La quête du pouvoir absolu

CHRONIQUE / Histoire troublante : un trio de beaux gosses de Gatineau et Cantley attirait présumément des jeunes filles à leur domicile pour mieux les droguer et les agresser sexuellement, rapporte mon collègue Louis-Denis Ebacher.

De beaux jeunes hommes, populaires, avec des emplois stables, à en croire leur profil sur les médias sociaux. Le recruteur du groupe aurait choisi ses jeunes victimes sur Tinder en utilisant sa véritable identité et des photos de sa belle gueule…

« Le gars n’est pas laid, s’étonnait une jeune femme sur les médias sociaux. Pourquoi a-t-il besoin de droguer des filles pour coucher avec elles ? »

Parce que, madame, l’agression sexuelle n’est pas tant une affaire de sexe, comme son nom semble l’indiquer, qu’une affaire de pouvoir. Ce qui intéresse l’agresseur, c’est de dominer sa victime. Le sexe n’est qu’un prétexte pour assouvir ce vil instinct.

Toujours sur les médias sociaux, des jeunes femmes ébranlées disaient qu’elles ne se seraient pas méfiées si elles avaient rencontré de tels jeunes hommes sur Tinder ou sur des sites de rencontres. C’est là un autre mythe tenace, cette conviction qu’un prédateur sexuel est facilement repérable.

On s’imagine un vieux cochon pervers, tapi au fond d’une ruelle sombre, à l’affût de sa prochaine victime. La réalité, c’est que 68 % des agressions sont commises par quelqu’un qu’on connaît et en qui on a confiance. Y compris de beaux jeunes hommes qui ont des centaines d’amis sur Facebook.

On entendra dire que les femmes doivent se méfier davantage. Ne pas baisser leur garde trop vite. C’est le message qu’on leur envoie depuis des lunes : mesdames, méfiez-vous quand vous traversez un parc, une ruelle sombre ou un stationnement désert. Alors que dans le fond, il faudrait dire à ces hommes : arrêtez donc d’agresser des femmes.

J’ai bien aimé le message du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) aux autres victimes potentielles : vous n’avez pas à vous sentir responsables de ce qui vous arrive.

S’il y a quelqu’un à qui il faut reprocher d’avoir trop baissé sa garde dans cette histoire, ce ne sont pas les victimes, mais bien les présumés agresseurs. Faut-il se croire tout permis pour attirer chez soi des jeunes femmes afin de les agresser, sans même se donner la peine de cacher sa véritable identité ?

C’est ce que je trouve de loin le plus troublant de cette histoire. Cette quête de certains individus afin d’acquérir un pouvoir absolu sur les autres. Je suis retombé sur des propos tenus par la sexologue Jocelyne Robert à l’émission Medium large en 2017. Elle parlait de la sexualité comme d’un moyen d’asseoir son pouvoir et de se sentir invulnérable pour certains hommes.

« Quand les petites filles passent leur temps à s’entendre dire qu’il y a des concours de mini-Miss, qu’elles sont donc belles, qu’elles sont donc fines et qu’elles doivent donc être gentilles, elles ont bien de la difficulté, à 15 ans, 16 ans, à se défendre. Quand les garçons passent leur temps à s’entendre dire qu’ils sont capables de tout, qu’ils ont tous les pouvoirs, qu’ils vont aller loin dans la vie, ils pensent qu’ils ont tous les pouvoirs sur les êtres humains autour d’eux. »

Je pense que ça vient réitérer l’importance de parler davantage d’éducation sexuelle à l’école. Et pas seulement pour parler d’infections transmises sexuellement ou de méthodes de contraception. Mais aussi de consentement, de partage et de relations humaines basées sur autre chose que l’apparence et les stéréotypes.