Grâce au Dr Patrice Nault, le département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull affiche l’un des meilleurs taux de survie en Amérique du Nord.

Les 180 gestes du Dr Nault

CHRONIQUE / La chirurgie, c’est un peu comme le tennis. À force de toujours répéter des milliers de fois les mêmes gestes précis, toujours dans le même ordre, on finit par devenir bon. Très bon même.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Patrice Nault a eu l’occasion de peaufiner sa technique au cours des 15 dernières années passées au département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull.

Au cours de la dernière décennie, il a été le seul chirurgien du département. C’est dire qu’il a eu l’occasion d’en opérer, du monde. Des centaines, voire des milliers de patients sont passés sur sa table d’opération.

Comme quoi, la pénurie de médecins n’a pas que des désavantages !

Le manuel de chirurgie vasculaire, le Dr Nault l’a passé au grand complet. L’une des opérations qu’il pratique consiste à ouvrir le ventre du patient pour débloquer l’aorte abdominale avant qu’elle n’éclate. Une opération délicate, pratiquée sur une artère vitale du corps humain.

Vous savez combien de gestes il faut pour mener à bien cette opération? Le Dr Nault les a comptés: 180 gestes précis, à répéter dans le même ordre, sans se tromper et sans perdre de temps.

«L’idée, c’est de ne pas précipiter les gestes, mais de les faire une seule fois, et de les faire bien», m’a expliqué le Dr Nault qui se dit capable de compléter en 90 minutes cette opération qui en prend habituellement le double.

C’est ainsi qu’à force de pratiquer encore et encore sur un gros volume de patients, le département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull en est venu à afficher l’un des meilleurs taux de survie en Amérique du Nord.

Une résidente en médecine, Laura Drudi, a revu les 316 réparations ouvertes de l’aorte abdominale réalisée par le Dr Nault au cours des 10 dernières années. Elle en a tiré des statistiques qui ont attiré l’attention du monde médical, en plus de faire l’objet d’une publication dans une revue spécialisée.

Un seul des patients opérés par le Dr Nault est décédé dans les 30 jours suivant l’opération (0,3%), alors que la norme acceptable en Amérique du Nord est de 5%. «C’est une excellente série, parmi les meilleures au monde», raconte le Dr Nault.

«Le nombre de cas faits en 10 ans est très grand, ce qui fait que notre équipe a développé une grande expertise. On a une excellente préparation, tant avant que pendant et après l’opération.»

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Les résultats obtenus par l’hôpital de Hull ont fait l’objet d’une présentation à un important congrès de chirurgie vasculaire à Boston, du 20 au 23 juin.

L’événement a réuni des experts de partout dans le monde. De prestigieuses universités américaines et canadiennes y ont présenté des résultats de recherches. «Pour l’hôpital de Hull, le seul fait d’avoir été accepté pour faire une présentation, c’est extraordinaire en soi», raconte le Dr Nault.

Maintenant, est-ce que les pratiques de l’hôpital de Hull pourraient se répandre ailleurs?

Pas vraiment. Et c’est là toute l’ironie de l’affaire. Des chirurgiens qui ont l’occasion d’opérer autant que le Dr Nault en raison d’une pénurie de spécialistes ne sont pas légion en Amérique du Nord…

La bonne nouvelle, c’est que le Dr Nault ne sera bientôt plus seul au département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull.

Un autre chirurgien formé à McGill, Stephen Hanley, se joindra à lui à compter du mois d’août. Il finit un fellowship en chirurgie vasculaire à Boston. Il a déjà publié de nombreux articles, en plus de faire de l’enseignement. En outre, il est parfaitement bilingue. «C’est une grosse prise pour le campus médical de l’université McGill en Outaouais», se réjouit le Dr Nault.