Comme il l’avait fait devant un parterre de membres de la Corporation de développement économique communautaire de Sherbrooke, l’an dernier, l’économiste Jean-Martin Aussant a présenté « l’entrepreneuriat collectif » comme une approche à mettre en valeur.

Pas riches, mais pas cancres

CHRONIQUE / Au lieu de la traditionnelle surenchère des emplois, ce sont les salaires qui deviennent le miel des partis d’opposition courtisant le vote des Québécois pour remplacer le gouvernement Couillard.

Après la Coalition avenir Québec, le Parti québécois promet lui aussi d’amener la région à la moyenne provinciale de la rémunération. Le candidat péquiste Guillaume Rousseau dans Sherbrooke, qui convoite le siège du ministre Luc Fortin, s’est montré particulièrement virulent dans ses critiques.

« Composante de la sixième ville en importance au Québec, la circonscription de Sherbrooke est 117e parmi les 125 circonscriptions de la province en ce qui a trait au revenu moyen des ménages, qui est à 61 500 $ ici alors que la moyenne québécoise est à 77 500 $. Un écart de 15 000 $ est pour le moins préoccupant », a pourfendu Me Rousseau en présentant d’autres comparaisons peu flatteuses sous des applaudissements nourris, dans le cadre d’une conférence sur l’économie aux allures de ralliement politique.

Invité comme spécialiste en économie, Jean-Martin Aussant a pondéré la critique en traçant un parallèle avec la rhétorique du chef caquiste François Legault.

« Vous avez sûrement déjà entendu M. Legault dire qu’on est moins riches que les Ontariens ou que les Américains, qu’on est pas beaux, qu’on est donc méchants. Il veut ainsi faire mal paraître le gouvernement qu’il veut remplacer, mais ça rentre dans la tête des gens. Or, il faut tenir compte de la distribution de la richesse.

« Les chiffres de Guillaume sont vrais, mais les Estriens ne sont pas des cancres qui traînent de la patte, car l’indice de développement de la richesse ne tient pas compte que des revenus. L’Estrie n’est pas à 50 ou à 60 % de la moyenne provinciale, elle est dans les 90 % » a affirmé M. Aussant.

Il fut un temps où des entreprises étrangères ne se cachaient même pas d’avoir choisi la région pour ses bas salaires. Ce fut le cas pour des centres d’appels américains.

« Je n’entends plus de remarques semblables. J’entends plutôt de la bouche de dirigeants qu’ils procèdent à des réajustements salariaux pour conserver leurs meilleurs éléments dans la présente conjoncture de vive concurrence pour la main-d’œuvre », commente la directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin.

Quoi penser des nouveaux emplois dans les entreprises manufacturières ayant réalisé des projets d’expansion ou, comme Soprema, sont en voie d’implantation dans le parc industriel régional de Sherbrookois?

« Dans l’ensemble, je dirais que ce sont des emplois rémunérés sensiblement au même prix qu’ailleurs. Rien ne nous indique le contraire », ajoute Mme Fortin.

La firme Randstad publie chaque année un guide de référence sur les salaires dans les principales villes de la province et du pays. Selon cette entreprise spécialisée, un journalier à la production comptant trois ans d’expérience touche à Sherbrooke en 2018 un taux horaire variant entre 13,90 $ et 16,10 $, soit le même salaire qu’à Drummondville. Le même employé peut toutefois espérer de 1 à 2 % de plus à Lévis, Trois-Rivières ou Saguenay.

C’est d’autre part à Sherbrooke qu’un soudeur ayant trois années de métier serait le moins bien payé avec un taux horaire maximal de 23,90 $ alors qu’il pourrait espérer 1 dollar de plus l’heure à Granby, Trois-Rivières ou Saguenay.

Rappelons que l’Institut de la statistique du Québec a mesuré un certain rattrapage dans la région métropolitaine de recensement de Sherbrooke (RMR), étant celle qui a connu en 2016 la plus forte croissance du revenu disponible des ménages avec une hausse de 3,6 % contre 2,7 % pour l’ensemble de la province. Mais à 26 634 $, la somme dont les Sherbrookois disposaient après avoir payé leurs impôts et autres cotisations sociales demeurait sous la moyenne des 27 723 $ dans la province et encore plus loin des 31 781 $ dans l’ensemble du pays.

« Malgré cela, il n’y a pas péril en la demeure en Estrie. L’abolition des conférences régionales des élus est cependant déplorable. Des bénévoles qui étaient autrefois des acteurs de développement restent maintenant chez eux, ne s’impliquent plus dans la collectivité. Ça c’est dommage, car c’est une perte d’actifs pour le Québec », a déploré l’économiste Aussant.