La Maison du Citoyen, à Gatineau

Pour que votre opinion compte

CHRONIQUE / C’est facile de dire qu’on « consulte » la population. De se donner une belle image d’ouverture et de démocratie.

Mais quand une consultation sur le plus gros projet d’infrastructure de toute l’histoire de Gatineau n’attire que 70 personnes aux deux premières séances d’information, des questions se posent.

Or à lire les commentaires de la présidente de la Société de transport de l’Outaouais, Myriam Nadeau, il n’y a pas grand-chose qui accroche dans les consultations que mène actuellement le transporteur public sur un futur train léger — un gigantesque projet de 2 milliards qui redéfinira toute l’architecture du développement dans l’ouest de Gatineau.

À entendre Mme Nadeau, les consultations menées jusqu’ici sont irréprochables. Même la Ville de Gatineau aurait intérêt à s’en inspirer. Et c’est vrai. Les consultations de la STO vont plus loin que ce que fait généralement la Ville de Gatineau. Mais comme le professeur Mario Gauthier, spécialiste en la matière, je décèle des lacunes dans l’exercice mené ces jours-ci par le transporteur public.

L’un des principes d’une bonne consultation publique, c’est de mettre dès le départ toute l’information pertinente sur la table. Or la STO n’a pas évalué les coûts de chacun des scénarios qu’elle soumet à la population. C’était pourtant une information incontournable pour bien évaluer chacun d’eux.

Autre principe clé : la population doit avoir l’impression que son opinion compte. Que les jeux ne sont pas faits d’avance. Or la consultation évacue tout le débat autour d’une question centrale : le choix du pont où faire traverser le train léger.

Là-dessus, la STO a fait son nid : le futur lien vers Ottawa se fera via le pont du Portage. Exit le pont Prince-de-Galles dont on parle depuis des années. Exit le pont Alexandra qu’évoquait l’an dernier le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Il aurait pourtant été intéressant d’entendre la population sur cette question.

Autre principe important d’une consultation : susciter des discussions entre les gens, les associations et les experts. À Montréal, l’Office de consultation publique, un organisme indépendant, publie des transcriptions détaillées de ses séances de consultation avec le nom des intervenants. Ainsi, la réflexion de l’un peut alimenter celle de l’autre. Quant aux intervenants, ils retrouveront leurs propos retranscrits noir sur blanc dans un rapport de consultation. C’est la moindre des choses pour leur faire sentir que leur opinion compte vraiment.

Or qu’est-ce que la STO entend faire pour que les citoyens se sentent parties prenantes de l’exercice ? Elle prévoit organiser un atelier de réflexion le 17 juin prochain. Elle consultera aussi des groupes d’intérêt et des associations. Il est aussi possible de soumettre des mémoires. C’est bien.

Mais comment la STO s’assurera-t-elle que les opinions des uns alimenteront les opinions des autres ? Et devra-t-on attendre des mois, voire des années, avant de lire le rapport de consultation ?

Le spécialiste Mario Gauthier soulève un autre point important : la STO est à la fois juge et partie dans ce dossier. Elle tient des consultations sur son propre projet. Difficile de croire qu’elle ne cherchera pas à en défendre une certaine idée préconçue. Le choix du pont, évoqué plus haut, l’illustre assez bien.

Alors oui, Gatineau gagnerait à se doter d’un office de consultation publique indépendant. Une promesse d’Action Gatineau qui ne s’est jamais concrétisée. Dans un dossier comme le train léger dans l’ouest, un tel organisme n’hésiterait pas à recadrer certains enjeux. Que ce soit le choix du pont. Ou même le choix d’une technologie aussi coûteuse que le train léger pour desservir une ville de taille moyenne comme Gatineau.

C’est le citoyen qui y gagnerait à tous les coups.