Les poissons appâts, maintenant interdits durant la saison de pêche estivale mais toujours autorisés pour la pêche blanche, facilitent les grosses captures comme ce brochet de 5,5 kg qu’Hugues Ménard a pêché au lac McGill, à Lingwick.

Ni Oui ni non

CHRONIQUE / Nos bureaux sont à quelques centaines de mètres de la rivière Magog, à la hauteur de baies à brochets. Sans grossir les histoires, il m’arrive régulièrement de voir des amateurs de pêche blanche repartir avec des spécimens de 5 kilos et plus.

C’est arrivé le 19 janvier dernier dans un autre plan d’eau prolifique pour le brochet, le lac McGill, dont une partie borde les lots de la papetière Domtar à Lingwick. Ce lac se trouve à l’intérieur du périmètre sous bail consenti au club de chasse et pêche du Territoire Mar-Rin Inc.

« Ce n’est pas le premier de classe, mais c’était un beau gros. Celui-là, je l’ai gardé pour le manger. À force de procéder à des remises à l’eau, on vient qu’à avoir à une bonne qualité de pêche » se réjouit Hugues Ménard après avoir capturé un brochet de presque 1 mètre ayant poussé la balance à 5,5 kilos (12 lb).

M. Ménard est au nombre des pêcheurs utilisant comme leurre un poisson appât monté sur un hameçon simple plutôt sur un trépied, afin d’augmenter les chances de survie des brochets remis à l’eau. Il est ainsi plus facile de décrocher ces prédateurs à grande gueule sans trop les blesser, et sans se blesser soi-même avec leurs dents acérées.

Rappelons que l’interdiction gouvernementale d’utiliser des poissons appâts durant la saison de pêche estivale a frappé l’Estrie comme le reste du Québec au début de 2017. Ces leurres restent toutefois permis durant la saison de pêche blanche, entre le 20 décembre et le 31 mars.

La brochure réglementaire triennale 2016-2018 sur la pêche expirant le 1er avril prochain, plusieurs se demandent si l’inconnu ne cache pas un tour de vis supplémentaire, soit une interdiction complète.

« Pas sûr que les vers seraient des appâts aussi efficaces pour les brochets », laisse tomber M. Ménard.

« Pour ma part, je ne suis pas très inquiet. Nous n’avons aucun écho en ce sens, même pas des bruits de coulisses » estime le Coaticookois Guy Lafrenière, un expert de la pêche blanche.

Voici la réponse plutôt évasive reçue de la direction du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à Québec.

« À l’heure actuelle, je n’ai malheureusement aucune information ou indication à ce sujet », m’a fait savoir par courriel un membre de l’équipe des communications du ministère.

Ce n’est pas oui. Mais ce n’est pas non, non plus.

La même ambiguïté que celle qui a plané, en début d’année, à propos de la mise en œuvre (ou pas) du projet expérimental de chasse au cerf de Virginie dans les zones 6 Nord et 6 Sud, qui a finalement démarré cet automne. Ironiquement, le ministère identifie la communication tardive comme l’une des lacunes à corriger afin que les chasseurs de la région aient une meilleure compréhension de toutes les implications du Projet de restriction de la taille légale des bois (RTLB).

Seulement deux mois nous séparent de l’application des règles de pêche pour la période 2019-2021 et le législateur n’est toujours pas capable de nous préciser si le statu quo prévaudra au cours des trois prochaines années pour les poissons appâts ou s’ils seront bannis complètement des plans d’eau estriens à compter du mois d’avril.

Conseil d’ami : n’attachez jamais le meilleur leurre de votre coffre à pêche au bas de la ligne d’un ministre de la Faune si vous espérez le récupérer. Les probabilités sont trop fortes que son fil s’use à étirer les délais...