Anna Morineau, Myriam St-Pierre et Gabrielle Bédard coordonnent les marches sur le climat qui auront lieu vendredi.

Les trois Greta de chez nous

CHRONIQUE / Avant de quitter le bureau, j’ai averti ma patronne: je vais rencontrer les trois Greta de l’Outaouais.

Greta, comme dans Greta Thunberg, cette militante suédoise de 16 ans devenue la porte-parole de toute une génération sur le climat.

Quand elle a lancé son impérieux «Comment osez-vous!» aux dirigeants mondiaux réunis à New York, lundi, Greta Thunberg a exprimé la colère ressentie par des jeunes du monde entier. Suprême honneur, sa sortie lui a valu un gazouillis ironique du président américain Donald Trump en personne…

N’empêche qu’avec son discours direct et sans fioritures, Greta Thunberg est en train de réaliser une sorte d’exploit. Convaincre la jeunesse qu’elle peut changer le cours de l’histoire en se rassemblant dans la rue, en partageant des expériences, loin des écrans, autour d’une cause qui lui tient à coeur.

Si bien qu’aujourd’hui, il n’y plus une seule Greta comme au commencement.

Mais des milliers de Greta.

J’en avais trois devant moi mercredi dans un café de l’Université du Québec en Outaouais. Trois jeunes femmes dont le militantisme écologique est inspiré par Greta Thunberg.

Des étudiantes allumées, bien informées, qui vous citent sans sourciller des statistiques tirées du dernier rapport scientifique du GIEC.

Gabrielle Bédard, Myriam Saint-Pierre et Anna Morineau ont décidé d’en faire plus pour sauver la planète. Les trois étudiantes de 21, 23 et 19 ans coordonnent les marches sur le climat de ce vendredi. Elles s’ébranleront de l’Université d’Ottawa, de l’UQO et du cégep de l’Outaouais pour converger vers la colline parlementaire.

«Il y avait longtemps qu’on avait le goût de mettre le feu aux poudres — pacifiquement s’entend!, explique Gabrielle, étudiante à l’Université d’Ottawa. Longtemps qu’on voulait que l’environnement se retrouve au coeur des débats de société. Nos efforts étaient infructueux jusqu’aux premières marches pour la planète, en mars dernier. L’ampleur du mouvement nous a complètement surpris. Je crois que c’est grâce à Greta, à la force de son message, qu’on a pu rallier tant de gens.»

Expérience marquante

Les trois étudiantes se sont connues lors de ces marches dont elles parlent comme d’une expérience marquante.

«Nous étions 800 jeunes sur la colline parlementaire à marcher pour le climat. Jamais je n’ai ressenti un sentiment d’euphorie aussi intense, raconte la cadette, Anna Morineau, du Cégep de l’Outaouais. Souvent, on se sent seule, sans espoir, face à la crise climatique.

Mais quand on se retrouve tous ensemble, dans la rue, pour réclamer des actions face à la crise, c’est différent. Je pense que pour se compléter en tant qu’humains, il faut se rassembler autour d’un mouvement, d’un enjeu majeur. C’est une chose que nous avons perdue avec les médias sociaux.»

Je leur ai demandé ce qu’elles faisaient, au quotidien, pour préserver l’environnement.

«Je ne mange pas de viande, je n’ai pas d’enfant, pas de voiture, pas de permis de conduire», répond Gabrielle, avant de s’interrompre. «Tu vas voir, ça fait beaucoup de: ‘je ne fais pas ci, je ne fais pas ça!’»

Elle continue: «Je n’achète ni vêtements ni bijoux neufs. Je ne voyage pas, je ne prends surtout pas l’avion. Si j’ai à me déplacer, je choisis le train. Au plan individuel, j’en fais assez pour me valoriser socialement et faire de beaux statuts #savetheturtle sur Twitter. Mais dans les faits, est-ce que ça change quoi que ce soit à l’échelle de la planète?

Autre pause. «Non, poursuit Gabrielle. Ce que je fais individuellement ne change rien à l’échelle planétaire. Alors j’en suis à me demander: qu’est-ce que je peux faire, pour vrai, afin de sauver la planète?»

C’est Myriam Saint-Pierre, étudiante à l’UQO, qui prend le relais. «Les actions individuelles ne suffisent plus. Il faut en faire plus socialement pour forcer les dirigeants du monde à amorcer la transition écologique.» Et Anna Morineau de compléter: «En tenant compte des données scientifiques de plus en plus accablantes qui sortent, il n’y a plus d’excuses. On ne peut pas continuer à surconsommer et à vivre comme on le fait là. Sinon, de quoi aura l’air notre futur?»