À peine un an après l’imposition de la taxe de 2 % payée par les Sherbrookois pour financer le réseau routier, les budgets réguliers et les revenus spécifiques générés par cette taxe n’étaient déjà plus soudés.

Pousse mais pousse égal

CHRONIQUE / L’effort municipal pour la réfection des chaussées est supérieur à celui de l’an dernier même si le maire Steve Lussier n’est pas parvenu à maintenir le rythme des investissements de la Ville. Et cela, même si Bernard Sévigny a patché en 2017 d’autres trous budgétaires que les rues, ayant détaché rapidement les fonds réguliers de ceux générés par une taxe spécifique.

Ces contradictions montent en surface lorsqu’on creuse les chiffres pour s’intéresser notamment à la provenance des fonds. Le tableau réunissant les données des trois dernières années montre à quel point la seule référence au total des sommes approuvées peut faire apparaître à l’hôtel de ville, au bas de la côte de la rue du Palais, une illusion d’optique aussi renversante que celle qui défie la gravité dans la côte magnétique de Chartierville!

Par habitude, la Ville se limite à ce seul point de comparaison. Un tableau du budget 2016 rappelait que la maigre enveloppe de 2,4 M$ de 2004 allait atteindre cette année-là le montant record de 15,4 M$. Les villes peuvent depuis 2005 compter sur le retour de la taxe sur le carburant pour lutter contre la désuétude de leurs infrastructures et elles ont obtenu plus d’autonomie, en 2014, afin d’utiliser cet argent pour la « bonne cause ».

Bien qu’il ne se soit jamais attribué tous les mérites, l’ex-maire Sévigny n’a jamais raté l’occasion de mettre en valeur les 30 M$ investis sous sa gouverne de 2010 à 2013 et les 54 M$ ajoutés dans le réseau routier au cours de son second mandat.

Une fois les données plus exhaustives des trois dernières années passées au tamis (voir tableau), on découvre qu’après seulement 12 mois, les budgets réguliers et les revenus annuels de 3 M$ de la taxe sur le réseau routier, imposée en 2016, n’étaient déjà plus soudés. Ils n’allaient pas nécessairement être cumulatifs. L’administration Sévigny a trouvé dans la « part des tiers » une marge de manœuvre pour procéder à des déplacements budgétaires.

« Cet argent n’est pas disparu, il a été utilisé pour répondre à d’autres urgences municipales. Ce sont des vases communicants », répond le chef intérimaire du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, qui était membre de l’Équipe Sévigny.

« Nous n’étions pas sans savoir au conseil municipal qu’il y avait des variantes d’un budget à l’autre. Mais, voilà une bonne façon de démontrer aux citoyens que la Ville ne viendra pas à bout du problème sans plan d’action à long terme. Sans annoncer aux entreprises qu’elles ont intérêt à s’acheter de l’équipement parce qu’il y aura plus de contrats pendant 10 ou 15 ans, et que cet engagement sera durable », juge de l’extérieur l’ex-conseillère indépendante Hélène Dauphinais, qui s’est souvent montrée pointilleuse sur les priorités budgétaires des dernières années.

Par contre, soyons réalistes. L’argent se serait mis à pousser dans les arbres, Steve Lussier aurait voulu effectuer dès son arrivée le pas de géant pour nous amener aux 23 M$ à renouveler chaque année afin de stopper ce déclin, encore aurait-il fallu que la Ville ait l’assurance de trouver assez de sous-traitants et assez d’asphalte pour soutenir cette volonté.

Je sais, j’ai l’air fou d’avoir écrit le mois passé que le maire Lussier avait trouvé le moyen de réduire de moitié le budget de l’asphalte après s’être plaint des dommages causés à sa voiture dans un nid-de-poule. M. Lussier ne méritait pas d’aussi sévères reproches même si, dans les faits, les sommes reculent cette année de 2 M$ (-13 %).

Voulez-vous des excuses publiques?

« Pas nécessaire. Les chiffres que vous avez alors utilisés provenaient de nos services, sauf qu’ils étaient incomplets. C’est d’ailleurs beaucoup de chiffres. La façon de les communiquer est peut-être un sujet dont nous discuterons durant notre lac-à-l’épaule », a répondu bon joueur M. Lussier.

Précision importante, la ventilation que vous voyez aujourd’hui ne m’est pas arrivée par enchantement de la mairie. M. Lussier ne les avait pas sous les yeux lorsque nous nous sommes rencontrés et à ce que je sache, il n’avait pas demandé non plus à les obtenir.

À mes regrets, ajoutez celui de ne pas avoir été assez insistant durant la campagne électorale de l’automne dernier lorsque j’ai demandé à M. Sévigny, au jour de ses engagements sur le réseau routier, quelle était la part des tiers dans sa corvée d’asphalte.

Vous comprenez autant que moi aujourd’hui pourquoi il ne s’était pas embarrassé de ce détail...