Steve Bergeron

Passez au selon

CHRONIQUE / Suggestion: une petite chronique sur les aberrations de «tout dépendant», «dépendant que», alors que le bon terme est simplement «selon». (Yves Lever, Montréal)

Ma chronique du 10 octobre 2015 abordait justement ce sujet. La voici en rappel pour tous ceux et celles qui l’auraient manquée.

«Entre 2500 et 4000 visiteurs viennent chaque année, dépendant de la température.»

«"Ça varie pour chaque parent, dépendant de leur salaire."»

«Tout dépendant des résultats des 19 matchs qui restent à disputer, six possibilités s’offrent à l’équipe.»

Vous vous doutez bien que, si j’ai mis en évidence ces trois phrases, c’est parce qu’elles démontrent une erreur très répandue, au point de se faufiler parfois dans les textes journalistiques et les communications officielles.

Vous l’aurez deviné, il s’agit du mot «dépendant» lorsqu’il est utilisé comme préposition. Celui-ci est un anglicisme calqué directement sur «depending of».

Le mot «dépendant» existe en français, mais seulement comme adjectif ou comme participe présent du verbe «dépendre».

«Pendant leur maladie, ils étaient totalement dépendants de leur épouse.»

«L’affluence dépendant du temps qu’il fera, on ne peut prédire le succès de l’activité.»

Mais ça se gâte lorsqu’on commence à utiliser «dépendant» comme synonyme de «selon», «suivant», «d’après», «conformément à», «en fonction de»...

D’ailleurs, je vous suggère fortement d’intégrer la préposition «selon» dans votre vocabulaire. Vous m’en donnerez des nouvelles. C’est fou comme elle est pratique, passe-partout et surtout beaucoup moins lourde à utiliser.

«Entre 2500 et 4000 visiteurs viennent chaque année, selon la température.»

«"Ça varie pour chaque parent, en fonction de leur salaire."»

«Sous réserve des résultats des 19 matchs qui restent à disputer, six possibilités s’offrent à l’équipe.»

La remarque vaut pour «dépendamment», qui est souvent utilisé dans le même sens que «dépendant». «Dépendamment» n’est pas incorrect, mais il est considéré comme désuet, surtout qu’il peut être remplacé par tellement d’autres mots beaucoup plus courts (dont «selon», on y revient toujours).

Par contre, «indépendamment», lui, est accepté. Pourtant, lui aussi pourrait être facilement changé pour «outre», «en plus de», «par surcroît», «hormis», «mis à part»... Mais il y a des situations où il est plus difficile à déloger.

«J’ai considéré ces problèmes indépendamment l’un de l’autre.»


                                                                        ***

«Ce qui me tombe le plus sur les nerfs, c’est le «de d’autres»! Tous, y compris journalistes, chroniqueurs, présentateurs, l’utilisent!» (Brigitte Legendre, Québec)

Commencez pas prendre une grande respiration: ce n’est qu’une faute de langage, pas l’apocalypse. Vous l’entendez souvent, soit. Mais il est normal, lorsqu’une erreur nous agace, qu’on la capte chaque fois qu’elle est commise. D’où cette impression qu’elle est généralisée. Mais ça ne veut pas dire que tout le monde se trompe. En tout cas, je vous rassure: je connais beaucoup de gens qui ne la font pas.

Mais l’épidémie est effectivement grave et ne semble pas diminuer (ma première chronique sur cette question date du 20 août 2004, c’est tout dire). Je me souviens très bien que même ma professeure de français de 4e secondaire m’avait affirmé que cette forme était correcte. J’ai repris le droit chemin à l’Université.

Bref, il n’y a aucune justification, ni pour euphonie ni pour Céline et ses d-d-d-d-d-d-danse dans ma tête, d’ajouter un «de» devant le «d’autres». C’est comme dire qu’un joueur s’est «blessé à la l’aine».

«Tu devrais demander l’avis d’autres personnes [et non «de d’autres personnes»].»

«Nous avons parlé de choses et d’autres.»

Perles de la semaine

Les finalistes de la Coquille d’or de La Tribune 2019, la suite.

«L’hôpital a pu exercer son plan des mesures d’urgence au début du mois d’eau alors que les réservoirs d’eau avaient été testés positifs à l’E. coli.»

«Marc Bergevin a mis sa tête sur le bûcher.»

«Un choix qui n’était pas dénudé de hasard.»

«"Un des personnages fait un doigt d’honneur. D’autres sont plus serins, calmes, introspectifs."»

«Le Dr François Lamontagne revient d’un voyage humanitaire en République dominicaine du Congo.»

Questions ou commentaires ? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.