La ministre Marguerite Blais a annoncé la construction d’une maison des aînés près de l’Hôpital de Hull.

Et le paradis à la fin de vos jours

CHRONIQUE / J’écoutais la ministre Marguerite Blais et j’avais presque envie d’être déjà vieux.

Presque.

Parce qu’à l’entendre, les nouvelles maisons pour aînés qui remplaceront nos CHSLD actuels seront de petits paradis terrestres où il fera bon finir ses jours.

La ministre parle non plus de chambres, mais de « milieux de vie » colorés et gais. Avec des jardins intérieurs où les résidents pourront « déambuler » entre les arbres, tout en humant le parfum des fleurs.

Bref, rien à voir avec les murs gris et tristes de certains CHSLD où, faute de place, les usagers s’entassent à trois ou quatre par chambre.

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L’Outaouais sera d’ailleurs l’une des premières régions au Québec à accueillir une de ces maisons pour aînés nouveau genre près de l’Hôpital de Hull.

À entendre Marguerite Blais, ces nouvelles résidences, qui seront construites d’ici 2022 au Québec, deviendront rien de moins qu’un « game changer » dans le monde des centres d’hébergement.

« Je sais que c’est ambitieux comme plan. Mais on n’a plus le choix », a dit la ministre Blais en constatant que le quart de la population de l’Outaouais sera âgé de 65 ans et plus d’ici 2036.

Alors oui, j’en suis.

Quand la ministre Blais dit qu’il faut en finir avec l’approche « hospitalo-centriste » actuelle, j’applaudis.

J’en suis aussi quand elle dit qu’il faut cesser de gaver de pilules les patients atteints de maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer. J’approuve quand elle dit qu’il faut les calmer autrement par des thérapies plus douces comme la zoothérapie ou la musicothérapie.

Bravo encore pour avoir prévu des espaces dans les maisons des aînés afin d’héberger les pairs aidants qui viendront y prendre soin d’un vieux père ou d’une vieille tante. Quiconque a accompagné un proche malade à l’hôpital sait combien l’expérience peut s’avérer pénible et inconfortable.

J’en suis quand une ministre parle d’injecter de l’humanité et de la compassion dans le système de santé. Comment être contre la vertu ?

Là où je décroche, c’est quand la ministre Blais affirme que les maisons des aînés verront le jour d’ici 2022 au Québec.

Oui, il faut donner un coup de barre. Oui, il faut être positif et avancer. En même temps, madame la ministre, il y a la plate réalité. Que faites-vous de la pénurie de main-d’œuvre ?

Alors que la ministre faisait son annonce à l’intérieur des murs de l’Hôpital de Hull, lundi, des manifestants s’agitaient à l’extérieur. Ils protestaient contre la fermeture prolongée du service d’obstétrique de l’hôpital de Shawville. Jusqu’en septembre, les femmes enceintes du Pontiac devront parcourir de longues distances jusqu’à Pembroke ou Gatineau pour accoucher. Raison de la fermeture ? La pénurie d’infirmières spécialisées.

Quand les caquistes ont promis de construire un nouvel hôpital de 170 lits en Outaouais d’ici 2023, on leur a opposé le même argument. Et la pénurie de main-d’œuvre, vous en faites quoi ? Qui va y travailler, dans votre nouvel hôpital ? La région manque de tout, de médecins, d’infirmières…

Oui, le gouvernement Legault essaie fort de sortir l’Outaouais de l’oubli. Il a posé plusieurs gestes pour reconnaître son statut particulier. Tout récemment, il a rétabli des postes de cadres dans les régions rurales de l’Outaouais que les libéraux avaient abolis avec la réforme Barrette. La ministre Blais pense que la construction des nouvelles maisons pour aînés renversera la vapeur et incitera bien des travailleurs à embrasser la carrière d’infirmière ou de préposé aux bénéficiaires. Je ne demande pas mieux que de lui donner raison.

N’empêche, je vais attendre un peu avant de vieillir prématurément…