Nous sûmes assumer  

CHRONIQUE / Ma chronique sur l’utilisation du verbe «contempler», il y a deux semaines, a fait réagir. En fait, plusieurs lecteurs, ignorant cette définition particulière du verbe anglais «contemplate», ont compris pourquoi ils tombaient sur des tournures comme «Justin Trudeau contemple [envisage, entrevoit] un gouvernement majoritaire». Leur réaction me rassure : c’est signe que l’anglicisme n’a pas encore trop gagné de terrain.

Voyons voir toutefois si vous trouverez l’anglicisme dans cette nouvelle série d’exemples, également tous extraits de véritables articles de journaux.  

«Recyc-Québec n’assume pas le leadership qu’on aurait attendu.»

«Nous avons une part des responsabilités dans cette situation, que nous assumons.»

«Le fédéral promet aux provinces d’assumer la moitié de la facture.»

«On peut assumer que la nouvelle mouture des Cantonniers fera le bonheur des partisans.»

«J’assume que nous allons en apprendre un peu plus.»

En français, comme l’explique la Banque de dépannage linguistique, le verbe «assumer» signifie «prendre à son compte, prendre sur soi, se charger de» ou encore «accepter consciemment une situation, un état». Ce verbe a comme complément un nom abstrait.

On peut donc, dans le cas de la première définition, assumer des frais, des responsabilités, une fonction, un rôle, une tâche. Mais on peut également assumer, nous dit la deuxième définition, ses choix, ses erreurs, ses décisions, ses limites, les conséquences de ses gestes, etc. Le verbe est donc bien utilisé dans les trois premières phrases.

«Assumer» s’emploie aussi à la forme pronominale. S’assumer, c’est s’accepter, se prendre en charge.

«Elle s’assume pleinement comme personne transgenre.»

«Je trouve que tu ne t’assumes pas comme adulte.»

Mais sous l’influence de l’anglais «to assume», explique la BDL, on utilise à tort «assumer» dans le sens de «penser, croire, supposer, présumer, considérer».

C’est le cas dans les deux dernières phrases. Les auteurs ont recouru à la définition anglaise du verbe. On pourrait les corriger ainsi.

«On peut présumer que la nouvelle mouture des Cantonniers fera le bonheur des partisans.»

«Je suppose que nous allons en apprendre un peu plus.»

On pourrait penser que la confusion provient de la similitude entre les verbes «assumer» et «présumer». Ces derniers n’ont toutefois pas la même étymologie. Le premier vient du latin «assumere», lui-même dérivé de «sumere», un verbe qui voulait dire «entreprendre», explique le Petit Robert. «Présumer» est plutôt issu du latin «praesumere», qui signifiait «prendre d’avance».

Notez également qu’en anglais, le verbe «to assume» a plusieurs autres définitions : se donner (un air, une mine, un ton); s’attribuer, s’arroger, s’approprier (un droit, un titre, etc.); simuler, affecter («to assume a virtue» : se parer d’une vertu). Ces différents sens n’ont pas encore contaminé le français, mais on ne sait jamais. Restez sur vos gardes!

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.