Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Un seul passager serait à l’origine de l’épidémie sur le <em>Diamond Princess</em>.
Un seul passager serait à l’origine de l’épidémie sur le <em>Diamond Princess</em>.

Nous sommes tous sur le Diamond Princess

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de Bernard et Diane Ménard?

Les deux Gatinois ont été parmi les premiers Canadiens à attraper cette saleté de coronavirus, en février dernier.

Le couple faisait alors croisière dans les mers d’Asie sur le Diamond Princess.

Un paquebot de luxe qui allait vite acquérir une notoriété mondiale en devenant l’un des tout premiers foyers de la pandémie…

La saga entourant la quarantaine imposée à ses 3700 passagers et membres d’équipage, au large du Japon, avait d’ailleurs été suivie dans le monde entier.

Bref, j’ai repensé aux Ménard en lisant une manchette de l’AFP mardi: «Un seul passager serait à l’origine de l’épidémie sur le Diamond Princess».

À lui seul, ce titre devrait sonner comme un rappel à l’ordre pour ceux qui prennent à la légère les consignes sanitaires.

La COVID a frappé le Diamond Princess avec une force formidable. Comme jadis un certain iceberg le Titanic…

Dans un milieu clos, comme un navire de croisière, le méchant virus venu d’Asie a trouvé un incubateur idéal pour se multiplier.

Il a suffi d’un seul malade, un monsieur de 80 ans qui a séjourné moins de 5 jours sur le bateau, pour contaminer 700 passagers. Sept en sont morts.

S’il fallait encore démontrer l’extrême contagiosité de ce virus, en voilà une nouvelle preuve.

Les Gatinois Bernard et Diane Ménard

Le couple Ménard racontait que sur le bateau, les gens étaient autorisés à prendre l’air une ou deux heures par jour sur le pont. Le port du masque était obligatoire. Mais même en plein coeur de la tourmente, les passagers ne respectaient pas tous les consignes. Comme s’ils ne mesuraient pas encore l’ampleur de la menace. Des gens retiraient leur masque pour fumer, prendre une photo, éternuer… Le genre de comportement qu’on observe tous les jours par chez nous, à l’épicerie du coin, à la pharmacie, au restaurant…

Autre constat des chercheurs: sur le Diamond Princess, les contagions ont commencé lors des grands rassemblements dans les parties communes. Là où les passagers dansaient, chantaient, faisaient leurs courses, assistaient à des spectacles… Encore là, c’est un pensez-y bien à l’heure où le Québec vient de redonner le feu vert aux rassemblements de plus de 250 personnes.

L’histoire de ce paquebot de luxe est, en miniature, celle de la pandémie au Québec.

Après avoir été soignés dans un hôpital japonais, les Ménard sont revenus sains et saufs au pays. Non sans nourrir une certaine rancoeur face au gouvernement canadien qui avait montré peu d’empressement à rapatrier ses ressortissants…

Comment vont-ils?

«Ils ont encore des séquelles, m’a raconté leur fille, Chantal Ménard. Pour ma mère, c’est surtout des pertes de mémoire et de la fatigue chronique. Quant à mon père, il a encore des problèmes pulmonaires. La nuit, il rêve à sa chambre d’hôpital au Japon…»

Ses parents ont vieilli de 10 ans depuis leur retour. Quand des gens s’entêtent à dire que la COVID n’est qu’une «grosse grippe», ils ne savent pas de quoi ils parlent, se désespère Chantal Ménard.

Nous avons discuté de cette deuxième vague de la pandémie qu’on nous prédit pour l’automne. Tout en jasant, j’ai pensé: nous voilà tous embarqués sur le Diamond Princess. Pour le meilleur et pour le pire.