La ministre Caroline Mulroney et son chef, le premier ministre Doug Ford.

Le temps d’un miracle

CHRONIQUE / Qui a dit : il ne faut pas croire aux miracles ?

Ce qui semblait impossible, il y a quelques mois, serait sur le point de se réaliser en Ontario français.

Les gouvernements de Justin Trudeau et de Doug Ford, pourtant à couteaux tirés, seraient à la veille d’une entente sur le financement de la future Université de l’Ontario français (UOF).

Qui l’eût cru ?

Oui, il reste des détails à régler avant de crier victoire. Pour le moment, on parle d’une entente de principe. Et quand on sait la méfiance que s’inspirent libéraux fédéraux et conservateurs ontariens, il faut éviter de sauter trop vite aux conclusions. Une étincelle dans le climat politique tendu du moment pourrait encore saboter cette entente.

Il reste qu’un dénouement heureux se profile à l’horizon pour la première fois depuis le jeudi noir de novembre 2018. Le jour fatidique où le gouvernement Ford a annoncé l’abolition du projet d’université géré par et pour les francophones dans la région de Toronto.

De toute évidence, le mouvement de «résistance» contre les coupes dans les services en français en Ontario porte des fruits. Les troupes de Doug Ford apprennent à leurs dépens qu’on ne s’attaque pas impunément à la minorité francophone de l’Ontario.

En coulisses, on note que l’attitude des progressistes-conservateurs a changé après les sondages défavorables du printemps dernier. Plus impopulaire que sa prédécesseure libérale Kathleen Wynne, Doug Ford a amorcé des changements pour regagner la faveur de l’opinion publique.

Le remaniement ministériel qui a suivi est venu redonner un nouveau souffle aux discussions entourant l’UOF. Notamment la nomination de Ross Romano au ministère de la Formation, des Collèges et des Universités. Autre changement majeur : la démission du controversé chef de cabinet Dean French qui a assaini l’atmosphère dans l’entourage du premier ministre Ford.

C’est dans ce contexte plus favorable que les négociations auraient repris entre la ministre fédérale de la Francophonie, Mélanie Joly, et son homologue ontarienne, Caroline Mulroney. Pour aboutir, cette semaine, à cette entente de principe d’un montant de 166 millions.

Une entente qui, à bien des égards, sort de l’ordinaire. La particularité la plus notable étant une clause «à tour de rôle». Le fédéral financera 100 % des dépenses pendant les 4 premières années. L’Ontario prendra la relève en finançant la totalité des dépenses durant les 4 années suivantes. Au final, chacun des deux partenaires investirait 63 millions $ dans l’aventure de l’UOF.

L’entente se veut gagnante pour tout le monde. En sortant son portefeuille en premier, le fédéral donnerait le temps au gouvernement de l’Ontario d’assainir ses finances publiques avant d’investir dans le projet d’université.

Mais la ministre Joly exige des garanties de l’Ontario en contrepartie de l’aide fédérale. Et c’est là que les discussions achoppent encore.

La ministre Joly voudrait que le gouvernement Ford rembourse la contribution d’Ottawa si jamais la province ne remplit pas sa part du contrat. Pour des raisons qui lui appartiennent, le gouvernement Ford refuse de se soumettre à une telle exigence. Peut-être que je me trompe. Mais il ne semble y avoir là rien d’insurmontable. Rien en tout cas qu’un peu de bonne volonté politique de part et d’autre ne puisse régler.

Espérons que la politique partisane ne viendra pas gâcher la sauce. L’Ontario français a trop besoin de cette université francophone pour que des considérations électorales viennent la torpiller à la dernière minute.

Des provinces comme le Nouveau-Brunswick et le Manitoba ont déjà une université francophone. Pourquoi faut-il un miracle, ou presque, pour que l’Ontario ait la sienne ?