Patrick Duquette
Mathieu Fleury met le contrôle des ponts interprovinciaux sur le compte des souverainistes.
Mathieu Fleury met le contrôle des ponts interprovinciaux sur le compte des souverainistes.

Le complot souverainiste

CHRONIQUE / Ah, le fameux complot souverainiste! Je ne m’attendais pas à le voir surgir ainsi, en pleine pandémie.

Et pourtant, le voilà qui apparaît, aussi soudainement qu’une éclosion de coronavirus dans un CHSLD.

Quarante ans, presque jour pour jour, après le fameux référendum de 1980…

Je parle de Mathieu Fleury, le conseiller d’Ottawa, qui met le contrôle des ponts interprovinciaux sur le compte des souverainistes.

Au 104,7 FM, il a soutenu sans rire que les barrages routiers sur les ponts entre Ottawa et Gatineau cachaient, tenez-vous bien, des ambitions séparatistes.

Oui monsieur.

À l’entendre, le premier ministre François Legault avait tout intérêt à créer cette «frontière» entre le Québec et l’Ontario pour faire avancer ses prétendues idées de souveraineté.

Même le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, gendre de feu l’ex-premier ministre péquiste Bernard Landry, aurait trouvé son compte dans les points de contrôle établis sur les ponts.

Les souverainistes se «léchaient les babines», ils assouvissaient des «ambitions subtiles», a insisté Mathieu Fleury au micro de Michel Langevin.

Du délire. Du pur délire.

Mathieu Fleury est tout à fait dans son droit de critiquer les contrôles routiers qui ont été levés lundi.

Il peut dire que c’était exagéré, abusif, inutile. D’ailleurs, beaucoup d’élus d’Ottawa, à commencer par le maire Jim Watson, l’ont fait avant lui.

Mais crier au complot souverainiste? Sans la moindre preuve de ce qu’il avance?

On vit dans un monde en plein bouleversement où il est plus important que jamais de combattre les fabulations et les fausses nouvelles.

En agitant l’épouvantail souverainiste, Mathieu Fleury fait de la petite politique.

C’est indigne d’un homme qui aspire à la mairie de la capitale fédérale.

Il a manqué une belle occasion de se taire.

Ou, comme l’a fait remarquer un ami, de s’enfiler un masque sur la bouche…

C’est tellement facile de réécrire l’histoire des trois derniers mois.

De dire qu’on aurait dû faire ci, qu’on aurait dû faire ça.

De prétendre qu’on aurait dû suivre l’exemple de la Suède qui a évité le déconfinement massif et ne semble pas s’en porter plus mal.

C’est oublier trop vite qu’il y a quelques mois à peine, on connaissait très mal ce satané virus.

Le Québec craignait de vivre un scénario à l’italienne: des hôpitaux tellement bondés que les médecins doivent décider entre quel malade sauver et lequel laisser mourir.

Compte tenu de notre système de santé chambranlant au Québec, c’était un scénario tout à fait plausible.

C’est trop facile de réécrire l’histoire à la lumière de ce qu’on sait aujourd’hui.

Si la Direction de la santé publique du Québec a recommandé d’établir des barrages sur les ponts entre Gatineau et Ottawa, c’était pour une très bonne raison.

La crise sanitaire était alors plus préoccupante dans la capitale fédérale qu’en Outaouais. Et on voulait éviter les déplacements inutiles des Ontariens vers les MRC de l’Outaouais jusqu’alors épargnées par la COVID.

Je comprends très bien la frustration des Ontariens qui n’ont pu aller ouvrir leur chalet à Val-des-Monts ou à Wakefield.

Mais nous vivons une crise sans précédent de santé publique.

Entre permettre aux Ontariens d’aller s’acheter de la bière à rabais chez Costco, et préserver la population du virus, le choix était facile à faire.

Et il n’avait rien à voir avec la souveraineté du Québec.