Osama Jassim (à gauche) est rapidement devenu l’homme de confiance de Hyffa Nasrallah et de son mari Said, au Shawarma Santé, à Aylmer.

Pas si différents, ces gens-là

CHRONIQUE / Un ex-diplomate qui travaille avec les réfugiés, Jacques Laberge, était outré des déclarations de Nathalie Lemieux, cette élue de Gatineau qui dit que les musulmans ne s’intègrent pas, qu’on a raison d’en avoir peur. Viens avec moi, m’a dit M. Laberge, je vais t’en présenter des immigrants qui s’intègrent.

On s’est retrouvé au Shawarma Santé, un restaurant tenu par deux immigrés libanais rue Principale, à Aylmer. Osama Jassim, 19 ans, y travaille depuis trois ans. Osama comme dans Osama ben Laden. Un nom à faire fuir les Nathalie Lemieux de ce monde…

À l’école secondaire, Osama faisait souvent le Disc Jockey lors des partys. Pour rire, ses potes l’ont un jour présenté ainsi à la foule : Osama, le DJ qui vous fait sauter.

La pognez-vous ?

Osama est né à Bagdad en 1999. Il avait quatre ans lors de l’invasion de l’Irak par les Américains en 2003. Quand les milices sunnites et chiites ont commencé à s’entretuer en 2006, Osama a fui la guerre civile avec ses parents, ses cinq frères et sœurs. Ils ont vécu en Syrie jusqu’en 2010 d’où ils ont entamé des démarches pour venir au Canada.

Les gens s’imaginent que le Canada accepte n’importe qui. Ils se trompent, d’après Osama.

Au contraire, les autorités canadiennes ont fait passer des tests de santé à sa famille, ils leur ont posé mille fois les mêmes questions pour s’assurer qu’ils répondaient toujours la même chose. Il s’est passé trois ans avant que leur demande de réfugiés soit acceptée.

« Le gouvernement canadien prend soin de son peuple. Ce n’est pas un gouvernement corrompu comme d’autres que j’ai connus », assure Osama.

Sa famille est débarquée au Canada sans parler français ni anglais. Ils voulaient tellement s’intégrer qu’ils ont choisi exprès un endroit sans communauté arabe : Victoriaville. « À Victo, raconte Osama, tout le monde m’appelait l’Arabe. Personne ne me haïssait pour autant. Au contraire, on m’invitait à souper, dans les partys… Ils ont vu que je voulais apprendre la culture. »

Enrichie de deux nouveaux enfants, la famille a ensuite déménagé à Gatineau. Osama a fait son secondaire à Grande-Rivière. Puis il s’est dégoté ce boulot au Shawarma Santé, pas loin de chez lui. « Je l’ai embauché à cause de son sourire », blague la copropriétaire Hyffa Nasrallah, qui a vite fait d’Osama son homme de confiance.

Hyffa n’est pas religieuse, ni son mari Said.

Osama est croyant, mais pas pratiquant. « Je bois de l’alcool », note-t-il en souriant. Il est aussi à 100 % pour la laïcité de l’État. La charia, la loi religieuse que des Québécois redoutent tant ? Il serait le premier à voter contre. « Je ne voudrais pas que les musulmans aient du pouvoir politique. La religion doit demeurer une affaire personnelle. »

Ce qu’Osama a pensé des propos de Nathalie Lemieux ? Lui aussi a trouvé qu’elle a mis tous les musulmans dans le même panier en présentant « ces gens-là » comme des terroristes en puissance. « Des bandits, il y en a dans toutes les cultures », note-t-il.

Sur les difficultés d’immigration des musulmans, il lui donne à moitié raison. La dernière vague de réfugiés syriens parrainés par le gouvernement Trudeau peine à apprendre la langue en raison d’un fort taux d’analphabétisme.

« Mais n’oublions pas que le Canada les a accueillis pour des raisons humanitaires. Même si les parents ne s’intègrent pas, les enfants, eux, vont le faire. Ils parleront la langue, se trouveront des emplois, créeront des entreprises et payeront des impôts au Canada », dit-il.

« Nous, par exemple, nous sommes une famille de huit enfants. Des enfants intelligents, qui parlent français et anglais, qui ont de bonnes notes à l’école. J’ai un frère qui veut devenir policier, une sœur médecin, une autre infirmière. Moi-même, j’aimerais lancer mon entreprise. »

Le Canada n’est pas un pays raciste en général, dit-il. « Au contraire, c’est un pays multiculturel, qui prône l’égalité homme-femme, les droits de la personne. Même les animaux ont des droits ici ! »

Je l’ai trouvé rafraîchissant, ce Osama. Comme quoi, « ces gens-là » ne sont pas si différents… quand on prend la peine de leur parler.