L’auteur de ces lignes, aussi appelé Youppi, a profité de son passage au camp de jour pour donner un cours de journalisme aux jeunes.

Nostalgie du camp de jour

CHRONIQUE / Avec seulement quelques journées à faire aux camps de jour, enfants et animateurs sont crevés. Je me souviens bien de ce sentiment, moi qui ai animé plusieurs années. Un passage d'une journée dans un camp de Sherbrooke m'a rappelé que ce métier n'est pas facile, sous-estimé, mais ô combien motivant !

La coordonnatrice du camp de jour en question me l’a confirmé : depuis quelque temps, il est compliqué d’aller chercher de nouveaux employés. Même que cet été, coup de théâtre, cinq animateurs ont donné leur démission, ce qui a forcé l’administration de l'organisme à changer les groupes et les équipes d’animateurs. Résultat ? Tout le monde est mélangé et la chimie des groupes part en fumée. 

En animant une journée, j’ai constaté que la game n’avait pas changé et que, en effet, il n’est pas possible d’exercer ce métier pour faire de l’argent ni pour le prestige. L’animation doit être une passion.

Le travail d’animateur est si sous-estimé qu’une amie s’est déjà fait dire « je vois que tu n’as jamais eu de vrai emploi », lorsqu’elle est allée remettre son curriculum vitae à l’épicerie du coin. Insultant, vous dites ?

Je rappelle que l’animateur doit créer des jeux plaisants pour les enfants, faire de la discipline, être organisé dans ses déplacements lors des sorties, soigner les 1001 bobos, régler nombre de conflits, être patient avec les jeunes ayant des problèmes, veiller à ce que tout le monde s’amuse, en plus de gérer les parents qui, parfois, peuvent être désagréables et impatients. Et ce n’est pas un vrai emploi ?

Je vois parfois des parents avoir de la difficulté à passer la journée avec leurs deux ou trois enfants. Imaginez en avoir 25! Ce n'est pas pareil, certes, mais quand même. Techniquement, lorsqu'ils sont sous notre garde, nous avons les mêmes responsabilités qu'un parent.

Je ne dis pas que je n’ai pas apprécié mon expérience, personnellement, j’ai tripé. Durant quatre ans, j’ai donné mon maximum afin de remplir tous ces critères et j'espère avoir bien réussi. 

Durant ma journée d’animation, j’ai revisité quelques classiques. Les petits gars trop compétitifs qui célèbrent trop lorsqu’ils marquent un but au soccer, ce qui met en rogne les mauvais perdants de l’autre équipe, la crise monumentale d’un enfant qui s’est fait voler le ballon, etc. J’ai également dû intervenir lorsque deux jeunes en sont presque venus aux coups. Résultat? Pénalité majeure, cinq minutes sur le banc à regarder les autres jouer. Croyez-moi, ça fait plus mal que l'on pense. Un peu comme un autre jeune qui, quelques minutes après la chicane, s'est enfargé sur l'asphalte. Au menu: pleurs, sang, désinfectant et diachylons. Ne vous inquiétez pas, le jeune est revenu au jeu assez vite, merci. 

Les bons côtés de l’animation

On ne parle pas assez des bons côtés du métier d’animateur. Le plus beau sentiment, c’est quand on sent qu’on a créé un lien de confiance avec un enfant. Je me rappelle, une année, je me suis fait dire par une collègue : « Jérémie (nom fictif) est le pire. Il n’est pas du monde, ne participe jamais, intimide les autres amis et exerce une mauvaise influence sur le groupe. » J’avais un peu peur de voir si c’était vrai. J’arrivais à une nouvelle place et je ne connaissais aucunement le jeune en question. Comme il était un peu plus vieux que les autres, j’ai décidé d’agir avec lui comme s’il était un aide-animateur. Il m’aidait avec le matériel et avec tout ce qui touchait à la participation. Finalement, ce qui devait être mon pire cauchemar s’est transformé en puissant leader. Finalement, nous avons passé un superbe été. 

Cette année-là, j'ai eu la chance de sortir complètement de ma zone de confort. J'avais animé dans un quartier aisé durant trois ans. Et là, je me retrouvais dans un quartier assez défavorisé de l'est de Sherbrooke. Pourtant, je pense que c'est durant cet été que j'ai réalisé à quel point c'est important le camp de jour. Les jeunes aimaient sortir de leur quotidien parfois difficile pour venir s'amuser. Oui, ils étaient un peu plus turbulents, mais ils étaient vrais. Pas de cachette, pas de crise d'enfants-rois. Ils venaient s'amuser, tout simplement.

De nombreuses histoires

On peut l'oublier, mais les enfants ont une histoire. C'est en discutant, en s'intéressant à eux qu'on peut les comprendre et ça nous aide à intervenir avec eux. Une fillette me parlait de son passé en Syrie, où elle a entendu une bombe exploser à proximité de sa maison. Après nous avoir raconté leurs anecdotes, les jeunes de 10-12 ans ont commencé à philosopher. Durant une demi-heure, nous avons passé au travers tous les sujets, allant de la guerre au racisme, passant par les livres de blagues. Ils sont intelligents, ces enfants.

Un autre sentiment agréable, c’est de constater que le jeu que tu as planifié fonctionne. C’est-à-dire qu’il n’y a personne qui s’assoit sur le bord du mur avec une baboune, martelant son désintérêt face à l’activité proposée.

Ce que je n’ai pas pu faire en une seule journée, c’est de créer une chimie de groupe. C’est probablement ce que j’aimais le plus de mon métier d’animateur, de voir les enfants créer de nouvelles amitiés qui perdurent durant des années. C'est vraiment un sentiment de fierté qui vient t'habiter quand, à la fin de la dernière semaine, tu constates que les enfants ont autant de peine que toi que l'été soit terminé. 

Les anim’s

Cependant, ce ne sont pas seulement les enfants qui se font des amis. C’est dans ces années que j’ai eu l’occasion de connaître ceux qui sont encore aujourd’hui mes grands chums, que je vois encore très souvent, malgré le manque de temps et la distance qui sépare certains membres du groupe. Les animateurs forment une gang soudée et dégagent une énergie indescriptible. 

En conclusion, je réitère mon respect aux animateurs de camps de jours, à qui je conseille de profiter de chaque moment, puisque quelques années après sa retraite, Youppi (mon nom d’animateur), est nostalgique de vous voir vous amuser toute la journée... malgré la complexité de la tâche !