Le maire Jim Watson s’est rendu dans le quartier chinois en guise de solidarité pour cette communauté et les gens d’affaires du quartier.

So far, so good

CHRONIQUE / Docteur, dites-moi, faut-il avoir peur du coronavirus ?

Mon ami médecin m’a servi une réponse en deux volets.

Oui, les gens ont raison d’avoir peur de l’attraper. C’est un virus très contagieux, m’a-t-il dit. Oui, lavez-vous les mains souvent, toussez dans votre coude.

Maintenant, a continué mon ami médecin, est-ce que les gens devraient avoir peur d’en mourir ? Là-dessus, sa réponse fut claire : non.

Du moins, pas si on est jeune et en bonne santé. C’est une autre histoire avec les personnes âgées ou qui ont des problèmes pulmonaires, a-t-il poursuivi. Eux sont plus à risque de développer des complications.

Je vous partage sa réponse parce qu’elle m’a fait du bien.

À en croire les nouvelles, le coronavirus est déjà partout. Au dernier bilan, on comptait 100 000 personnes infectées de par le monde, avec 3400 victimes dans 85 pays. Et ce n’est sans doute que la pointe de l’iceberg.

La région d’Ottawa-Gatineau est épargnée pour l’instant. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’un premier cas y soit signalé. La capitale fédérale n’est pas une île isolée du reste du monde. Avec 22 cas confirmés en Ontario et 2 au Québec, on voit bien que le COVID-19 se rapproche.

Mais une chose se propage encore plus vite que le virus lui-même : la peur du virus. Et c’est surtout cette peur que les autorités publiques gèrent pour le moment au Canada.

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Prenez le maire Jim Watson. Il est allé manger dans le quartier chinois d’Ottawa vendredi midi. C’était clairement une opération de relations publiques destinée à calmer les esprits. Et à éviter que la communauté chinoise soit ciblée comme ce fut le cas ailleurs, à Toronto ou Montréal.

Entre deux bouchées de rouleau impérial, le maire a répondu aux questions des médias. Est-ce que vous serrez encore la main aux gens ?, lui a demandé un journaliste.

La question a semblé prendre le maire au dépourvu. « C’est vrai que ça nous place dans une drôle de situation quand quelqu’un nous tend la main », a-t-il admis.

« Mais j’étais à l’Institut de cardiologie d’Ottawa l’autre soir. Il y avait tous ces docteurs qui m’ont serré la main. J’ai une bouteille de Purell dans mon auto, une autre dans mon bureau. Je l’utilise le plus souvent que je peux pour me laver les mains.

«Et vous savez quoi ? So far, so good», a conclu le maire.

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So far, so good.

Dans le quartier chinois d’Ottawa, le coronavirus a affecté les affaires de certains restaurateurs. Mais pas de façon marquée, observe Winnie Zhang du restaurant Mekong.

«La clientèle demeure fidèle. Mais nous servons plus de commandes à emporter et de livraisons à domicile que d’habitude. C’est signe que les gens prennent des précautions», a-t-elle observé.

Même son de cloche au Phuket Royal, sur Somerset. Un restaurant thaïlandais tenu par une Cambodgienne avec du sang chinois du nom de Kung Lim. «Jusqu’à maintenant, les clients continuent de venir, nous n’avons pas eu de répercussions négatives», explique-t-elle. De fait, c’est l’épicerie voisine qui est débordée. Les gens vont y faire des provisions. Ils achètent du riz, du soya, un peu de tout… Au cas où ils devraient se mettre en quarantaine.

Au restaurant Jadeland, Jimmy Chan trouve qu’on s’en fait trop avec le coronavirus. «Aux nouvelles, on ne montre pas les gens normaux qui vivent une vie normale. Comme nous deux, ici, maintenant, qui mangeons et jasons. Les gens ont peur de l’inconnu. C’est normal. Mais le coronavirus n’est qu’une grippe. La grippe qu’on connaît se répand elle aussi très vite, et tue des gens. Ottawa is fine», insiste-t-il.

Alors voilà : so far, so good.