Pas seulement les autres

CHRONIQUE / Non, la maladie mentale, ça ne s’adresse pas seulement aux autres.

En cette journée nationale Bell Cause pour la cause, j’ai décidé de partager mon cheminement depuis un an. Je le fais pour deux raisons, d’abord pour mettre sur papier tout ce qui s’est passé dans ma vie dans la dernière année, mais surtout pour dire de ne jamais hésiter à aller chercher de l’aide, même si ce n’est pas toujours facile. 

D’entrée de jeu, je dois avouer qu’avant ma mésaventure, j’étais le premier à juger une personne qui se retrouvait en congé maladie en raison de la fatigue. « De belles petites vacances payées », me disais-je par manque de compréhension. Pour moi, la dépression ou le burn-out, c’était une invention. Ça, c’était avant que je frappe le mur en février dernier. Mes collègues l’avaient vu venir depuis un bon moment, mais pour moi, ç’a quand même été une surprise. Un beau matin, je me suis levé et j’avais atteint le fond du baril... Je suis quand même allé travailler le soir, mais le cœur n’y était plus. Quelque chose s’était brisé soudainement. 

Sous les recommandations, plutôt l’obligation d’une amie, je suis allé consulter un médecin. Je me disais que c’était une mauvaise semaine. Je faisais certainement du déni parce qu’elle a rapidement vu que je n’allais pas bien. D’abord, je me suis retrouvé en congé deux semaines, mais mon patron, Denis Bouchard, m’a tout de suite mentionné qu’à son avis, ce n’était pas assez. J’ai finalement passé cinq mois au repos forcé et, avec le recul, je dois admettre qu’il s’agissait de la meilleure décision de ma vie. J’ai tout de même dû faire une croix sur la couverture du long parcours éliminatoire des Saguenéens dans la LHJMQ. Quand ma psychologue a évoqué cette possibilité, au départ, je croyais qu’elle faisait des blagues.

J’ai rapidement pris conscience que ce n’était pas une course contre la montre et que je devais me concentrer sur moi, ce que j’avais visiblement négligé lors des années précédentes. Diagnostic : j’ai un problème d’anxiété. Être stressé et mal dormir est une excellente recette pour un désastre. Je vois la montagne plutôt que de prendre chaque chose en son temps. C’était donc écrit dans le ciel que ça se terminerait mal, parce que je n’avais pas les bons outils afin de bien gérer mon anxiété, ce que je suis maintenant en mesure de faire beaucoup plus efficacement. 

Au début, j’étais gêné d’annoncer la raison pour laquelle je ne travaillais plus. Quand je croisais des gens, j’étais en vacances. Après tout, ce n’était pas écrit dans mon front. Après un mois, j’ai cessé de me mettre la tête dans le sable et j’ai commencé à parler de mon problème. Je me suis rapidement rendu compte que je n’étais pas seul dans mon bateau. « Moi aussi, je suis passé par là » et « Prends ton temps » sont les deux phrases que j’ai entendues le plus souvent. 

La chose qui m’a grandement aidé dans toute cette aventure, c’est le sport. Même si je ne travaillais pas, j’avais décidé de continuer, et de m’obliger, à faire du sport. Si je n’avais pas eu mes cours de boxe le matin avec Michel Desgagné, je dois admettre que je serais demeuré dans le confort de mon lit plus souvent qu’à mon tour. Je dois aussi remercier mes fantastiques coéquipiers de dek-hockey avec l’équipe Multi-Forme qui ont accepté mes quelques sautes d’humeur sans raison valable. Sans le sport, ma convalescence m’aurait paru interminable, et je ne pense pas que le résultat aurait été le même à la fin du processus. 

En terminant, je tiens à faire une petite critique constructive. Depuis quelques années, l’opinion publique change sur la maladie mentale. On en parle de plus en plus, et c’est parfait. Toutefois, ce serait bien si les représentants des compagnies d’assurance laissaient le bénéfice du doute. C’est déjà assez difficile d’avouer qu’on a un problème. Ce n’est pas parce qu’une personne n’a pas de plâtre qu’elle ne souffre pas !