Pour beaucoup de sinistrés des inondations, la gestion des barrages a joué un rôle dans les événements du printemps dernier.

Chercher le coupable

CHRONIQUE / Bien des sinistrés du Québec se demandent encore si la gestion des barrages a joué un rôle dans les inondations monstres du printemps dernier.

Malgré les appels du pied répétés de certaines municipalités, le gouvernement Legault n’a jamais voulu lancer une commission d’enquête indépendante pour élucider la question.

Si bien qu’encore aujourd’hui, des sinistrés sont convaincus avoir eu de l’eau jusqu’au cou parce que quelqu’un, quelque part, a ouvert trop grand les vannes d’un barrage.

La nature humaine est ainsi faite. On supporte mieux nos malheurs si on peut pointer un coupable du doigt ! Quitte à inventer des théories du complot.

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Bien sûr, Hydro-Québec a juré, la main sur le cœur, avoir géré au mieux ses installations pour réguler la rivière des Outaouais. Mais il s’en trouvera toujours pour douter d’une société d’État à la fois juge et partie dans cette histoire.

L’ironie, c’est que la réponse à la question que se posent bien des sinistrés québécois est venue cette semaine… de l’Ontario.

La province de Doug Ford, elle-même durement touchée dans la région d’Ottawa, a eu la sagesse de nommer un « conseiller spécial » pour faire un examen indépendant des inondations de 2019.

Les conclusions de Doug McNeil décevront cependant ceux qui cherchent désespérément un coupable en chair et en os. Selon le conseiller spécial, rien n’indique que les inondations résultent d’une erreur humaine ou d’une exploitation négligente des barrages.

Au contraire, Doug McNeil invoque, comme à peu près tout le monde, des conditions météorologiques exceptionnelles pour expliquer les débordements de la rivière.

Un manteau de neige supérieur de 517 % à la moyenne, des températures basses durant les trois premières semaines d’avril, puis des précipitations abondantes durant la fin de semaine de Pâques…

La nature a libéré dans la rivière une quantité d’eau énorme, en un très court laps de temps. Trop d’eau pour ce que les installations de régulation de la rivière des Outaouais étaient capables d’absorber.

C’est plate à dire. Mais la grande coupable des inondations est… Dame nature. Deux fois en trois ans, elle a produit des inondations exceptionnelles. Probablement en raison des changements climatiques, même si la preuve reste à établir de ce point de vue.

Mais la gestion des barrages n’y est pour rien, assure le conseiller McNeil. Voilà, c’est dit !

Le problème, c’est qu’au Québec, personne ne l’a affirmé aussi haut et fort. Le gouvernement n’a pas voulu lancer une enquête indépendante sur les causes des crues de 2017 et 2019 — comme on l’avait fait pour la tempête de verglas ou les inondations du Saguenay.

C’est une erreur.

Parce que les doutes sur la gestion des barrages, sans doute mal fondés, n’en continuent pas moins de polluer le débat public. La semaine dernière, ces doutes ont ressurgi lors d’une soirée de consultations pour les sinistrés organisée par la Ville de Gatineau.

Des doutes qui détournent le débat des vrais enjeux et retardent la recherche des solutions fort complexes à apporter au problème des inondations.