Sylvain St-Laurent
Pat Burns a grandi et débuté sa carrière d'entraîneur à Gatineau.
Pat Burns a grandi et débuté sa carrière d'entraîneur à Gatineau.

Pis, Pat?

CHRONIQUE / Mon vieux professeur de journalisme à la Cité, Joseph Aghaby, aimait bien nous raconter ses anecdotes au sujet de Pat Burns.

Durant sa carrière de journaliste, Joseph devait parfois se rendre au centre Guertin. C’était la belle époque où Le Droit n’était pas le seul média qui couvrait les matches des Olympiques.

Il paraît qu’il n’était pas trop difficile de couvrir les conférences de presse du coach, en fin de soirée. Les journalistes s’entassaient dans le minuscule bureau. Il suffisait qu’un membre du groupe pose «la» question. Toujours, la même question.

Pis, Pat?

Pat n’avait besoin de rien d’autre. Il se mettait alors à livrer son compte-rendu critique et coloré de la rencontre. Ça pouvait durer un bon moment. Quand il se taisait, tout avait été dit.

Plusieurs années plus tard, Joseph trouvait encore ça très drôle.

Je n’ai pas eu le bonheur de connaître cette version de Pat Burns, pour vous dire la vérité.

J’ai découvert l’homme au début des années 2000, lorsque je faisais mes débuts dans le journalisme sportif. Ses années à Montréal, à Toronto, à Boston et au New Jersey lui avaient laissé le temps de peaufiner son «personnage».

Dans les conférences de presse des séries éliminatoires de 2003, Burns était un homme bourru. Il fixait les reporters avec ses yeux méchants. Il ne répondait pas aux questions. Il grognait.

Pour la «recrue» que j’étais, il était un personnage intimidant.

Si je vous dis tout ça, c’est pour vous rappeler que Burns a rencontré des centaines de gens, durant son illustre carrière.

Il n’a laissé personne indifférent.

Je vous dis ça, aussi, pour vous rappeler que Pat Burns est décédé en novembre 2010. Ça va bientôt faire 10 ans.

De 1997 à 2001, Pat Burns a été derrière... et devant le banc des Bruins.

La génération montante n’a pas eu la chance de voir Burns travailler derrière un banc. Il faudrait que les plus vieux leur expliquent. Ce serait dommage que cet important bâtisseur sombre dans l’oubli.

Et on ne peut malheureusement pas dire que Gatineau, la ville où il a grandi et où sa carrière a débuté, a déployé de gros efforts pour préserver sa mémoire.

Un lecteur m’a écrit, récemment, pour me faire part de ses inquiétudes. L’homme a écrit au Comité de toponymie de Gatineau, pour parler de quelques personnages du monde du sport, qui ont marqué l’histoire de l’Outaouais, et qu’il ne faudrait pas oublier.

Il a rappelé que Michel «Bunny» Larocque a été un personnage de soutien important dans les glorieuses années 1970 du Canadien de Montréal.

Il a glissé un mot sur le journaliste Jean-Bernard Rainville, aussi.

On ne leur a jamais rendu hommage.

Il a parlé de Burns, aussi.

Dans le cas de Burns, il ne devrait même pas y avoir de débat.

On devrait d’abord reconnaître sa contribution dans le hockey junior. Sous sa gouverne, les Olympiques ont remporté la première Coupe du président de leur histoire. Avec la vision de Charles Henry et les ressources financières de Wayne Gretzky, il a mis Hull sur la map.

Quand on lui a donné la chance d’accéder aux grandes ligues, dans le gros marché de Montréal, il a remporté son premier trophée Jack-Adams, à titre d’entraîneur-chef par excellence dans la LNH, tout en menant le Canadien à la finale de la coupe Stanley.

Il a remporté son deuxième Jack-Adams à Toronto.

Pat Burns a remporté trois fois le trophée Jack-Adams.

Il a remporté son troisième Jack-Adams à Boston.

Il n’a pas remporté le Jack-Adams au New Jersey. Il a soulevé la coupe Stanley, à la place. C’était le trophée qui manquait à sa collection. C’était celui qu’il visait depuis le tout début.

Pat Burns a soulevé la coupe Stanley, en 2003, avec les Devils.

Il a été admis au Temple de la renommée. Avec un peu de retard, mais quand même.

Il a fait honneur à Gatineau, absolument partout où il est passé.

J’ai tenté de contacter, moi aussi, le Comité de toponymie. J’ai lancé une perche à sa présidente, la conseillère municipale Myriam Nadeau. C’était lundi. J’attends toujours de ses nouvelles.

Mme Nadeau ne m’a pas rappelé mais, par un drôle de hasard, elle a contacté mon correspondant au cours des dernières heures.

Elle lui a confirmé que les noms de Pat Burns et de Michel Larocque sont inscrits dans la banque de toponymes de la Ville. Il faudrait qu’un citoyen remplisse un formulaire, en bonne et due forme, pour qu’on y ajoute celui de Jean-Bernard Rainville.

Elle lui demande d’être patient. Le processus peut être long.

Elle dit, aussi, que la Ville essaie de regrouper les toponymes en thématiques.

Elle ne serait pas fermée à l’idée de proposer l’aménagement d’un secteur «sportif» sur son territoire.

Ce serait, ma foi, très intéressant.