La Sherbrookoise Kim Boutin a porté le drapeau du Canada avec une immense fierté lors de la cérémonie de clôture des Jeux de PyeongChang. Il n’y a pas que ses trois médailles qui en ont fait une digne ambassadrice.

Nos valeurs dans ses médailles

CHRONIQUE / De simple porte-couleurs à porteuse du drapeau canadien à la cérémonie de clôture des Jeux de PyeongChang. Partie pour la Corée pratiquement dans l’anonymat au début du mois de février, la patineuse sherbrookoise Kim Boutin est rentrée lundi soir à Montréal couverte de gloire et d’admiration. Une ascension si fulgurante qu’elle doit même par moment donner le vertige.

Pas le temps de prendre des vacances à Bali avec son amoureux, pas même d’un aller-retour dans le cocon familial. Une pause de quelques jours pour se remettre du décalage horaire et peut-être prendre des REER afin de diminuer les ponctions fiscales sur les revenus de ses médailles (15 000 $ pour l’argent) et (2 fois 10 000 $ pour celles de bronze), puis notre machine sur patins retournera à l’entraînement.

Au fait, outre les gazouillis de félicitations de fierté, quel chef provincial proposera à l’approche de l’élection d’exempter d’impôts « le salaire » d’une médaille, comme aux États-Unis, sans commettre par contre l’affront de le cataloguer comme un « gain inattendu » au même titre que les gros lots servant à mousser les ventes de Loto Québec et les dividendes de l’État?

Kim n’a pas de temps non plus pour le lobbying politique car, dans deux semaines, les mêmes rivales sur longues lames se retrouveront à Montréal en visant cette fois le podium du Championnat du monde sur courte piste.

Au classement cumulatif après les quatre premières épreuves, la révélation canadienne des derniers Jeux est 1ère au 1000 m. Elle occupe le 3e rang au 1500 m et devra gagner une place au 500 m pour obtenir à tout le moins l’équivalent du bronze olympique lui ayant été accordé à la suite de la disqualification controversée que les Coréens ont mal digérée.

Alors que les patineuses ayant vécu des déceptions olympiques, dont Marianne St-Gelais, tenteront de chasser ces mauvais souvenirs, notre Sherbrookoise de 23 ans visera, elle, à confirmer sa place de vedette sur la scène internationale. Une autre compétition aussi intense et aussi rapprochée, à la maison par surcroît, sera à nouveau pour elle source d’une immense pression.

« Les médailles individuelles et le succès que Kim a ramenés des Jeux sont des acquis lui appartenant à jamais. Pour le reste, on n’obtient pas de tels résultats si on n’a pas la force mentale pour gérer la pression. Je suis persuadée qu’en dépit des émotions et d’une certaine fatigue, elle ne se fera pas prier pour se remettre à l’entraînement. Les athlètes savent qu’il n’y a pas de victoire sans effort », estime Sarah Vaillancourt, double médaillée d’or avec l’équipe canadienne de hockey.

L’ancien gardien de but Jocelyn Thibault, qui a eu à composer avec une écrasante pression comme remplaçant de Patrick Roy dans l’uniforme du Canadien de Montréal et qui œuvre maintenant dans l’entourage de hockeyeurs juniors habités par le rêve d’atteindre la Ligue nationale, est du même avis.

« La capacité d’oublier ce qui s’est passé de bon ou de mauvais la veille, de recommencer le lendemain et de répéter jour après jour les exercices qui rendent meilleur est le chemin de tous les athlètes de haut niveau. Si la route est plus longue pour l’un que pour l’autre, ça prend encore plus d’acharnement », ajoute le directeur général du Phoenix.

Le succès est arrivé à grande vitesse pour Kim Boutin. Trop vite pour qu’on puisse encore associer des chiffres et des propositions de commandites à l’image de marque de cette nouvelle ambassadrice du sport canadien, qui est allée vers sa concurrente Choi disqualifiée au 500 m et lui a proposé d’unir sa main à la sienne pour former un cœur afin de briser l’image d’une rivalité malsaine. La photo est historique et un geste sportif comme celui-là a coulé de l’or ainsi que nos valeurs dans ses médailles.

Kim par ci, Kim pour ça, Kim partout, la fierté devient rapidement un sentiment d’appropriation durant l’effervescence olympique. Bien d’accord avec l’idée d’immortaliser le parcours exceptionnel de notre triple médaillée, tout comme d’ailleurs celui de notre patineur de longue piste Alex Boisvert-Lacroix ayant aussi atteint ce niveau d’excellence. Mais attendons avant de songer à décrocher les bannières de Raif Badawi des colonnes de l’hôtel de ville, comme me l’a proposé un lecteur.

Nos deux athlètes seraient probablement les premiers inconfortables avec un tel geste parce que nous devons fidélité à M. Badawi jusqu’au jour de sa libération par ceux qui ont menotté sa liberté d’expression. Jusqu’au moment où nous pourrons l’accueillir avec une médaille de courage à partager avec les membres de sa famille vivant parmi nous. Il y a d’autres façons de commémorer les exploits sportifs.