Pendant qu’Ottawa s’arrache les cheveux devant les ratés de son nouveau train léger de 2 milliards, Gatineau met résolument le cap sur un tramway pour relier Aylmer au centre-ville d’Ottawa.

En attendant le tramway

CHRONIQUE / Pendant qu’Ottawa s’arrache les cheveux devant les ratés de son nouveau train léger de 2 milliards, Gatineau met résolument le cap sur un tramway pour relier Aylmer au centre-ville d’Ottawa.

Oui, messieurs, dames : un tramway.

Sans qu’on sache trop par quel prodige, le « train léger » dont parle le maire de Gatineau sur toutes les tribunes depuis des mois est devenu un « tramway » dans les documents de consultation et les études sur le sujet. Un tramway comme le maire Régis Labeaume veut en bâtir un à Québec. Un tramway comme en convoite la Ville de Scarborough. Comme il en existe déjà un à Waterloo, en Ontario.

Et c’est très bien un tramway. Vous savez ce qu’il y a dans un tramway ? Un opérateur. Un gars ou une fille capable d’ouvrir et de fermer les portes manuellement, comme dans un autobus. Dans un tramway, le bon fonctionnement ne dépend pas d’un ordinateur central susceptible de se détraquer au pire moment — comme on l’a vu avec le train léger d’Ottawa. Non, à Gatineau, ce serait un bon vieil humain en chair et en os qui nous tiendrait la porte du tramway.

N’est-ce pas merveilleux ?

Vous me direz que le tramway de Gatineau est parti pour coûter aussi cher, si ce n’est plus cher que le train léger d’Ottawa. Et vous avez raison. Pour l’instant, les coûts du projet sont évalués à 2,1 milliards. Si c’est le prix à payer pour éviter de rester bloqué à cause d’une porte capricieuse, ça en vaut peut-être le coup !

Allez, je blague. Mais c’est pour mieux vous dire en quoi le « train léger » du maire Maxime Pedneaud-Jobin n’a rien à voir avec celui d’Ottawa. Les enjeux sont très différents.

Actuellement, Ottawa doit desservir jusqu’à 24 000 usagers à l’heure avec son train léger. Pour ce faire, OC Transpo dispose de véhicules capables de transporter jusqu’à 600 personnes. Mais il suffit d’une panne, d’une porte bloquée par un retardataire, d’un ordinateur de bord qui gèle, et c’est la catastrophe.

Les stations du train léger d’Ottawa ne sont pas assez grandes pour absorber le surplus d’usagers en colère qui s’amassent rapidement sur les quais. Au rythme où vont les choses, OC Transpo devra augmenter à la fois la fréquence et la taille de ses véhicules pour faire face à l’achalandage. Son grand patron, John Manconi, devra aussi se défendre d’avoir précipité l’ouverture du train léger après des mois de retard.

En comparaison, les véhicules du tramway de Gatineau ne transporteraient « que » 250 à 350 personnes. Donc deux fois moins qu’à Ottawa. On envisage également un réseau plus convivial, avec plus de stations, qui passeraient plus près des concentrations de population. L’avantage ? Plus de Gatinois pourraient prendre le train directement à partir de chez eux, sans correspondance. En contrepartie, ce type de tramway est moins rapide, car il doit s’arrêter plus souvent. On ne peut tout avoir !

La Société de transport de l’Outaouais a consulté la population sur son projet de tramway dans l’Ouest. Sans surprise, 78 % des répondants favorisent un scénario avec du rail. Qui refuserait d’un train qui passe presque sur le pas de sa porte ? Ces jours-ci, j’aurais une question autrement plus difficile à poser aux Gatinois. Que feraient-ils en premier : un tramway dans l’Ouest ou un pont dans l’Est ?

On dira ce qu’on voudra, le vrai débat, il est là.