Le chemin de l’avenir était trop étroit pour Philippe Couillard qui tire lucidement sa révérence même s’il devient l’une des victimes des règles instaurées par son gouvernement, se retrouvant comme député démissionnaire privé d’une allocation de transition.

Partir dans la dignité

PERSPECTIVES / Autant Philippe Couillard a défendu énergiquement ses choix en campagne électorale, autant il était vide de carburant en annonçant sa démission comme chef des libéraux de même que comme député de Roberval.

« Avec un bilan plus qu’enviable et le résultat de l’élection du 1er octobre, après avoir mis toute mon énergie au service du Québec, demeurer en politique, à quelque titre que ce soit, est au-delà de ce que je me sens humainement capable de faire. Je demande aux Québécoises et aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix » a-t-il mis en opposition.

La raclée subie par son parti poussait inévitablement M. Couillard vers la sortie. Le contexte est fort différent de celui qui avait permis à Jean Charest de demeurer à la tête du PLQ après sa défaite de 1998. Car, si Lucien Bouchard avait alors facilement remporté la bataille des sièges (76 contre 48), la victoire libérale sur le nombre absolu de votes traduisait une certaine réceptivité à l’égard de l’ancien chef fédéral qui venait d’arriver sur la scène provinciale.

Comment Philippe Couillard aurait-il pu incarner en 2022 un renouvellement d’idées après avoir dirigé la province durant quatre ans et avoir été ministre de la Santé dans le premier gouvernement Charest en 2003?

Le chemin de l’avenir était décidément trop étroit pour M. Couillard, qui tire lucidement sa révérence même s’il devient l’une des victimes des règles instaurées par son gouvernement. Il n’a pas droit à l’allocation de départ que le chef démissionnaire du Parti québécois, Jean-François Lisée, obtiendra à la suite de sa défaite électorale dans Rosemont.  

L’ex-ministre et ex-député de Sherbrooke, Luc Fortin, pourra également retomber sur ses pieds en bénéficiant d’une somme représentant habituellement environ une année de salaire. Il en va de même pour Pierre Reid, Ghislain Bolduc, Guy Hardy et Karine Vallières, les quatre députés sortants du PLQ en région n’ayant pas sollicité de renouvellement de mandat.

« Ça représente pour moi autour de 95 000 $. Bien que cela n’ait pas été un facteur de ma décision, j’avoue que la situation devant laquelle M. Couillard se retrouve n’est pas facile et je serais surprise que le parti puisse suppléer » commente Mme Vallières.

Le PLQ n’a jamais versé dans le passé de supplément à Philippe Couillard et il n’y a pas d’arrangements en ce sens pour la suite des choses, m’a-t-on confirmé.

Rappelons que Jean Charest a reçu 75 000 $ par année de son parti en plus de son salaire de chef d’État du temps où il a été premier ministre. Mario Dumont avait aussi eu droit à une telle bonification salariale comme chef de la défunte ADQ.

Aurait-il fallu prévoir une clause d’exception pour garantir une allocation de départ à un chef de parti durant les premiers mois suivant une élection générale, qu’il soit réélu ou pas?

Oui. Par considération envers celles et ceux qui nous représentent à Québec ainsi que pour lutter contre le cynisme qui a grimpé d’un cran avec le lancement sur les réseaux sociaux d’une campagne de sociofinancement « pour aider Philippe Couillard à sortir de la pauvreté ».

Cette moquerie est apparue après que l’ancien chef libéral eut révélé que les avoirs et les actifs nets qu’il possède avec sa femme étaient de l’ordre de 1 M$. Si la déclaration de M. Couillard, comme quoi « c’est à peine suffisant pour pourvoir à ses besoins » était malhabile, l’initiative qu’elle a provoquée est assez navrante.

Qu’on rejette massivement les décisions d’un gouvernement et qu’on pousse le chef sur le trottoir, d’accord. Mais, on devrait l’aider à partir dignement et équitablement, peu importent ses allégeances politiques. Car voter équivaut à exercer un droit de vie ou de mort sur des candidats et leurs idées. Ce parallèle avec l’aide de soins de vie est boiteux si on limite la comparaison à la portée du geste. Mais pourquoi ne pas lui donner le même sens et lui accorder la même importance dans notre échelle de valeurs?

Ce modèle de discernement et d’intelligence valant à la société québécoise une reconnaissance d’ouverture et de respect devrait en fait devenir modèle de référence pour la plupart de nos décisions collectives.

Si cette clause avait été inscrite dans la législation initiale, on l’appellerait méchamment aujourd’hui « la clause de prévoyance de Philippe Couillard ». Le précédent gouvernement pouvait justifier une telle clause, d’autant que M. Couillard avait bénéficié d’une allocation de départ de l’ordre de 150 000 $ en 2008.

Ayant obtenu une somme équivalente au terme de sa précédente vie de péquiste, le nouveau premier ministre François Legault voudra se tenir loin de ce nid à problèmes. Trouvera-t-on alors chez des péquistes et les solidaires des gens assez courageux pour s’éloigner du populisme et du dénigrement systématique en proposant un amendement?

Dans une logique totalement apolitique et de bon sens démocratique, il le faudrait.