Certains propriétaires ne se gênent pas pour faire de la discrimination, excluant d’entrée de jeu certaines ethnies ou certains groupes de locataires.

Se loger, plus dur que d’arrêter de boire

CHRONIQUE / Crise du logement, dites-vous ?

La pire depuis 15 ans à Gatineau, affirment sans hésiter les organismes communautaires. Et ce sont les plus vulnérables qui en font les frais.

Parlez-en à Steve (nom fictif), un Gatinois de 52 ans qui s’est repris en main au cours de la dernière année après avoir sombré dans l’alcoolisme.

Il a vécu dans la rue pendant un bon moment. Après cinq thérapies et autant de rechutes, les policiers ont fini par le retrouver dans un fossé, à demi mort de froid, l’automne dernier.

C’est à l’hôpital, dans les jours qui ont suivi, que Steve a décidé de cesser de boire. Il s’est inscrit à un programme de réinsertion du Gîte Ami. Avec l’aide d’intervenants, les itinérants comme lui ont trois mois pour se trouver un emploi et un toit.

Steve s’est inscrit à ce programme sans se douter que l’étape la plus difficile ne serait pas d’arrêter de boire… mais bien de se trouver un logement à la toute fin !

Parce que non seulement cet ancien infirmier a-t-il cessé de consommer – « J’en suis à ma 57e journée d’abstinence ! », précise-t-il fièrement – il s’est dégoté un emploi de préposé en santé mentale. Sobre et avec un boulot stable, il croyait pouvoir se dénicher un logement sans trop de problèmes.

Erreur !

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Il a eu beau passer des journées entières à éplucher les petites annonces sur Kijiji ou Logis Québec, à faire des téléphones l’un après l’autre, rien à faire. « Le marché est extrêmement difficile, constate-t-il. La tornade dans le Mont-Bleu, et ensuite les inondations, ont fait monter les loyers de manière incroyable. Les proprios ont le luxe de choisir qui ils veulent. »

Certains propriétaires ne se gênent d’ailleurs pas pour faire de la discrimination au grand jour. Sur leurs petites annonces, ils avertissent n’accepter que certaines ethnies, découragent des familles, exigent des preuves de revenu stable, refusent des étudiants, des prestataires d’aide sociale ou des chômeurs…

Autant de pratiques illégales, dénoncées par des organismes. Tout cela, Steve l’a constaté sur le terrain. « Si t’es sur l’aide sociale, tu n’as pratiquement aucune chance de te trouver un logement. La première question qu’on te pose, c’est : “Es-tu sur l’aide sociale ? Juste avant “Fumes-tu ?” et “As-tu des animaux ?” »

Après avoir fait tant d’efforts pour sortir de la rue, Steve risquait de se retrouver au point de départ. La période de réinsertion arrivait à échéance. Et il n’avait toujours pas de logement. Il n’est pas le seul dans sa situation au Gîte Ami, dit la directrice générale, Lise Paradis.

« On leur offre un programme de trois mois avant de les remettre en logement, explique-t-elle. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de logements abordables au bout de l’équation. Les logements sur le marché sont trop chers et nous n’avons rien à leur offrir au Gîte où nous sommes déjà au maximum de notre capacité ».

Steve a eu de la chance. Quelques jours après la fin du programme, il a reçu un appel. On acceptait de lui louer une chambre dans un 4 et demi du secteur Hull.

« Le propriétaire m’a laissé une chance parce que j’avais un emploi et qu’il connaissait la résidence où j’allais travailler, se réjouit Steve. Le loyer est raisonnable : 560 $ par mois, chauffé, éclairé, meublé. Il y a même de la vaisselle et un grand walk-in ! D’accord, je n’ai ni la télé ni le câble. Mais au moins, j’ai un endroit où habiter ! »