Tout ce qui reste du train de Wakefield sont des wagons éventrés près de la gare de la rue Deveault.

Nostalgie ferroviaire [PHOTOS]

CHRONIQUE / Oui, j’ai ressenti un brin de nostalgie en contemplant la carcasse du p’tit train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield (HCW). Comment faire autrement ?

L’ancienne gloire touristique de l’Outaouais, qui a remporté de nombreux prix et attiré des milliers de visiteurs, est en voie de démantèlement dans un parc industriel de Hull.

Un entrepreneur de Cantley a acquis les 9 wagons, la porte tournante et les rails à prix d’aubaine – 1000 $ pour le lot. Il a l’intention de garder un ou deux wagons pour en faire un restaurant. Le reste ? À la ferraille !

Ce qui reste de l’ancien train se trouve donc à l’ancienne gare de la rue Deveault. Les wagons sont là, éventrés, couverts de graffitis, les vitres fracassées. De grosses baleines de tôle froissée, échouées dans la boue, au milieu des débris de verre, des rails tordus et des traverses empilées ici et là.

On a beau se dire que tout a été tenté pour sauver le train, ça fait mal de le voir ainsi, en état de décomposition avancée. Allez voir les photos de mon collègue Patrick Woodbury. C’est à vous arracher le cœur.

Le démantèlement des wagons du train à vapeur qui faisait autrefois le trajet Hull-Chelsea-Wakefield (jugés irrécupérables), est amorcé dans un parc industriel de Hull.

Il ne reste qu’un wagon à peu près complet. À l’intérieur, j’ai reconnu le tapis vert aux liserons dorés, les murs gris, les sièges roses… Et même l’inscription Wakefield inscrite en lettres gothiques au-dessus de l’allée.

J’ai pris ce train, peut-être même ce wagon, au début des années 2000. C’était dans le cadre d’une tournée médiatique. Le train marchait à toute allure ces années-là. La locomotive à vapeur 909, de fabrication suédoise, attirait les foules.

Avec le petit train HCW, l’Outaouais avait réussi à se doter d’un signe distinctif. D’un attrait qui la démarquait des autres contrées du Québec, et de sa célèbre voisine Ottawa. C’était devenu le symbole de toute une région.

L’Outaouais n’a pas retrouvé d’icône touristique aussi forte depuis que le train a cessé ses activités après les glissements de terrain de juin 2011.

C’est peut-être un mal pour un bien. Aucune région ne peut se permettre de tout miser sur un seul attrait, aussi prestigieux soit-il. Et l’Outaouais a d’autres atouts. Ses nombreuses activités en plein air, sa proximité avec Ottawa, le casino, le château Montebello…

Dans le fond, l’Outaouais est passée à autre chose en matière de tourisme. Et c’est très bien ainsi. Parce qu’il se peut que le petit train à vapeur aurait fini par faire son temps.

Il plaisait surtout aux nostalgiques des voyages en chemin de fer. Qui sait si cette clientèle n’aurait pas fini par s’en lasser ? D’ailleurs, les trains touristiques, si populaires à une certaine époque, sont sur le déclin.

Certains ont conservé une vision idéalisée du petit train HCW. Ils oublient que même durant ses heures de gloire, il ne faisait pas l’unanimité. Rappelez-vous ces commerçants de Wakefield qui plaçaient un écriteau sur leur échoppe : les touristes du train ne sont pas les bienvenus.

La région est passée à autre chose. Tant mieux ! Depuis deux ans, Tourisme Outaouais note que les investissements sont en hausse dans l’industrie touristique. Qu’on pense aux 9 millions investis au parc Oméga pour développer un parcours nocturne. Ou aux 324 000 $ destinés au nouveau système d’enneigement de la station de ski du mont Sainte-Marie.

N’empêche qu’il y aura eu un avant et un après le petit train à vapeur tellement cet attrait touristique a marqué l’imaginaire. On peut bien se permettre un brin de nostalgie en contemplant les vieux wagons. Petit train, tu es né ferraille, tu retourneras ferraille…