Tous les placotoirs installés par la Ville de Gatineau ne semblent pas aussi populaires. Mais celui du secteur Aylmer attire pas mal de gens. Sur la photo, les conseillers Audrey Bureau, Mike Duggan et Gilles Chagnon discutent avec les artistes Philippe Landry et Marin Mitrasinovic.

Il ne manque que les placoteux

CHRONIQUE / Donc j’ai testé les placotoirs de la Ville de Gatineau. Les quoi, dites-vous ? Les placotoirs. Des endroits publics où il est possible de placoter entre citoyens. La municipalité a aménagé 4 placotoirs sur le bord de rues passantes, cet été. Histoire de tester le concept.

Si ça marche ? Issssh.

Tout dépend de l’endroit où ils sont situés et du moment de la journée.

Pour commencer, je suis allé tester incognito le placotoir de la rue Hôtel-de-Ville, près des édifices fédéraux, à deux pas de la Maison du Citoyen. À part quelques fonctionnaires qui se pressaient sur le trottoir, l’endroit était… désert. Vendredi matin, 9 h, ce n’était pas le moment idéal.

Comme tous les placotoirs, il est installé dans la rue. La Ville a même « sacrifié » deux cases de stationnement pour lui faire de la place. D’ailleurs, il y a comme une déclaration de guerre là-dedans. Un placotoir est une incursion en territoire automobile. Une façon de reconquérir l’espace dédié aux véhicules à moteur pour le restituer aux piétons.

Et pour poursuivre dans la métaphore militaire, je vous dirais qu’un placotoir ressemble à un avant-poste en territoire ennemi. Une fois installé dedans, on est constamment sur nos gardes à cause des véhicules qui frôlent de près le frêle abri. Le placotoir de la rue Hôtel-de-ville est un grand banc en bois en forme de U, avec une terrasse.

Je m’y suis assis, dos à la rue. Avec comme seules compagnes trois plantes en pot qui manquaient sérieusement d’eau à en juger par leurs mines rabougries. Pas très placoteuses, les plantes.

Je ne suis pas resté longtemps. Ça sentait l’essence, c’était bruyant à cause des travaux… Sur ma nuque, je sentais l’appel d’air chaud des gros cars de touristes qui filaient à moins d’un mètre derrière moi. J’ai trouvé l’endroit franchement désagréable. On me dit que des fonctionnaires fédéraux utilisent le placotoir à l’heure du lunch. Tant mieux pour eux.

***

L’autre placotoir, sur la rue Eddy, en face du café chez Ti-Coune, est plus petit. Un seul stationnement sur rue a été « sacrifié » pour lui céder la place. Ici aussi, des plantes agrémentent l’aménagement. J’ai reconnu des plants de tomates.

La propriétaire d’un petit café à côté (Pastel et coco) m’a dit que le placotoir était utilisé par les clients des commerces environnants. Elle-même n’a pas le temps de s’y asseoir, trop affairée à servir sa clientèle. « Mais je serais le genre à y aller », m’a-t-elle confié en me servant un – excellent – latte au lait de soya.

Juste comme j’allais m’installer au placotoir avec mon café, un gros camion-remorque est passé à deux pieds du banc. Il ne roulait pas vite. Mais… comment dire ? J’ai attendu qu’il soit passé avant de m’asseoir. Seul. Ici aussi, de toute évidence, je suis trop tôt. Peut-être que la Ville de Gatineau devrait embaucher des placoteux pour ses placotoirs ? Je suis certain que plusieurs se porteraient volontaires.

***

Dernier arrêt : le placotoir du secteur Aylmer, rue Principale, que la conseillère municipale Audrey Bureau inaugurait ce matin-là.

Mme Bureau a eu besoin de tout son petit change pour convaincre les fonctionnaires d’aménager un placotoir sur cette portion de rue – l’une des plus passantes de l’ouest de Gatineau. Elle a financé l’aménagement à même son budget discrétionnaire.

Ça en valait la peine. Son placotoir a connu un succès instantané. « Dès l’ouverture mercredi, c’était la folie », raconte-t-elle. Faut dire qu’il est idéalement situé. L’endroit est très fréquenté. Près d’un marchand de crème glacée, d’un bar à jus, d’un vendeur de shawarma et d’un café. Comme on dit dans le commerce : location is everything

« Ça marche super bien le soir », confirme Ingrid Ebacher, propriétaire du bar à jus Miss Press. « Il y avait une demande latente pour une installation du genre, reprend Audrey Bureau. Les commerçants autour ont très peu de terrasses et de mobilier extérieur. Ils étaient prêts à sacrifier 3 cases de stationnement pour satisfaire ce besoin. »

Le concept reste à peaufiner. Faudrait ajouter des parasols ou un mur végétal pour protéger le placotoir du soleil brûlant. Mais ici, en tout cas, les placoteux sont au rendez-vous.

Note: On me signale que le placotoir de la rue Eddy est en fait une initiative de la CDR Outaouais-Laurentides (appuyée par la Ville de Gatineau et plusieurs commanditaires).