La Grande-Chute du secteur de la Rivière-Kipawa est l’un des attraits du parc national Opémican.

Opémican, une nouvelle carte de visite pour l’Abitibi-Témiscamingue

CHRONIQUE / Je n’avais jamais mis les pieds en Abitibi-Témiscamingue. C’est par la grande porte que j’y suis entrée, en découvrant le tout nouveau parc national d’Opémican, le dernier né du réseau de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq). Opémican et son grand frère Aiguebelle deviennent deux bons prétextes pour se déplacer dans cette région.

Cette nouvelle carte de visite de l’Abitibi-Témiscamingue a ouvert ses portes pour la première fois aux visiteurs à la fin juin; le secteur de la Rivière-Kipawa avait fait l’objet d’une préouverture l’an passé. 

En guise de terrain de jeux, les lacs Témiscamingue et Kipawa s’étirent à perte de vue. C’est d’ailleurs là, dans l’immensité du lac Témiscamingue (110 km!), que j’ai été initiée au rabaska, cette embarcation plus grande qu’un canot et parfaite pour les activités de « team building ».

Même en mode plein air, l’occasion est belle d’en apprendre sur le passé du Québec et de l’Abitibi-Témiscamingue. Le parc national d’Opémican est chargé d’histoire, comme en témoignent les bâtiments que l’on retrouve dans le secteur de la Pointe-Opémican, entre les municipalités de Laniel et Témiscaming.

Dans les années 1800, plus particulièrement vers 1895, l’endroit devient un haut lieu de flottaison du bois. Le pic des activités survient vers 1950-1960. Le bois coupé était transformé en billots, qui servaient pour du sciage ou la fabrication de mâts de bateau en Angleterre.

L’auberge Jodoin, un bâtiment qui date de 1883 sur les rives du lac Témiscamingue, sera restaurée pour être mise en valeur. L’endroit a aussi servi de bureau de poste.

En marchant autour, on peut aussi voir l’ancienne maison du surintendant, la chalouperie-menuiserie, de même que l’ancienne forge; celle-ci est accessible aux visiteurs, qui peuvent y voir une présentation multimédia. L’ancien hangar à estacades, qui servaient à remorquer les billots de bois, est aussi encore debout. 

De courts sentiers offrent de beaux points de vue sur l’étendue d’eau, qu’on peut aussi voir en parcourant une piste multifonctionnelle, à pied ou en vélo. Le sentier des Piers, une boucle de 1,7 km, offre d’ailleurs un joli coup d’œil sur l’ancien poste de relais de flottage du bois. 

Ouvert l’an dernier, le secteur de la Rivière-Kipawa a dû être fermé exceptionnellement cette année. Un pont a été détruit par la force de la rivière Kipawa le printemps dernier. C’était du jamais vu : la rivière, avec ses quelque 180 mètres cube habituels, est passé à 500 mètres cubes... on pensait pourtant avoir connu un seuil historique avec 300 mètres cubes en 2017, année où d’importantes inondations ont touché le Québec.

Le pont a été détruit par la force de l’eau, rendant le secteur de la Grande-Chute de la rivière Kipawa inaccessible aux randonneurs et aux visiteurs momentanément. Sachez cependant que si vous passez par là cet été, des sentiers alternatifs sont accessibles pour voir la Grande-Chute.

Celle-ci représente bien la force et la puissance des cours d’eau de la région : la rivière Kipawa, qui dévale jusqu’au lac Témiscamingue, tombe de plus de 15 mètres à cet endroit et représente l’un des points forts du parc.

Plusieurs bâtiments témoignent de l’histoire du parc national Opémican, comme l’ancienne chalouperie-menuiserie, l’un des bâtiments que l’on retrouve sur le site de la Pointe-Opémican.

Des unités de prêts-à-camper ont été installées sur des parois de 45 mètres dans le secteur de la Rivière-Kipawa, ce qui leur confère un décor spectaculaire. Leur location est toutefois déconseillée en présence de jeunes enfants, en raison de la proximité des falaises. Le secteur de la Rivière-Kipawa sera rouvert l’an prochain.

Ceux et celles qui rêvent d’être encore plus loin de la civilisation peuvent camper sur une île du lac Kipawa, notamment dans l’archipel de l’île aux Fraises.

Envie de découvrir les alentours du parc? Nous avons découvert le joli visage de la baie du Canal, sur le lac Kipawa, en y naviguant et en se permettant même une petite trempette au détour.  

Je l’avoue : mon séjour, réalisé à l’invitation de la Sépaq, m’a permis de faire tomber au moins un préjugé. Je m’attendais à être littéralement dévorée par les mouches et les maringouins, mais non. Oui, il y avait bien quelques bestioles, mais quand même moins nombreuses que ce à quoi je m’attendais. La météo, elle, s’est avérée parfaite, avec du soleil mur à mur. 

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Scène de quiétude sur le lac Maquissard, dans le parc national d’Aiguebelle.

Trouver la quiétude parfaite à Aiguebelle

 Vingt heures. La paix, la sainte paix. 

Le lac Maquissard est calme : seuls quelques-uns de ses habitants nous rappellent que l’on n’est pas seuls. Cette scène de quiétude est à l’image de notre journée au parc national d’Aiguebelle. Ce parc de l’Abitibi me semble encore un secret bien gardé, et c’est tant mieux.

Aiguebelle, situé à environ 45 minutes de Rouyn-Noranda, a beaucoup à offrir aux randonneurs. Oubliez les grands dénivelés : l’un des plus grands sommets de la région, le mont Dominant, fait quelque 570 mètres.

Ce qui n’est pas synonyme d’ennui pour ceux et celles qui recherchent quelques hauteurs. Les parois rocheuses permettent de profiter de très beaux points de vue. C’est le cas avec le sentier L’aventurier, une boucle de 9 km.

Le sentier La Traverse nous mène d’abord à la passerelle suspendue d’Aiguebelle, symbole distinctif du parc avec ses quelque 25 mètres de haut. Celle-ci permet d’enjamber le lac La Haie (qui a les airs d’une rivière par sa forme étroite) d’une rive à l’autre... et de donner un aperçu de ce qui nous attend, avec une vue imprenable sur les escarpements rocheux du lac La Haie.

Nous avons à peine entamé notre randonnée dans le sentier les Aventuriers que les beautés du parc se révèlent. Un urubu vient planer tout près de nous; il y a 15 ans environ, on ne retrouvait pas cette espèce dans le parc; or, on peut maintenant les y observer, conséquence des changements climatiques, avance le directeur du parc d’Aiguebelle, Dany Gareau, qui est aussi directeur du nouveau parc Opémican. 

Quelques pas plus loin, un cri nous fait sursauter. Un faucon pèlerin nous surveille, bien perché sur une falaise. S’il ne s’envole pas à notre passage, c’est que ses petits ne sont sans doute pas loin, émet comme hypothèse Dany Gareau. Les autres membres du groupe, qui ont choisi de faire le trajet en rabaska, croient d’ailleurs les avoir entendus. Puis, des bruits de feuillage se font entendre. Il s’agit sans doute d’un orignal, estime le directeur du parc; un ours aurait fait moins de bruit. Un peu plus tôt, il nous avait d’ailleurs fait remarquer la présence de traces du cervidé.

Moi qui ne connais rien à la flore, je découvre les espèces qui nous entourent grâce aux connaissances de mes deux partenaires de randonnée : thé des bois, thé du labrador, sabot de la vierge... 

Après un pique-nique au ruisseau des ours où nous retrouvons le groupe, nous revenons toute la bande en rabaska, un moment qui nous offre un autre point de vue sur les falaises du parc, qui font environ 30 mètres de hauteur. Notre arrivée se fait en passant sous la passerelle.

Aiguebelle est un paradis pour les sports nautiques, de la planche à pagaie en passant par le canot.

C’est d’ailleurs en canot que nous découvrons la vie insoupçonnée du parc. Après le souper, quand le temps semble s’être arrêté, nous partons découvrir les huttes de castors et leurs habitants. Émilie Grenier, garde-parc naturaliste, nous fait découvrir la vie de ces bricoleurs. 

Mais ils ne sont pas seuls : là, un canard s’envole à notre passage; un grand héron l’imite lorsqu’on s’approche. Des castors plongent et tapent la surface de l’eau lorsqu’ils nous voient arriver. Nous revenons sur la rive vers 20 h 30, et il fait encore clair. Des perdrix et des lièvres viendront aussi égayer notre séjour.

Loin des grandes villes, Aiguebelle est un lieu parfait pour l’observation d’étoiles. Mais pour cela, il faut veiller un peu. À notre passage en juillet, la noirceur n’était bien présente que vers 23 h. Le parc offre, à l’instar de quelques autres du réseau, une activité sur l’observation des étoiles, développée au parc du Mont-Mégantic. 

En automne et en hiver, on peut même y apercevoir des aurores boréales... avec un peu de chance, me précise Émilie, en racontant que bien des Européens espèrent les voir.

Aiguebelle s’ouvre aussi aux amoureux de l’hiver, notamment pour la raquette et le fatbike.

La journaliste était l’invitée de la Sépaq.

La passerelle suspendue du parc national d’Aiguebelle.

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En bref

Des faucons pèlerins ont été répertoriés dans le parc national d’Opémican. Le statut de ce prédateur, qu’on a aussi pu apercevoir à Aiguebelle, demeure précaire.

Des martinets randonneurs ont élu domicile dans les cheminées de l’auberge Jodoin, sur le site de la Pointe-Opémican. Les travaux de restauration du bâtiment se feront en dehors de la période de nidification et les cheminées seront gardées intactes afin de favoriser la quiétude des couvées de cette espèce menacée.

Opémican a pu bénéficier de l’expertise d’employés du parc national du Mont-Mégantic, qui ont en effet prêté main-forte à l’aménagement des sentiers.

Le parc national d’Opémican est situé à trois heures de route du parc national d’Aiguebelle, qui a été fondé en 1985, après avoir eu le statut de réserve faunique dès 1945.

Le lac Témiscamingue, qui peut atteindre 215 mètres de profondeur, abrite notamment du doré, du brochet et de l’esturgeon jaune.

Le directeur du parc Dany Gareau et son équipe caressent plusieurs projets de développement pour Opémican, dont un circuit qui permettra d’alterner entre canot, rando et vélo.

Le sentier L’Aventurier nous a permis d’avoir un magnifique coup d’œil sur Aiguebelle, en plus d’observer la faune et la flore, dont ce faucon pèlerin.