et les nôtres, se ressembleront quelque peu désormais.

Rappelons-le : l’ennemi, ce n’est pas les gouvernements qui prennent des mesures dures, c’est la COVID. Cela ne veut pas dire que qui que ce soit doit se taire et s’empêcher de critiquer les autorités publiques. Cela signifie simplement que l’on ne peut pas dire n’importe quoi par débordement ou esprit partisan.

L’appel au «sens des responsabilités» lancé par la vice-première ministre Geneviève Guilbault aux partis d’opposition ressemblait malheureusement trop à un appel à se taire. Voire, à plus de docilité, à plus d’obéissance de leur part.

Pas de doute : Geneviève Guilbault a fait bondir les partis d’opposition avec sa sortie de mercredi matin. Et pour cause : sa charge était non seulement frontale, elle ratissait trop large.

Le tort de certains membres des partis d’opposition, parmi lesquels Dominique Anglade, avait été, la veille, d’établir un lien entre un manque de transparence des autorités gouvernementales et des velléités de désobéissance civile; de menaces à la «paix sociale» en raison de ce fait. Il était bien téméraire d’établir un tel lien de cause à effet. Je l’ai d’ailleurs déploré dans une chronique mardi soir.

C’est aussi ce qu’a fait Mme Guilbault mercredi tout juste avant la période des questions. Mais elle ne s’est pas contentée de pointer ce lien aussi téméraire que malheureux. Elle a semblé sommer les partis d’opposition de rentrer dans le rang. 

C’est évidemment inacceptable. Nous avons besoin des partis d’opposition. 

Si elles ne s’exprimaient pas dans les parlements, où les oppositions s’exprimeraient-elles?

«Oui, on peut critiquer le gouvernement, mais, à un moment donné, là, il faut être responsable, puis il faut tous travailler dans le même sens, vers le même objectif», a d’abord déclaré la numéro deux du gouvernement Legault. Oui, à cet objectif supra-partisan, mais celui-ci suppose aussi, justement, des débats contradictoires.

«Soyez solidaires, soyez constructifs et participez avec nous au message qu’on doit envoyer tous ensemble de continuer à respecter les mesures qui sont en place pour lutter contre ce virus», a également dit Geneviève Guilbault sur sa lancée.

Mme Guilbault ne peut sérieusement prendre prétexte de l’emportement de mardi de Mme Anglade et d’autres pour suggérer que les partis d’opposition se livrent à un constant travail de sape. C’est faux. Elle ne peut laisser entendre que tout ce qu’ils disent vise à contrecarrer les objectifs des autorités publiques. C’est faux.

D’ailleurs, sa charge trop large — qui l’a éloignée du lien plus que discutable entre un déficit de transparence et des menaces à la paix sociale martelé par l’opposition — la place elle-même en flagrante contradiction.

Vendredi, parlant des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, elle déplorait qu’on y «observe un relâchement». Mercredi, parlant des partis d’opposition, elle disait que «miner le moral des Québécois et minimiser les efforts des Québécois (…) n’est pas responsable». Cherchez l’erreur.

On a déjà vu plus habile comme sortie. Mais si un membre du gouvernement Legault se permet d’aller aussi loin, c’est qu’il estime avoir une bonne partie des Québécois derrière lui. 

Pertinent

Au passage, comme ça, voilà une question pertinente adressée mercredi par la libérale Marwah Rizqy au gouvernement : «Avez-vous une solution pour livrer dès maintenant des repas lorsqu’on ferme des classes ou des écoles en milieu défavorisé?»

La députée de Saint-Laurent faisait référence au fait que des élèves de familles pauvres dont la classe a été fermée en raison de la pandémie se retrouvent chez eux sans aide alimentaire.

Et voici une observation en forme d’interrogation formulée par le péquiste Joël Arseneau, également ce mercredi : si les autorités gouvernementales québécoises veulent lancer un «message positif», si elles veulent démontrer que l’on peut avoir réellement prise sur la situation, pourquoi ne font-elles pas passer dans une couleur moins contraignante des régions ou sous-régions où l’«on a eu des résultats probants»?

Pertinent dans les deux cas. Et pas exactement un travail de sape. Tout ne doit pas être mis dans le même sac.