Tamara Banbury est une cyborg.

Nous sommes des cyborgs

CHRONIQUE / Un cyborg ? L’image qu’on s’en fait se rapproche plus d’Iron Man, Robocop ou Darth Vader que d’une femme de 46 ans portant une frange de cheveux roses.

Pourtant, Tamara Banbury se définit comme un cyborg, créature à mi-chemin entre l’humain et la machine. Un cyborg « volontaire », précise cette candidate au doctorat de l’Université Carleton, qui se distingue ainsi des « cyborgs médicaux », porteurs de prothèse ou autres.

En fait, elle est devenue un organisme cybernétique le jour où elle s’est fait injecter une puce électronique sous la peau de chaque main. Une micropuce où elle peut stocker un lien Internet, un mot de passe, voire une poignée de cryptomonnaies.

« Touche ! », dit-elle en tendant le bras droit. J’ai palpé le dessus de sa main. Et là, juste sous la peau, je l’ai senti. Un minuscule cylindre — comme dans les films d’espionnage — qu’un tatoueur lui a injecté au moyen d’une seringue. La puce fait partie intégrante de son corps depuis 2 ans.

Et elle sert à quoi ?

« À bien des choses, y compris à faire des blagues ! », a rétorqué Tamara. D’un geste, elle a passé son iPhone devant sa main. La puce électronique a activé l’appareil. Et le vidéoclip de Never Gonna Give You Up, du chanteur Rick Astley, est apparu à l’écran. Une allusion au « rickroll », une farce populaire sur le Web.

Si elle le voulait, Tamara pourrait programmer sa micropuce pour débloquer son ordinateur ou débarrer la porte de sa maison. Aux États-Unis, un homme a configuré la sienne pour déverrouiller son arme à feu ! En théorie, Tamara pourrait même installer la puce de sa carte d’autobus ou de sa carte de crédit à l’intérieur de sa main.

Les possibilités des organismes cybernétiques semblent infinies. En Grande-Bretagne, un homme a développé un dispositif intégré à même son crâne qui lui permet de percevoir les couleurs sous forme de sons. Une femme porte un senseur interne qui lui permet de ressentir, en temps réel, les tremblements de terre partout sur la planète.

À Toronto, le producteur borgne Rob Spence s’est inséré une caméra dans l’orbite de l’œil qui le fait ressembler au Terminator. En Californie, des vaches cyborgs se sont fait injecter une technologie biométrique testée… chez l’humain !

La cybernétique est donc un monde à la fois vertigineux, fascinant… et effrayant. « Je connais quelqu’un qui porte 26 implants, poursuit Tamara. Mais d’autres s’y opposent pour des raisons religieuses. Pour certains, mes implants sont la marque du diable ! »

Certains pays, comme la Suède, ont commencé à encadrer légalement les cyborgs. Au Canada, ils tombent dans un vide juridique. « La plupart des implants y sont considérés comme des bijoux et réglementés comme tels, explique Tamara. La seule restriction ? Les interventions nécessitant une anesthésie doivent être effectuées par des professionnels de la santé. »

Est-ce que Tamara, le cyborg, a peur de se faire pirater ?

La question la fait bien rire.

« Il n’y a pas de risques, assure-t-elle. Ces micropuces ne sont qu’une lampe de métal dans un tube de verre. Elles ne produisent pas d’énergie. Il est impossible de les géolocaliser. Et la peau qui les recouvre est un bloqueur efficace !

“En fait, ajoute-t-elle en pointant mon iPhone, nos téléphones mobiles sont bien plus vulnérables que ces micropuces. Et ça ne nous empêche pas d’y stocker un nombre incalculable de données personnelles !”

Dans le fond, ne sommes-nous pas tous en train de devenir des cyborgs ?

Pensez-y.

Même s’ils ne sont pas branchés directement à nos cerveaux, nos téléphones intelligents sont devenus le prolongement de nous-mêmes. La partie cybernétique de notre être.

Certains portent une montre qui mesure leur rythme cardiaque et calcule le nombre de pas accomplis en une journée. Des lunettes en 3D nous permettent de voir une “réalité augmentée” du monde.

Les téléphones intelligents ont augmenté nos capacités de façon surhumaine. Tout le savoir du monde, ou presque, est à la portée d’une commande vocale ou d’un ou deux clics.

C’est tout juste si on ne dort pas avec nos ordinateurs miniatures !

Dans l’autobus ou le train, la plupart des gens sont connectés d’une manière ou d’une autre à leur cellulaire. Quelle importance si ces appareils ne sont pas implantés dans notre corps ?

Nous sommes déjà des cyborgs.