N’hésitez pas à faire un « dont »

CHRONIQUE / Peut-on utiliser le mot «dont» comme synonyme de «comme» ou de «tel que»? Voici un exemple: «Les étudiants ont visité plusieurs pays dont la France, l’Italie et l’Espagne.» Je verrais plutôt «parmi lesquels . Un deuxième cas: «Le professeur a enseigné à plusieurs endroits dont l’Université d’Ottawa.» Ici, je le remplacerais par «tels que». Un autre: «Je pars avec mes amies dont Caroline et Louise.» J’enlèverais le mot «dont» dans ce dernier cas. «Dont» est un pronom relatif qui cache la préposition «de». D’après moi, il est souvent mal utilisé. Ai-je raison ou non? (Nicole Patry, Orléans)

Comme vous le dites, le pronom relatif «dont» cache un «de» quelque part, comme dans les cas qui suivent.


«C’est la personne dont je te parlais [je te parlais DE qui?].»

«L’université dont elle est diplômée est très réputée [elle est diplômée DE quelle université?].»

«Je n’aime pas la façon dont il me regarde [il me regarde DE quelle façon?].»


Mais dans les phrases que vous citez, il y a aussi un «de», sauf qu’il est très bien caché. Prenons chacun de vos exemples et reformulons-les autrement.


«La France, l’Italie et l’Espagne sont DE (ou font partie DE) ces pays visités par les étudiants.»

«L’Université d’Ottawa est un DE ces endroits où le professeur a enseigné.»

«Caroline et Louise font partie DE ces amies avec lesquelles je pars.»


Nous nous trouvons ici devant un «de» partitif, qui signifie que nous ne parlons que d’une partie de la réalité. D’ailleurs, si vous enleviez le «dont» dans la troisième phrase, comme vous le proposez, vous n’exprimeriez pas tout à fait la même chose.


«Je pars avec mes amies, dont Caroline et Louise [je pars avec quelques amies, Caroline et Louise sont du nombre, mais ce ne sont pas les seules].»

«Je pars avec mes amies Caroline et Louise [je pars seulement avec ces deux amies-là].»


Ce qui vous fait douter ici, c’est que «dont», qui est effectivement un pronom relatif, est employé sans verbe dans la relative. Or, qui dit pronom relatif dit qu’il y a forcément un verbe quelque part, comme dans les trois premiers exemples que j’ai donnés («parlais», «est», «regarde»). C’est à cause de cette absence de verbe que vous êtes portée à vouloir remplacer «dont» par des conjonctions ou locutions conjonctives («comme», «tels que», «parmi lesquels»…).

Mais l’usage admet cette tournure sans verbe (le «Bon usage» appelle ça une relative averbale). D’autres estiment que le verbe est sous-entendu («être» et «faire partie» dans les trois exemples que j’ai donnés).

Voici d’autres exemples provenant d’Usito, le premier avec verbe, l’autre sans verbe mais où le «de» vous paraîtra évident.


«Des fruits dont deux sont pourris [deux DE ces fruits sont pourris].»

«Elle a vu tous ses films, dont le dernier [elle a vu le dernier DE tous ses films].»


Bref, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles: cet emploi est tout à fait correct.


PERLES DE LA SEMAINE

Quelques-uns des meilleurs lapsus du Bêtisier 2019 d’Olivier Niquet d’Ici Première.


«Le Canada, terre d’accueil pour les anges gardiens d’Edward Snownoune... Snowden...»

«Ça s’est passé à Naples la semaine prochaine.»

«Le premier ministre François Legrault a fait le point sur les pannes d’électricité.»

«Quatre sur cinq vont côtoyer des personnes qui souffrent de santé mentale.»

«Le décès est comme fatal finalement.»

«J’ai l’impression qu’on casse du dos sur le sucre de quelqu’un.»

«Je n’ai que deux mots pour commencer : pourquoi?»

«Ils sont capables de nous renseigner bimenstruellement...»

«Il ne faut pas céder à cette espèce de circoncision de la pensée.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.