Plus qu’un vol d’argent

CHRONIQUE / Je ne me souviens plus en quelle année j’étais, mais je peux vous dire sans me tromper que c’était au primaire.

Un jour, notre enseignante nous avait parlé de l’histoire d’Alphonse Desjardins et de ses caisses populaires et, par la suite, on nous avait remis un petit livre à cet effet. J’ai dû lire ce bouquin au moins une dizaine de fois parce que ça me rassurait de savoir que dans mon petit coin de pays, un type était parvenu à mettre en place tout un réseau qui prenait en considération les gens moins nantis tout en les aidant à réaliser leurs rêves de grandeur.

Un peu après ça, je me souviens que ma maman était venue avec moi à la Caisse populaire de Naudville et elle m’avait ouvert un compte dans lequel on avait déposé 20 dollars. Mais ce qui m’avait le plus marqué, c’est que la dame qui avait fait mon inscription avait pris une photo de moi pour la mettre dans mon dossier et, fouillez-moi pourquoi, j’avais trouvé ça très chouette.

Quelques années plus tard, je suis parvenu à trouver mon livret dans les affaires de ma mère et je suis allé retirer, en catimini, quelque chose comme sept dollars pour m’acheter un poster d’un groupe à la mode.

J’ai ensuite eu ma première carte de guichet en même temps que mon premier boulot aux fruits et légumes où on m’a viré (avec raison) quelques heures avant que je devienne syndiqué. Après ça, c’est plutôt parti en couilles. Je dis ça notamment en raison de cette époque où j’avais omis de rembourser mes prêts et bourses et que ça m’avait plongé dans un labyrinthe administratif pas possible, ou à cette fois où Julie et moi, on avait décidé d’acheter une maison.

D’ailleurs, la vie fait parfois drôlement les choses, car on avait eu notre rencontre à la même caisse où j’avais jadis ouvert mon premier compte. Je me souviens que la dame nous avait parlé comme si nous étions deux hurluberlus en nous disant des trucs du genre : « Vous êtes conscients qu’un déménagement, ça peut vous coûter plusieurs centaines de dollars ? Vous pensez peut-être avoir les moyens de vous acheter une maison, mais avez-vous pensé à ce genre de détails aussi ? »

« Caisse pop mon œil », que je me suis dit en sortant de ce rendez-vous.

Pour vous dire vrai, j’étais tellement furieux d’avoir été traité de la sorte que j’avais jonglé pendant plusieurs heures avec l’idée de changer d’institution bancaire, mais une fois que je me suis mis à penser au remboursement des mes prêts et bourses et de toutes les transactions qui pouvaient transiter par mon compte, ça m’a filé tout un mal de bloc.

Mais bon, si j’avais su à quel point cette institution se balance de la sécurité de ses membres, j’aurais certainement fini par surmonter ce mal de bloc. Je sais que ça peut sembler très sévère de prétendre que Desjardins « se fout » de la sécurité de ses membres, mais il faut quand même prendre en considération que cette histoire de vol de données, c’est extrêmement lourd. On ne parle pas ici d’un simple vol d’argent où, une fois les fils bien démêlés, il ne reste plus qu’à attendre le remboursement des assureurs et tout refiler à qui de droit. Ici, on parle de quelque chose qui ne se rembourse pas et qui risque de vous exploser en pleine figure à tout moment.

Et puis sans vouloir gâcher votre début d’été, si ça vous console de vous dire que « de toute façon, Equifax va tout surveiller ça pour moi », il faut quand même savoir que cette firme a elle-même été victime d’un coup semblable en 2017.

En d’autres mots, c’est un peu comme si on vous affectait un garde du corps dont le dernier client avait été criblé de balles. Dans un monde idéal, tout ce beau monde se révolterait en fermant leur compte et en changeant d’institution, mais qui le fera vraiment ?

Et enfin, c’est quand même dommage que le type à l’interne n’ait pas choisi, plutôt que de vendre nos données, de profiter de cette brèche de sécurité pour crypter toutes les données bancaires et annuler les prêts existants.

J’imagine qu’Alphone Desjardins aurait bien rigolé dans sa tombe.