Patrick Duquette

Ces gens-là

CHRONIQUE / Que faire contre la bêtise crasse, celle qui fait dire d’un même souffle à une élue de Gatineau que l’islamophobie n’existe pas au Québec… et qu’on a raison d’avoir peur des musulmans ?

« Ces gens-là, a ajouté la conseillère Nathalie Lemieux en parlant des musulmans, ces gens-là font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur. »

J’étais sidéré en lisant les propos de Mme Lemieux, une jeune politicienne fraîchement élue en 2017, qui a rapidement gravi les échelons pour siéger au comité exécutif de la Ville de Gatineau et obtenir le titre de maire suppléante.

En quelques phrases bien tassées, elle vient probablement de torpiller sa carrière politique. Même une rétractation ne la sauvera pas. Pas dans une ville comme Gatineau, dont le maire a fait du vivre-ensemble et de l’intégration des immigrants un point d’orgue de son programme.

En voulant féliciter le premier ministre François Legault de sa position sur l’islamophobie, Mme Lemieux a plutôt fait étalage d’un racisme larvé, révélant au monde ses préjugés sur les musulmans. « Ce peuple ne s’intègre pas », a-t-elle ajouté, après avoir laissé entendre que les musulmans étaient des terroristes potentiels, à l’affût d’une occasion de foncer dans une foule au volant d’un poids lourd.

Je lisais les propos de Mme Lemieux qui parlent de « ces gens-là » pour désigner les musulmans. Et je me suis demandé si elle incluait dans sa grande généralisation les six victimes de la tuerie de la mosquée de Québec. Est-ce que « ces gens-là » incluent Aymen Derbali, survivant de cette fusillade, qui est venu participer plus tôt cette semaine à une cérémonie de commémoration à la mosquée de Gatineau ?

M. Derbali s’est pris sept balles en tentant de maîtriser le tueur, Alexandre Bissonnette. Un geste héroïque qui a contribué à sauver des vies, mais qui l’a aussi condamné à se déplacer en fauteuil roulant. Même s’il avait toutes les raisons d’être désabusé, cynique et amer, M. Derbali continue de parler d’ouverture aux autres, de tolérance et même de pardon face au tireur. Un bel exemple de résilience et d’humanisme, à une époque qui en a beaucoup besoin. Et qui démontre assez éloquemment que ces « gens-là » ont des choses intéressantes à partager avec leur société d’accueil.

Mme Lemieux voulait donner raison à François Legault qui soutient qu’il n’y a pas de « courant » islamophobe au Québec. Jusque là, j’étais d’accord. Je pense que les Québécois sont en général tolérants envers les musulmans. La question des signes religieux, notamment le port du hijab, a le don d’en agacer plusieurs. 

Mais pourvu que la religion demeure une affaire privée et individuelle, ils ne feront pas de chichis.

Il n’y a pas de courant islamophobe, mais il y a des actes qui le sont. En témoignent ces 117 crimes haineux ciblant des musulmans rapportés au Québec en 2017. Il ne faut pas fermer les yeux, ça existe. Mais la pire réaction est de blâmer tout le monde. 

De mettre tout le monde dans le même panier. Ça a pour effet d’exciter les sots, comme le dirait Kipling.

C’est là un réel danger et c’est ce qu’a fait Mme Lemieux avec ses malheureuses déclarations. Ce faisant, elle représente bien mal Gatineau, l’Outaouais et le Québec, comme l’a signalé fort à propos le député libéral André Fortin. Sur les délicates questions d’immigration, on attend de nos politiciens qu’ils élèvent le débat au-dessus des préjugés. Pas qu’ils y plongent tête première.

Patrick Duquette

En attendant une vraie autoroute

CHRONIQUE / Voilà donc que Transport Québec envisage d’installer des câbles sous tension pour augmenter la sécurité sur l’autoroute 50, une solution qu’on voit peu au Canada mais qui est assez répandue aux États-Unis et en Australie.

Selon plusieurs études disponibles en ligne, ce genre de câbles est moins coûteux à installer que des barrières en métal ou en béton. En outre, ils sont particulièrement efficaces pour réduire les accidents graves ou mortels — notamment lorsqu’un véhicule dévie dans la voie opposée pour provoquer une collision frontale. En plein le genre d’accident qui survient trop souvent sur les portions de l’autoroute 50 où les voies ne sont pas séparées par un terre-plein.

Patrick Duquette

La gloire éphémère d’Amanda Simard

CHRONIQUE / Vous savez ce qu’on dit : la gloire est éphémère.

J’ai comme l’impression qu’Amanda Simard est en train de l’apprendre à ses dépens.

La députée franco-ontarienne a eu droit à une pluie d’éloges après avoir claqué la porte du parti conservateur de Doug Ford en novembre dernier.

Partout au pays, on a salué son courage et la force de ses convictions au lendemain de son vibrant et touchant discours à Queen’s Parks.

En tenant tête à Doug Ford, Amanda Simard est passée en un clin d’œil d’un statut de députée d’arrière-ban et de parfaite inconnue en icône de la « résistance » franco-ontarienne face aux coupes dans les services en français.

Les plus enthousiastes lui prédisaient même une élection assurée à vie dans sa circonscription très francophone de Glengarry-Prescott-Russell.

Or qu’est-ce qu’on apprend ?

Qu’après avoir été au front pour les Franco-Ontariens, Amanda Simard vient de se faire larguer par la majorité des maires francophones de sa circonscription lors d’un important congrès municipal à Toronto. Une belle façon de la remercier !

Chaque année, des délégations municipales viennent rencontrer en tête-à-tête des membres du gouvernement lors du congrès de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario.

À cette occasion, les députés provinciaux sont souvent appelés à jouer un rôle d’intermédiaire entre les délégations municipales de leur circonscription et les membres du gouvernement.

Or en raison de toute la controverse autour des services en français, les maires de Glengarry-Prescott-Russell ont presque tous refusé que Mme Simard assiste à leurs rencontres… de peur qu’elle s’avère un fardeau !

Prenez un instant pour mesurer l’ironie de la situation.

Au péril peut-être de son avenir politique, Amanda Simard a quitté son parti parce qu’elle refusait de se faire « bencher » par les conservateurs. En retour, elle se fait « bencher » par les maires francophones de sa circonscription qui jugent qu’elle n’a plus la légitimité pour les représenter maintenant qu’elle siège comme indépendante…

Suprême ironie : le maire de Clarence-Rockland, Guy Desjardins, est sorti du congrès en se disant « rassuré » par les propos de la ministre aux Affaires francophones, Caroline Mulroney… qui continue pourtant de défendre la position de son gouvernement.

Au lendemain de la démission d’Amanda Simard, on a peu écouté les nombreux Franco-Ontariens qui auraient préféré qu’Amanda Simard continue de siéger comme député conservatrice à Queen’s Park malgré son désaccord avec le parti. 

Au moins, se disaient-ils, elle aurait pu essayer d’influencer le gouvernement de l’intérieur — comme le fait peut-être Caroline Mulroney en coulisses.

Plusieurs électeurs de sa circonscription se sentent également trahis par leur députée qui donne l’impression de flirter avec les libéraux. En entrevue au Droit, Amanda Simard a même révélé que « les libéraux sont plus près de ses valeurs », une déclaration qui a mécontenté une partie de sa base électorale.

Toute cette histoire nous éclaire surtout sur la difficulté pour une minorité de rester unie dans l’adversité.

Les Franco-Ontariens donnent l’impression de parler d’une seule et même voix lorsque vient le temps de défendre la survie du français. Sauf que la vie ne tourne pas qu’autour des enjeux francophones en Ontario et cette belle solidarité peut s’effriter rapidement.

Les maires de Prescott-Russell viennent de le démontrer en boudant leur députée afin de courtiser un gouvernement dont ils continuent de dépendre cruellement pour financer leurs infrastructures, leurs patinoires et leurs centres communautaires.

Une dépendance malsaine qui leur fait oublier un peu trop vite que c’est ce même gouvernement qui a coupé les vivres de leur projet d’université de l’Ontario français, en plus de les priver du commissariat aux services en français.

Quant à Amanda Simard, elle réalise que la gloire ne tient décidément qu’à un fil.