Combien parmi tous les automobilistes qui poireautaient sous la neige, mercredi matin, auraient pu éviter de prendre la route et travailler de la maison?

Comme des moutons écervelés

CHRONIQUE / L’absurdité de la situation m’a sauté aux yeux. Nous étions des milliers coincés dans le trafic de l’heure de pointe, mercredi matin. La neige tombait à plein ciel, la chaussée était glissante. Une bande de moutons écervelés allaient s’engouffrer dans le même goulot d’étranglement sans réfléchir, sans se demander s’il y aurait mieux à faire. Qu’est-ce que je foutais là ? Qu’est-ce qu’on foutait tous là ?

Rien d’urgent ne m’attendait au bureau. Je suis de la catégorie de travailleurs qui peuvent très bien travailler de la maison.

Alors j’ai rebroussé chemin en pensant à ce vieux dicton écologiste : vous n’êtes pas coincé dans le trafic, vous êtes le trafic.

De la maison, j’ai envoyé un courriel à mes patrons : salut, ne m’attendez pas pour la réunion du matin, je vais écrire de chez moi. À plus tard !

Je suis toujours surpris de constater à quel point on parle peu de télétravail lorsqu’on évoque des solutions à la congestion routière dans la région d’Ottawa-Gatineau. Surtout que nous sommes une région de fonctionnaires, une profession qui se prête bien à ce genre de pratique.

Combien parmi tous les automobilistes qui poireautaient sous la neige, mercredi matin, auraient pu éviter de prendre la route et travailler de la maison ? Quelques centaines ? Quelques milliers ?

LeDroit publie ces jours-ci une excellente série de reportages sur les enjeux en transport signé par mon collègue Mathieu Bélanger. À grands coups d’études, Transport Québec essaie de trouver des solutions pour réduire les bouchons de circulation sur les autoroutes 5 et 50.

Des solutions que le ministère rejette les unes après les autres. Souvent parce qu’elles auraient pour effet d’encourager encore plus l’utilisation de l’automobile et donc de pelleter en avant des problèmes encore plus graves.

Plutôt que de construire de nouvelles routes, le salut passerait par des investissements dans le transport en commun ou l’érection d’un nouveau pont entre Ottawa et Gatineau.

La première option coûte une fortune : au moins 2,1 milliards pour un train léger dans l’ouest de Gatineau, et 35 millions pour prolonger le Rapibus jusqu’à Lorrain.

Quant au dossier d’un nouveau pont interprovincial, il est coincé dans une impasse politique dont on n’est pas prêt de sortir.

On peut toujours rêver au vélo utilitaire pour décongestionner les routes. Ou à la réhabilitation des déplacements à pied. La plate réalité, c’est qu’Ottawa-Gatineau n’est pas Copenhague ou Amsterdam. Notre pays, c’est l’hiver, comme le chantait le poète. Le climat et les distances à parcourir limitent les possibilités offertes par le transport actif.

Je ne dis pas que le télétravail est LA solution. Je m’étonne seulement qu’on en parle si peu dans une région qui compte des dizaines de milliers de fonctionnaires dont une grande proportion pourrait sans doute travailler de la maison ou d’un endroit près de chez eux si on leur en donnait les moyens.

Si je me fie au site du gouvernement du Canada, la politique de télétravail de la fonction publique fédérale date de… 1999. À l’époque, Internet en était à ses balbutiements et le réseau social qu’allait créer pour le meilleur et pour le pire un certain Mark Zuckerberg n’existait pas encore. Vingt ans plus tard, il est temps de revoir tout ça.

Le conseiller municipal Martin Lajeunesse a proposé il y a quelques années de louer des bureaux au gouvernement fédéral à Gatineau, afin de favoriser le télétravail des fonctionnaires.

Pourquoi ce genre d’initiative ne semble jamais aboutir ?

On peut sûrement faire mieux qu’un troupeau de moutons...