Patrick Duquette

Comment anéantir l’Ontario français

CHRONIQUE / Au fil du temps, j’ai appris que les Franco-Ontariens possèdent un redoutable talent pour l’autodérision. Un talent très utile lorsque vient le temps de répliquer à la non moins redoutable romancière et chroniqueuse Denise Bombardier.

Vous le savez, Mme Bombardier a créé des vagues d’un bout à l’autre du pays en déclarant à la populaire émission Tout le monde en parle qu’à peu près toutes les communautés francophones du pays avaient disparu. C’est faux, et il s’en est trouvé quelques-uns pour le lui dire.

Patrick Duquette

Une mort douce et naturelle

CHRONIQUE / À 81 ans, le docteur Pierre Viens a déjà administré l’aide médicale à mourir à 56 personnes. Plus qu’en font tous les médecins de l’Outaouais en une année! Il en parle comme d’une façon sereine, douce et naturelle de terminer la vie, d’une expérience «absolument extraordinaire» au plan humain.

«Toutes les cérémonies d’aide à mourir, ça se fait dans un silence profond. Les derniers moments sont d’une immense sérénité, d’un calme total, en présence des membres de la famille qui sont parfois nombreux et qui sont extrêmement respectueux de ce moment-là. En médecine, et en particulier en soins palliatifs, il n’y a pas une mort plus douce, plus sereine que l’aide à mourir», dit-il.

Le Dr Viens pèse soigneusement ses mots en disant cela. «Je dois faire attention, car la loi m’interdit de faire la promotion de l’aide médicale à mourir. C’est juste que je suis rendu à 56 cas, à domicile la plupart du temps. Dans tous les cas, ça s’est passé comme je viens de vous le décrire. Alors ce n’est pas de la promotion. Je me sens une obligation de dire ce que c’est. Nous, comme médecins, avons une obligation éthique, professionnelle et morale de discuter des options de fin de vie avec les patients qui le veulent.»

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Pierre Viens a oeuvré pendant 25 ans en soins palliatifs dans la région de Portneuf, à l'ouest de Québec. Quand l’aide médicale à mourir est arrivée au Québec, il y a vu une réponse enfin satisfaisante aux souffrances existentielles de certains patients. Notamment les malades atteints d’un cancer en phase terminale qui ne souhaitaient pas prolonger une vie dépourvue de sens à leurs yeux.

Est-ce que des cas d’aide médicale à mourir l’ont marqué plus que d’autres?

«Le premier et le cinquième cas m’ont profondément traumatisé, répond-il. Mais c’est une bonne chose. Après le premier cas, qui a pris 45 heures, j’ai acquis la certitude que je ne serais plus jamais comme avant. Le cinquième cas, c’est une dame atteinte de sclérose en plaques. On lui a refusé l’aide médicale à mourir sous prétexte qu’elle n’était pas en fin de vie. Elle est morte au 14e jour du jeûne total qu’elle avait lucidement et librement décidé. J’ai juré à cette patiente que je ferais tout pour changer la loi actuelle», dit-il.

Trois cas où de jeunes enfants étaient associés à la cérémonie d’aide à mourir l’ont marqué. «Je me rappelle de cette jeune mère de 40 ans, qui avait des enfants de 6 et 7 ans. Ils étaient là quand je suis arrivé. J’étais terrorisé. La patiente m’a dit: “ne t’inquiète pas, je sais ce que je fais. Les enfants aussi savent ce que je fais”.

«La personne qui a décidé de faire appel à l’aide médicale, et qui va mourir, elle est dans un état de sérénité et de calme inimaginable. Les familles autour sont toutes profondément d’accord avec la décision de la personne qu’elles aiment. Quant aux enfants, les trois expériences que j’ai vécues, ça a été très correct.»

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Trois ans après son entrée en vigueur, il trouve que la législation québécoise sur l’aide à mourir a déjà besoin d’une sérieuse révision. Ils souhaiteraient que les règles soient assouplies afin que tous les patients qui sont dans une «trajectoire» de fin de vie y aient accès, pas seulement ceux dont la fin est imminente et prévisible. Il en profiterait aussi pour corriger certaines aberrations.

Ainsi, la loi exige que le patient soit en mesure de donner un consentement lucide et éclairé jusqu’à la toute fin. Une «idiotie» qui donne lieu à de véritables drames, déplore le Dr Viens. «On voit des gens qui arrêtent leur médication, et qui souffrent le martyre juste pour être bien sûrs de rester lucide au dernier moment», soupire-t-il.

Et lui, ferait-il appel à l’aide à mourir le cas échéant? «Oui, c’est bien évident! répond-il en riant. C’est comme si tu me faisais essayer une Lamborghini et que tu me demandais ensuite: en veux-tu une? Sachant ce que je sais, je serais complètement fou de dire non!»

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Pierre Viens donnera une conférence sur l’aide médicale à mourir le 13 novembre à 19h au sous-sol du 115, boulevard Sacré-Coeur à Gatineau.
Inscriptions : Entraide-Deuil de l’Outaouais, 819-770-4814 ou direction@entraide-deuil.qc.ca

Patrick Duquette

Mourir avant son temps

CHRONIQUE / Avez-vous lu cette histoire à briser le cœur concernant l’aide médicale à mourir ?

Une dame de la Nouvelle-Écosse, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, a choisi de devancer la date de sa mort à jeudi de cette semaine — même s’il lui reste encore plusieurs semaines de qualité à vivre.

Audrey Parker, une résidence d’Halifax, est encore pleine de vitalité. S’il n’en tenait qu’à elle, la femme de 57 ans préférerait repousser le jour de l’injection létale à l’an prochain, ce qui lui permettrait de passer un dernier Noël avec les siens.

Mais elle craint que la progression du cancer ou encore l’effet de ses médicaments la prive subitement de la parole ou de sa lucidité. Du coup, elle perdrait aussi le droit à l’aide médicale à mourir. La loi canadienne stipule qu’une personne doit être en mesure de donner son consentement éclairé au médecin au moment même où celui-ci s’apprête à lui faire l’injection mortelle.

« Et moi, je ne veux pas courir ce risque, je ne veux pas manquer ma chance de recevoir l’aide à mourir », a confié Mme Parker au Globe and Mail. La dame a donc fixé la date de sa mort au 1er novembre. Elle avait prévu ingérer un dernier repas — des œufs bénédictines au homard — avant de monter dans sa chambre pour y mourir, entourée de ses proches. Le tout en déplorant amèrement que la loi canadienne l’oblige à quitter cette terre plus tôt qu’elle ne le souhaitait.

L’ironie, c’est que cette exigence légale d’un consentement éclairé immédiatement avant de recevoir l’aide à mourir a été pensée comme un garde-fou. On voulait éviter des dérapages, tout en donnant la possibilité au patient de changer d’idée à la dernière seconde. En pratique, cette disposition provoque des souffrances inutiles, voire inhumaines. Elle va à l’encontre de l’esprit même de la loi qui est de rendre la mort des grands malades plus digne et plus douce. 

C’est complètement absurde que des gens atteints d’un mal incurable, comme Mme Parker, se sentent obligés de sacrifier du temps de qualité avec leurs proches pour éviter de perdre leur droit à l’aide à mourir. C’est tout aussi idiot que des patients très malades cessent de prendre leurs médicaments antidouleur pour demeurer lucides jusqu’au moment fatidique — endurant dans l’intervalle des souffrances atroces et inutiles.

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Le cas de Mme Parker soulève en fait la délicate question du droit des personnes inaptes à recevoir l’aide médicale à mourir. Un sujet complexe, entre autres parce qu’il est impossible de confirmer le désir de mourir à partir d’un certain stade de la maladie. On pense par exemple aux personnes atteintes d’Alzheimer. 

Ni au Canada ni au Québec, on a voulu étendre l’aide médicale aux gens atteints de démence. Sans doute par prudence, mais aussi pour s’assurer d’obtenir un maximum d’adhésion aux nouvelles législations. Mais il faudra un jour ou l’autre se pencher sur cette épineuse question. La réalité va nous rattraper bien assez vite. Le quart des personnes de 85 ans et plus a des chances de souffrir d’Alzheimer. 

Avec le vieillissement de la population, il y en aura de plus en plus. La pression sur les CHSLD et les proches aidants deviendra vite intenable.

Dans ce débat, il est particulièrement intéressant d’entendre ce que les proches aidants ont à dire. Une étude de l’Université de Sherbrooke est éclairante à ce sujet. 

Près de 78 % des proches aidants, ceux-là même qui prennent soin des gens atteints d’Alzheimer, ont soutenu que s’ils avaient eux-mêmes la maladie, ils rédigeraient une demande préalable d’aide à mourir. 

Est-ce la voix du gros bon sens qui se fait entendre à travers eux ?

Patrick Duquette

La guerre derrière les écrans

CHRONIQUE / La cybersécurité ? C’était pour moi une notion abstraite jusqu’à ce je sois victime d’un vol d’identité, il y a quelques années.

L’affaire s’était réglée sans trop de conséquences fâcheuses grâce à la vigilance de mon institution financière. Quelques coups de téléphone aux agences de crédit, une plainte à la police, et je pensais ne plus en entendre parler. Pour plus de sûreté, j’avais instauré une alerte sur mon dossier de crédit chez Équifax.

Patrick Duquette

Un ministre pas parfait

CHRONIQUE / Est-ce d’intérêt public de divulguer que le nouveau ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, cumulait les dettes et a failli faire faillite ?

La réponse est : oui.

Patrick Duquette

Les démons du pot

CHRONIQUE / Le pot? «Avoir su, je n’aurais jamais touché à ça!», laisse tomber Ulrique Collin, un Gatinois de 36 ans atteint de schizophrénie paranoïde.

Une des craintes formulées dans la foulée de la légalisation du cannabis au Canada, c’est que sa consommation augmente le risque de développer des maladies mentales. Or pour Ulrique Collin, il est clair que la substance a accéléré l’apparition de sa maladie alors qu’il fréquentait l’école secondaire de l’Île dans les années 1990.

«Le pot a été le déclencheur», affirme-t-il.

Lui qui entendait déjà des petites voix dans sa tête au début de l’adolescence a senti les symptômes s’accentuer après avoir fumé ses premiers joints de pot dans la cour d’école. Il s’est mis à entendre des voix de plus en plus pressantes. Des voix souvent effrayantes, alors qu’il n’arrivait plus à discerner la ligne entre ses hallucinations et le monde réel.  

«Tout avait l’air vrai dans ma tête. Quand tu crois dur comme fer que le diable te parle, c’est assez épeurant!», a-t-il raconté à un auditoire venu l’entendre raconter son histoire à la cafétéria de l’UQO, plus tôt cette semaine, dans le cadre de la semaine de la santé mentale.

Après ses premiers joints de cannabis, les voix ont enflé au point de devenir un choeur obsédant et destructeur. Il avait l’impression que le monde entier complotait contre lui. Il a cessé de faire du sport et de voir ses amis, sa paranoïa le poussant même à douter de ses parents.

La souffrance l’a poussé à consommer de plus en plus et à attenter à ses jours. Il a plongé dans une psychose si sévère qu’il a cru ne jamais en sortir.

Il aura fallu un séjour prolongé à l’Institut psychiatrique Pinel de Montréal, de même que des années de traitements et de thérapie avant qu’il reprenne le dessus sur la schizophrénie. 

Après son rétablissement, il est devenu pair-aidant pour l’organisme L’Apogée de Gatineau. À ce titre, il vient en aide bénévolement à l’entourage des personnes affectées par des troubles graves de la santé mentale.

Chronique

Les 180 gestes du Dr Nault

CHRONIQUE / La chirurgie, c’est un peu comme le tennis. À force de toujours répéter des milliers de fois les mêmes gestes précis, toujours dans le même ordre, on finit par devenir bon. Très bon même.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Patrice Nault a eu l’occasion de peaufiner sa technique au cours des 15 dernières années passées au département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull.

Patrick Duquette

Le vélo qui libère les souvenirs

CHRONIQUE / Vous avez peut-être entendu parler de ces vélos stationnaires équipés d’un écran qui reproduisent virtuellement le trajet du Tour de France. À l’Institut de recherche Bruyère d’Ottawa, on teste ces jours-ci un vélo similaire. À la différence qu’il est conçu pour motiver les personnes âgées à faire de l’activité physique.

Le principe est simple. Pendant que la personne âgée pédale, des images de télévision filmées à Singapour, Paris, Oslo, Dubaï ou Pékin défilent en temps réel sur un grand écran. L’illusion est totale. Pour peu qu’on s’abandonne, on a vraiment l’impression de rouler dans les rues d’une grande cité du monde. On se surprend à observer les piétons ou même à ralentir quand une auto arrive en sens inverse.

J’ai testé la nouvelle technologie lors d’une conférence de presse vendredi. Non seulement c’est réaliste, mais c’est plus intéressant que de rouler sur un vélo stationnaire avec, en toile de fond, un mur blanc d’hôpital.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette technologie qui fait pour la première fois l’objet de tests cliniques au Canada. Son effet bénéfique serait double: non seulement elle favorisait l’activité physique chez les aînés, les paysages filmés stimuleraient également la mémoire des gens atteints de démence.

Patrick Duquette

T’as pas mis ton ti-casque?

CHRONIQUE / Volte-face surprenante cette semaine de l’Institut national de santé publique du Québec qui ne recommande plus le port obligatoire du casque à vélo. Une décision pleine de bon sens, à mon avis.

Vous savez ce qui m’horripile le plus dans le vieux débat sur l’obligation de porter le casque ? Trop souvent, je trouve qu’on met tous les cyclistes dans le même paquet. Allez hop, le casque obligatoire pour tout le monde ! Comme si le vélo était un sport dangereux en tout lieu et en toutes circonstances. Comme s’il n’y avait pas de nuances possibles.