C’est avec beaucoup de sobriété que le premier ministre Justin Trudeau est allé à la rencontre de citoyens de Lac-Mégantic. Il a notamment salué des employés municipaux, dont Bruno Fillion, Pierre Dupont et Véronique L’Heureux travaillant tous trois aux services techniques.

Plus de sécurité pour guérir de la mort

CHRONIQUE / Les annonces réunissant deux premiers ministres sont celles des grandes occasions.

« Normalement, nous sommes tout sourire pour des projets d’infrastructures, mais pas ici. Il n’y a rien qu’on ne donnerait pas pour revenir dans le passé et nous éviter d’être là... » a campé dès le début de son allocation Justin Trudeau.

Le premier ministre canadien a poursuivi sur le même registre, sur le ton solennel des excuses qu’il a présentées il y a six mois aux anciens élèves des pensionnats autochtones ayant été victimes d’abus et d’humiliation. Mais sans admission, cette fois, d’un quelconque manquement des autorités fédérales au devoir de vigilance, même si c’est une évidence depuis que le centre-ville de Lac-Mégantic a été soufflé un soir d’été par un convoi ferroviaire chargé de 72 wagons de pétrole.

Ce n’est pas pour rien que des accommodements déraisonnables, comme celui d’avoir accepté que des convois risqués circulent sous la responsabilité d’un seul opérateur, ont été révisés. Que Transports Canada recense sur son site internet pas moins de 80 mesures ayant été instaurées depuis le 23 juillet 2013 pour « renforcer la sécurité ferroviaire et le transport des matières dangereuses » — alors que la tragédie de Lac-Mégantic a eu lieu le 6 juillet —, c’est écrire ce que l’on refuse encore de dire!

C’est sans doute un peu à cause de cela que le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est présenté lui aussi avec des « sentiments partagés », même s’il était porteur de la nouvelle espérée.

Le ministre Garneau a transformé en symbole un clou détaché d’une voie ferroviaire dont l’entretien avait été négligé par la défunte compagnie Montreal Maine & Atlantic et qu’un citoyen lui avait remis. Il l’a exhibé devant les Méganticois en annonçant son intention de le léguer à son successeur : « nous n’avons pas oublié ce qui s’est passé et nous ne l’oublierons jamais ».

Même sans torts avoués, les propos de Justin Trudeau de même que ceux du ministre Garneau étaient sentis et sincères. Les correctifs exigés par la communauté endeuillée ont été communiqués fièrement, mais sobrement.

La voie ferrée contournera Lac-Mégantic, son centre-ville, ses quartiers résidentiels, et passera d’ici quelques années dans des milieux moins densément peuplés. Par contre, pour des raisons de « commodités opérationnelles », la zone de triage restera, elle, à Nantes.

Les trains n’y « dorment » plus sans surveillance la nuit sur la voie principale, comme le soir où le conducteur Tom Harding est allé se coucher en croyant avoir appliqué suffisamment de freins pour retenir le train jusqu’à ce que son collègue américain vienne le reprendre le lendemain. N’en reste pas moins que des dizaines de wagons sont garés jour après jour sur une voie d’évitement que la gravité pousse également vers Lac-Mégantic.

« Oui, des inquiétudes persistent à cause de cela. Cependant, les courbes et les pentes de la voie de contournement seront beaucoup moins prononcées. Les citoyens sont à même de juger qu’ils ne seront plus exposés au même danger », pondère la mairesse Julie Morin.

La voie ferrée en provenance de Nantes bifurquera vers l’est à la hauteur du rond-point donnant accès à la base plein air Baie-des-sables, écartant ainsi du tracé le plus fort dénivelé. Selon la reconstitution effectuée par les experts, le train fou ayant tué 47 personnes aurait doublé de vitesse dans ce dernier segment pour foncer sur le centre-ville à 65 MPH, la vitesse autorisée sur les autoroutes du Québec!

« La géométrie et les infrastructures seront de classe 3, donc à la norme permettant de rouler en tout temps à 40 milles à l’heure (65 km/h). Les rails modernes sont plus longs et sont plus résistants que ceux de chemins de fer datant de 1880. Avec des structures plus hautes au pont de la rivière Chaudière, nous réduirons la pente. Les probabilités qu’un convoi en dérive déraille sur la future voie de contournement seront faibles », affirme le chargé de projet, Jean Hardy.

« Le ministre Garneau l’a répété, les convois seront sécurisés. Accordons le crédit au ministre au gouvernement de M. Trudeau, car ce qu’on nous a dit et promis a été ou est en voie d’être accompli », ajoute le député de Mégantic, Ghislain Bolduc.

« À trop exiger, nous aurions risqué de nous retrouver seulement avec des fonds pour déplacer la zone de triage. Ce risque peut-être géré alors que nous venons de régler le problème le plus urgent et le plus menaçant » convient le député conservateur de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold.

« Le gouvernement fédéral devient le maître d’œuvre du projet, mais soyez assurés que tous les Québécois resteront à vos côtés pour la réalisation de cette voie de contournement qui, je n’en doute pas, marque une étape importante dans votre deuil », a assuré le premier ministre du Québec, Philippe Couilllard.

Ne resteront que la rétrocession et le démantèlement de la voie de la mort au centre-ville pour que l’hommage aux victimes de l’inconscience collective soit éternel.