La crème glacée fait partie de la vaste famille des «stimulus supranormaux», aussi appelés les «hyperstimulis».

N’écoute pas ton corps

CHRONIQUE / Une chaude soirée de juin, la file d’attente s’étirait au bar laitier. Derrière le comptoir, il y avait assez de couleurs de crème glacée pour compacter un arc-en-ciel dans un cornet. Sinon, la machine à crème molle était prête à me tourbillonner un sundae au caramel, mon préféré.

On était venu se «rafraîchir» après une balade en vélo en famille. Assis à la table de pique-nique, je regardais mes filles et ma blonde se régaler sous le soleil qui commençait à s’obscurcir. Une dizaine d’habitués du quartier Limoilou, jeune et vieux, paumés ou friqués, se gâtaient eux aussi, la langue blanchie par la molle à la vanille. 

Ah les crèmeries! Quelle formidable tradition estivale, je me suis dit. La suite logique aurait dû être : dommage que je ne puisse pas manger de crème glacée moi aussi. Et pourtant, non, ça m’était égal. 

Stéphan Bureau me l’a rappelé cette semaine à la radio : on est rendus à la moitié de l’année. Vous vous en souvenez peut-être, j’ai pris la résolution au début 2019 d’arrêter de manger de la malbouffe et — sortez les trompettes — j’ai tenu bon jusqu’à maintenant. 

Il y a donc six mois que je n’ai pas avalé de crème glacée ou d’autres desserts. Je craignais que les sucreries me manquent encore plus au fil des mois, jusqu’au jour où je finirais par craquer. Eh bien non, le contraire s’est produit : je suis devenu de plus en plus indifférent à ce genre d’«hyperstimulis». 

Ouais, j’ai appris ça dernièrement : la crème glacée fait partie de la vaste famille des «stimulus supranormaux», aussi appelés les «hyperstimulis». 

Empruntée à la biologie animale, l’expression désigne «des objets artificiels qui interpellent davantage nos instincts que les aliments naturels ou les activités pour lesquels ces instincts ont été façonnés», décrit Deirdre Barrett, professeur à l’Université Harvard et auteur de Waistland (2007), un fascinant livre dans lequel elle nous explique pourquoi l’évolution nous a rendus aussi gloutons. 

C’est le prix Nobel de médecine ou de physiologie en 1973, Nikolaas Tinbergen, qui a inventé l’expression «stimulus supranormaux» après avoir constaté qu’il était possible de tromper des animaux avec des reproductions exagérées d’éléments habituels de leur environnement. 

Des études menées par Tinbergen et par d’autres ont par exemple montré que des oiseaux préféraient couver de faux oeufs, plus gros et plus colorés, que leurs propres oeufs; que des petits poissons mâles devenaient agressifs à la vue de n’importe quel objet rouge dans un aquarium; que des chouettes femelles préféraient soudainement un mâle autrefois impopulaire juste parce que son plumage avait été assombri au crayon-feutre par des scientifiques...

Les humains ne sont pas mieux. Le monde moderne est rempli d’hyperstimulis qui kidnappent nos instincts, forgés il y a 10 000 ans pour qu’on puisse chasser et cueillir dans la savane africaine. 

Nos lointains ancêtres étaient notamment programmés pour chercher et emmagasiner du sucre et des gras saturés difficiles à trouver dans les rares fruits et gibiers. Aujourd’hui, il y a tout ça à l’épicerie du coin. 

En plus, on a inventé une tonne de pseudo aliments qui surchargent les propriétés des aliments naturels, les rendant presque irrésistibles — un peu comme le pelage au crayon-feutre pour les femelles chouettes. Pensez aux bonbons, aux chips, aux biscuits et, oui, à la crème glacée. Notre cerveau est câblé pour dire : j’en veux! 

On peut donc remercier l’évolution pour l’épidémie actuelle d’obésité, qui risque d’ailleurs d’empirer. Selon les projections de l’Institut national de santé publique (INSPQ), la proportion d’obèses chez les adultes québécois devrait atteindre 22 % pour les hommes et 18 % pour les femmes en 2030. 

La prescription de la Dre Barrett? Elle ne vous plaira pas, allant à l’encontre de la modération que prêchent plusieurs nutritionnistes et qui autorise les gâteries. 

«Je vais vous dire de ne pas écouter votre corps — du moins ses préférences innées pour le gras et le sucre et ses demandes conditionnées pour peu importe quelle malbouffe vous avez mangé récemment, écrit-elle. Et je vais vous dire que des changements radicaux sont nécessaires. Les petits changements ne fonctionneront pas.»

Parfois, je me demande effectivement si l’abstinence est le meilleur moyen de vaincre la «sucromanie», cette dépendance au sucre confirmée par un nombre croissant d’études scientifiques. 

J’ignore à quel point j’étais sucromane ou même si j’ai vécu un genre de sevrage dans les derniers mois. En tout cas, j’ai l’impression que je tire plus de plaisir de la nourriture «normale» et que ça me semble de plus en plus facile de résister aux hyperstimulis alimentaires. Même au bar laitier par une chaude soirée d’été...

Chronique

La vraie beauté du monde

CHRONIQUE / Si vous cherchez Gilles Savard dans Google, vous trouverez un agent d’immeuble, un prof de Polytechnique. Presque rien sur le photographe. Il est dans le réel.

C’est sa matière première, c’est là qu’il puise son inspiration, au coin d’une rue, dans une shop de bicycles. Quand il est passé devant le salon de barbier René sur Marie-de-L’incarnation, il s’est arrêté sec. «Je vois ça, je dois prendre une shot, c’est plus fort que moi. Parce que ça va bientôt disparaître.»

Quand il appuie sur le déclencheur, il «documente la vie».

Il fait ça depuis 2016, quand il s’est remis à la photo, qu’il avait laissée au tournant du millénaire. «Quand le numérique est arrivé, j’ai tout lâché, la qualité n’était pas là. Ça aurait coûté 30 000 $ pour tout m’équiper, ça ne valait pas la peine.»

Il vivait de sa caméra depuis des années, il a travaillé à l’hebdomadaire Voir pendant cinq ans, jusqu’en 1998, à tirer le portrait des artistes qui allaient faire la une. «Ma première job, je l’ai faite au pied levé, c’était Josée Deschênes, pour la pièce Sainte Carmen de la Main, elle venait juste d’avoir le rôle dans La Petite vie, elle s’en allait là…»

Quand elle pose pour Gilles, elle ne sait pas à quel point sa vie est sur le point de changer, qu’on ne l’appellera plus Josée, mais Creton.

Il y a des artistes plus difficiles que d’autres à immortaliser, certains sont fidèles à leur réputation, comme Plume. «Lui, il n’était pas facile, mais c’est un faux grognon. J’avais dit au serveur de lui apporter un cognac, j’ai pris la photo quand le cognac est arrivé. Je n’avais pas de deuxième chance.»

C’est lui qui l’a payé, comme dans la chanson.

Il a aussi fait Robert Charlebois, il avait reçu la commande de lui faire porter un chandail des Nordiques. «Il ne voulait pas le mettre, le gilet. À la fin de la séance, je lui ai montré ma guitare Vox [une guitare de collection] que j’avais apportée et je lui ai dit : “Je te la prête si tu mets le chandail…” J’ai eu six shots, il l’a enlevé vite!»

Il y en avait une bonne.

Gilles développait ses pellicules en chambre noire, il faisait lui-même ses chimies qu’il importait de New York. Il a eu la piqûre de la photographie à 14 ans quand une de ses tantes lui a donné en cadeau «un premier kit de chambre noire cheap avec un [appareil] format 127 avec flash intégré».

Il est fascinant de voir une photo se révéler.

C’est la photo de Charlebois que Gilles a choisie pour l’affiche de l’exposition qu’il s’est organisée au théâtre Périscope, où une soixantaine de portraits en noir et blanc occupent les deux étages, jusqu’au 19 octobre. 

En haut, des gens connus photographiés dans sa période argentique. 

En bas, des inconnus, en numérique.

Je suis passée vite avec lui en haut, on est restés longtemps en bas, j’avais plus de questions à poser sur les inconnus.

C’est mon genre d’histoires, que j’aurais pu vous raconter en 1000 mots, que Gilles a fait avec une image. J’aurais pu m’arrêter chez René, je lui aurais demandé de me parler de sa vie, et qui a gossé son poteau de barbier, il est en bois, ne tourne pas, Gilles aussi l’a remarqué.

Parfois, il s’accroche à l’actualité, c’est ce qui lui a donné l’idée de photographier un chauffeur de taxi. 

«Je fais le portrait des gens dans leur environnement, le décor parle autant que le sujet. Quand je choisis un sujet, il faut que ça relate quelque chose, que ça témoigne d’une réalité spéciale. Il y a des gens, des réalités, qui méritent d’être documentés, comme ce gars qui avait un garage, qui est fermé aujourd’hui. Ces personnes-là sont spéciales, pas parce qu’elles veulent être spéciales, parce qu’elles sont comme ça.»

Comme ce gars qui boit une 50 chez Jos Dion.

En ajustant sa casquette.

Le plus difficile n’est pas de prendre la photo, c’est de convaincre les gens de le laisser le faire. «Mon défi, c’est de les convaincre de les prendre en photo. Les gens pas connus n’ont jamais aimé ça, ils sont mal à l’aise.»

C’est toute la différence avec les gens connus. «Photographier une personnalité est plus facile que vous le croyez, à condition de lui laisser croire qu’elle contrôle son image», a écrit Gilles dans son communiqué. «Photographier une personne inconnue est plus difficile que vous ne le croyez, à condition de lui faire croire qu’elle est une personnalité.»

Ces personnes ne voient pas ce que Gilles voit.

«Ce ne sont pas nécessairement des gens qui sont esthétiques, mais il y a une beauté dans ce qu’ils sont, c’est cette beauté-là qui m’intéresse. Pour les convaincre, je dois leur expliquer ce que je fais, je leur dis que j’ai déjà photographié des gens connus, ça aide… Je leur explique qu’ils valent la peine d’être photographiés, et que je trouve que c’est important de les immortaliser.»

S’ils acceptent, Gilles doit leur faire signer un formulaire de consentement, conséquence d’une décision de la Cour suprême il y a 30 ans, où le photographe Gilbert Duclos était poursuivi pour avoir pris la photo d’une jeune femme dans un lieu public. «Depuis ce temps, plus personne ne peut documenter la vraie vie.»

Une fois le consentement obtenu, Gilles doit prendre rendez-vous. «Ça devient quelque chose de provoqué. Ça tue l’instantanéité et la créativité.»

Ça devient une mise en scène.

Malgré tout, Gilles continue à chercher ces morceaux de présents qui deviendront des témoins du passé. «J’aime mieux en avoir moins, mais en avoir quand même. Ce sont des gens rares, qui ont une histoire rare.»

Et une autre beauté.

Séance d'orthographe

Une vie dure une vie

CHRONIQUE / Pourriez-vous confirmer ou infirmer la justesse de la locution «durée de vie», en parlant des produits Apple, par exemple? Il me semble qu’une vie est déjà d’une durée donnée. Ne devrions-nous pas privilégier l’expression «vie utile» lorsqu’on parle d’un bien matériel? (Jean-Marc Pagé, Saguenay)

Si vous tapez la locution «durée de vie» dans le Grand Dictionnaire terminologique, vous obtiendrez plus d’une vingtaine de fiches. Lorsqu’on les épluche, on se rend compte que «durée de vie» est employé pour parler d’une grande variété de choses inanimées, qui vont des gaz en météorologie jusqu’aux neutrons en physique, en passant par les médicaments, les piles solaires, les lampes d’éclairage, le mastic, la publicité et même les jeux vidéos!

Lorsqu’on s’attarde ensuite aux emplois moins spécialisés de «durée de vie», donc plus près de la langue courante (par exemple en gestion et en consommation), on s’aperçoit que les termes et expressions «longévité», «durée de vie», «vie utile» et même «durée de vie utile» s’emploient souvent indifféremment.

Par exemple, en gestion, le GDT définit «durée de vie» par: «Temps pendant lequel un dispositif, un appareil, une machine accomplit une fonction requise dans des conditions d’utilisation données.» Comme terme associé, il mentionne «longévité».

En économie, la définition de «vie utile» est «temps que dure un appareil dans des conditions normales d’utilisation», avec comme termes associés «durée de vie» et «durée de vie utile».

Bref, il semble que, dans le contexte que vous évoquez, vous n’avez pas besoin de chercher midi à quatorze heures : «durée de vie» et «vie utile» veulent dire pratiquement la même chose et peuvent s’employer sans problème pour parler d’objets.

Maintenant, est-ce que la notion de durée est implicite au mot «vie»? Là-dessus, vous avez en partie raison. D’ailleurs, dans la première définition que j’ai citée ci-dessus, le GDT ajoute que la «forme abrégée "vie" est utilisée en français». Autrement dit, il est aussi accepté de parler de la vie d’un appareil pour parler de sa durée de vie.

Quand on regarde dans le Petit Robert, la première définition du mot «vie» est celle du fait d’être vivant. Mais la deuxième est: «Espace de temps compris entre la naissance et la mort d’un individu.» Quand on dit «pour la vie», on veut dire «pour toujours». Quand on nomme des gens à vie, c’est pour le temps qu’il leur reste à vivre.

Pourquoi a-t-on alors senti le besoin de créer la locution «durée de vie»? Probablement parce qu’aucune vie n’a la même durée. Ce n’est pas une unité de temps. Si vous demandez à un commerçant quelle est la vie utile d’un appareil que vous achetez, sa réponse sera une durée, n’est-ce pas? Et si vous le demandez, c’est parce que cette durée peut être très variable et influencer votre décision d’acheter ou non.

Bref, dans ce contexte, le mot «durée» s’avère beaucoup plus précis, voire incontournable.

Perles de la semaine

Cette semaine, un examen théorique sur les sports... où certains élèves se sont beaucoup ennuyés des examens pratiques.
Où ont eu lieu les premiers Jeux olympiques? Réponse: à l’Olympia.
Quelle est la devise des Jeux olympiques? Réponse: il faut gagner pour participer.
Pourquoi les Jeux olympiques coûtent-ils très cher? Réponse: à cause du prix des médailles en or et en argent.
Qu’entend-on par «sport amateur»? Réponse: les sports qu’on fait parce qu’on aime ça.
Donnez un inconvénient et un avantage des sports motorisés. Réponse: ils sont dangereux, mais ils ne sont pas fatigants.

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Télé et radio

Andreescu lance la 16e saison de «TLMEP»

CHRONIQUE / Bianca Andreescu n’avait que quatre ans à la première saison de «Tout le monde en parle», en 2004. «Et on croyait que George W. Bush était le pire président des États-Unis», a blagué Dany Turcotte, pour ouvrir cette 16e saison de l’émission, dimanche sur ICI Télé. Une première sans éclat ni revers, malgré la présence d’une étoile du tennis.

Devenue la première Canadienne de l’histoire à remporter un titre de Grand Chelem en simple, Bianca Andreescu souhaite maintenant passer de la cinquième à la troisième position mondiale. Accompagnée de son entraîneur, Sylvain Bruneau, la championne de 19 ans, charmante et enjouée durant l’entrevue, admet être un peu dépassée par la renommée que lui a fourni sa victoire au US Open. En plus d’une rue, «il y a une journée à mon nom. C’est complètement fou!» Sa mère et son caniche Coco sont aussi devenues des vedettes. Contrairement à d’autres – on n’a pas nommé de noms mais on en a tous en tête –, Bianca Andreescu se fait plutôt discrète sur les réseaux sociaux pour rester concentrée sur son sport. «J’essaie de pas trop y aller. […] J’envisage de créer un compte dédié à mon chien», blague-t-elle.

Les coups bas sont nombreux entre joueuses, a fait remarquer Guy A. «Je pense que je suis une des plus sociables. J’ai des amies dans ce circuit», répond Bianca. Son entraîneur souligne qu’après avoir été battue par elle, Serena Williams est allée gentiment la saluer dans le vestiaire. La carte du fou du roi, qui l’a bien fait rire: «En un match de tennis, tu nous as fait vivre plus d’émotions que nos sept équipes de hockey canadiennes l’ont fait ces 25 dernières années.»

Quand il est arrivé à l’antenne du 98,5 FM à Montréal, où il tient des chroniques en matinée et en après-midi, Luc Ferrandez a reçu 540 courriels haineux. L’ancien maire du Plateau s’est alors dit: «OK je suis à la bonne place.» Sa sortie récente sur sa décision de ne plus recycler a fait réagir. Mais il admet qu’en réalité, il ne recycle que le carton. «Parce que c’est la seule chose qui est recyclée», dit-il. Il n’encourage toutefois personne à l’imiter. «Parce qu’il y a des municipalités qui recyclent bien le verre, comme Québec. À Montréal, c’est une catastrophe.»

Son départ précipité de la politique municipale forcera des élections partielles, qui coûteront 850 000$ «Je ne le savais pas», admet-il aujourd’hui. «Si j’avais su, peut-être que j’aurais continué.» Celui qui n’a pas pris l’avion depuis cinq ans est très pessimiste quant à l’avenir de la planète. Il ne pense que du mal du projet de troisième lien. «Pour moi, c’est un projet de république de bananes. […] Le pire projet de transport de l’Occident», affirme-t-il, ajoutant qu’il n’y a pas suffisamment d’usager potentiels pour justifier un ouvrage de ce coût-là.

Depuis qu’elle joue une mère qui se fait du capital avec la mort de sa fille dans District 31, Geneviève Schmidt reçoit de doux commentaires du genre : «la tabarnak» ou «ma câlisse de folle!». Elle et son collègue de la série, Michel Charette, on tous deux reçu un Gémeaux pour leur rôle de soutien. Pour l’interprète de Bruno Gagné, c’était une 13e nomination. En se remettant en forme, Michel Charette n’a pas seulement perdu beaucoup de poids, mais aussi son anxiété majeure. Il s’entraîne maintenant pour le demi-Ironman à Mont-Tremblant avec ses amis et collègues. Son respect pour les policiers a quintuplé depuis qu’il joue dans District 31, mais ça ne l’a pas empêché de recevoir trois ou quatre contraventions. Comme la plupart de ses collègues masculins, il avait auditionné pour le rôle de Séraphin dans Les pays d’en haut avant d’obtenir celui du père Ovide.

Ceux qui s’intéressent le moindrement à la campagne électorale n’ont sûrement rien appris de l’entrevue avec le chef du NPD Jagmeet Signh, calme, posé, jamais embêté par une question... mais sachant l’esquiver. Il est convaincu que son parti a les moyens des ambitions de son programme, en évitant entre autres de donner des milliards aux grandes entreprises. «Bonne décision d’avoir Luc ici», a dit M. Singnh quand M. Ferrandez a blâmé les conservateurs pour le coût de leurs décisions. Quand Guy A. lui a posé la question qui tue, «serez-vous encore chef du NPD dans six mois?», il a répondu sans hésiter: «Oui, avec plaisir et beaucoup d’honneur.»

Dans Matthias et Maxime, le nouveau film de Xavier Dolan, qui porte sur l’amitié, Anne Dorval incarne sa mère une nouvelle fois. «J’aurai jamais l’impression de me répéter en parlant de mère», dit-il pour justifier ce thème récurrent dans son oeuvre. Il a beaucoup appris de l’expérience douloureuse de Ma vie avec John F. Donovan, dont «la mise au monde a été pénible», reconnaît Xavier Dolan, qui a vécu en partie l’obsession du jeune personnage de son film. «J’ai toujours écrit aux gens que j’admire.» Mais personne ne lui a répondu. Il a tourné comme acteur avec Gérard Depardieu dans le film Comédie humaine. Il parle d’un «être généreux et vrai», en plus de faire des blagues vulgaires comme Xavier les aime. «Il a mangé 400 cerises devant moi», raconte-t-il. Le cinéaste avoue avoir peur d’être victime de violence pour son orientation sexuelle. «On pense qu’on en a fini avec ça, mais ça revient tout le temps», dit-il, citant le cas du designer Markantoine, agressé à La Malbaie.

Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, avait tout à gagner de cette entrevue, et il s’en est bien sorti. «Quelqu’un qui veut être Québécois est Québécois», tranche-t-il sur l’inclusivité du Bloc québécois et de son slogan: «Le Québec, c’est nous». Il n’a à peu près pas été question du Parti québécois, duquel M. Blanchet semble se distancier pour se rapprocher de la CAQ, la formation politique «la plus nationaliste et la plus décomplexée depuis le début des années 2000», selon lui. S’il s’est engagé avec le Bloc en janvier, c’est qu’il croit qu’une déconfiture du parti fédéral aux prochaines élections serait encore plus nuisible pour le mouvement souverainiste au Québec. À propos du «brown face», le chef du Bloc n’a jamais cru que Justin Trudeau était raciste, mais il déplore qu’il soit pris dans «l’Halloween 365 jours par année». Comme il l’a fait récemment, M. Blanchet n’exclut pas l’idée de réinviter Pierre Karl Péladeau, avec qui il entretient depuis longtemps «une relation bourrue mais cordiale».

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Jean-Marc Salvet

Trudeau, un arroseur éclaboussé

CHRONIQUE / Personne ne peut prétendre que Justin Trudeau est raciste. Le chef libéral n’a rien d’un raciste. Son parcours politique en témoigne. Le premier ministre sortant a toujours célébré les minorités. Au point même d’agacer nombre de ses adversaires politiques.

Mais il existe une faute politique dans cette histoire. Je m’explique.

M. Trudeau lui-même soutient qu’il n’aurait pas dû se grimer en noir, qu’il s’agit d’une erreur, qu’il le regrette et s’en excuse. Très bien. 

Mais dit-il ou pense-t-il cela simplement parce que des images du passé ont été rendues publiques?

Cette question se pose, car s’il ressent un sentiment de honte depuis des années et des années, comment expliquer qu’il n’ait trouvé aucune occasion d’enrober cette «erreur» en la révélant lui-même publiquement à un moment ou l’autre?

Plus important encore : Comment expliquer qu’il ait laissé son parti traquer le passé d’adversaires conservateurs? Il ne savait pas qu’il était lui-même vulnérable?

Il faut être un tantinet candide pour croire que jamais rien ne sortirait sur la place publique. Ou avoir estimé, au fond, et pendant des années, que tout cela n’était rien du tout...

Voilà qui peut mettre en perspective ses demandes d’excuses.

Justin Trudeau s’est finalement fait servir la même médecine que le Parti libéral du Canada sert au Parti conservateur. Il est l’arroseur éclaboussé.

Une conséquence à court terme : d’ici le jour du scrutin, les libéraux n’exhumeront plus le passé de leurs adversaires, de crainte d’avoir à se réexpliquer sur la controverse qui a fait mettre un genou par terre à Justin Trudeau.

Cela dit, les partis d’opposition auraient tort de trop en faire. Leur intérêt est de passer à autre chose.

Plus sensible

Pour la très grande majorité de ceux qui ignoraient la signification du blackface — et ils sont nombreux, et probablement plus au Québec que dans le reste du Canada —, toute cette histoire et son retentissement médiatique sont grandement exagérés. Il y a blackface et blackface, de surcroît, c’est vrai.

Mais les sensibilités à cet égard sont diverses et la dernière chose à faire serait de refuser de comprendre que ces maquillages heurtent des citoyens. Peu importe, par exemple, qu’il ne s’agissait, dans l’un des épisodes mettant en scène le jeune Trudeau, que d’une personnification d’Aladdin. Surtout que l’on sait maintenant qu’il n’y a pas eu que cet épisode.

M. Trudeau paraît aimer les déguisements depuis longtemps... Mais ne persiflons pas.

Maintenant que nous sommes plus nombreux à être sensibilisés à ce à quoi peut renvoyer ou renvoie le blackface, à ce qu’il signifie pour certains d’entre nous, on peut admettre que de simples excuses ne pouvaient suffire dans l’esprit de Justin Trudeau. Or, il ne les a pas ménagées. Il ne pouvait pas en faire plus du côté de la contrition politique.

Était-il vraiment totalement ignorant de la signification du blackface? Dans son esprit, était-ce simplement une façon anodine de s’amuser? Personnellement, j’opte pour cette dernière supposition.

Quoi qu’il en soit, rien chez Justin Trudeau le chef du Parti libéral du Canada et premier ministre du Canada ne permet de soutenir qu’il est raciste. Rien.

Pour ce qui est de l’avenir, cette controverse risque de le rendre encore plus sensible qu’il ne l’était déjà au sort des minorités. Il voudra faire concrètement, et encore plus, acte de contrition.

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Hockey

Le Phœnix ne sera pas seul

CHRONIQUE - On répète souvent que cette fois, ce sera la bonne. Les amateurs s'attendent à ce que ce soit l'année du Phœnix. Mais attention, la formation sherbrookoise ne sera pas seule. Voilà pourquoi le directeur général Jocelyn Thibault devra y aller le tout pour le tout. Je vous le garantis, les changements dans l'alignement du Phœnix sont loin d'être terminés.

Le Phœnix aura en effet la voie libre dans la division Centrale et même dans l'association Ouest. Je plains d'ailleurs les formations de l'association Est avec la présence de cinq excellentes formations : Chicoutimi, Moncton, Halifax, Rimouski et Cap-Breton.

Si le Phœnix aura la tâche facile dans l'Ouest, tout se compliquera lors des dernières rondes éliminatoires.

En effet, les Saguenéens présenteront un alignement redoutable grâce à ce beau mélange de vétérans et de jeunesse. Les Wildcats ont rapidement fait connaître leurs intentions cette saison en obtenant les services du gardien Olivier Rodrigue. Les Mooseheads seront une fois de plus dangereux en ayant vu leurs jeunes joueurs prendre de l'expérience lors de leur dernière participation au tournoi de la Coupe Memorial.

Sans parler de l'Océanic, qui misera sur le meilleur joueur du circuit, Alexis Lafrenière, et sur un gardien de premier plan, Colten Ellis. Or, la formation de Rimouski devra mieux entourer ces deux joueurs pour espérer rivaliser contre le Phœnix et les Saguenéens. Et finalement, les Eagles du Cap-Breton seront à surveiller dans les Maritimes.

Pour toutes ces raisons, le Phœnix devra être actif sur le marché des transactions et pour la première fois, l'organisation sherbrookoise devra être All in.

Sans rien enlever à la profondeur du Phœnix, un attaquant dominant devra se joindre à l'équipe ainsi qu'un défenseur offensif lors de la période des Fêtes. Sinon, les séries éliminatoires pourraient être moins longues qu'espérées.

La tenue de Samuel Poulin au camp des Penguins de Pittsburgh prouve que le Phœnix devra miser tous ses jetons sur la prochaine saison, car elle pourrait bien être la dernière de son capitaine dans la LHJMQ.

Poulin disputera d'ailleurs une autre partie préparatoire dans la LNH jeudi et pourrait arriver juste à temps à Sherbrooke pour la présentation du week-end d'ouverture.

Dans ce cas, on aura droit dès vendredi à un match baromètre, alors que les dangereux Saguenéens de Chicoutimi seront en ville.

Les jeunes Théo Rochette et Hendrix Lapierre pourront compter sur l'appui de leur tout nouveau capitaine, Rafaël Harvey-Pinard. Reconnu comme l'un des meilleurs gardiens du circuit, Alexis Shank sera probablement devant le filet des Sags vendredi.

Le défi sera de taille pour le Phœnix, qui saura rapidement s'il possède tous les outils pour rivaliser contre la crème de la LHJMQ.

On devrait d'ailleurs assister au premier départ du gardien européen Samuel Hlavaj, qui constitue à l'heure actuelle le plus gros questionnement entourant le Phœnix.

Il est là, le point d'interrogation : devant le filet. Avec un Samuel Hlavaj dominant, le Phœnix se trouvera toutefois en bonne position, mais devra tout de même songer à attirer à Sherbrooke un joueur comme Nathan Légaré, par exemple.

Oui, ce même Nathan Légaré qui a joué son hockey mineur avec Samuel Poulin et Xavier Parent. Et ce même Nathan Légaré qui a partagé un trio avec Poulin lors du premier match préparatoire des Penguins de Pittsburgh.

Avouez que ça ferait des flammèches. Et justement, ces étincelles, les amateurs sherbrookois les attendent depuis bien longtemps.

Chronique

Tenez bon, M. le ministre

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dit vouloir resserrer la garde en milieu familial. Enfin, la Coalition avenir Québec (CAQ) se soucie de protéger les enfants, de leur fournir un service de garde éducatif et sécuritaire, plutôt que de défendre un «modèle d’affaires» comme elle le faisait dans l’opposition.

Dans un Québec qui se prétend «fou de ses enfants», il est nécessaire d’avoir un permis pour vendre de la crème glacée et pour garder des animaux, mais non pour «garder» six enfants de 0 à 5 ans à la maison.

Qui plus est, le Québec accorde des crédits d’impôt — des millions de dollars par année — aux parents qui optent pour des services de garde non régis pour lesquels le ministère de la Famille a bien peu d’exigences et dont il n’évalue pas la qualité. 

Les personnes qui offrent des services de garde non régis doivent fournir une attestation d’absence d’empêchement d’antécédents criminels, une attestation de réussite d’un cours de secourisme adapté à la petite enfance, une police d’assurance responsabilité, et le comble, elles doivent par écrit aviser les parents utilisateurs de leurs services qu’elles ne sont pas soumises à l’entièreté de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance.

Il y a longtemps que ce non-sens est dénoncé, notamment par le Parti québécois et sa députée Véronique Hivon. 

Le ministre Lacombe a manifesté mardi l’intention d’apporter les correctifs, car il juge qu’on a «un fichu problème de qualité et de sécurité» dans les services de garde en milieu familial qui ne sont pas régis par son ministère. 

Obligation dorénavant d’obtenir un permis pour garder des enfants à la maison et d’être rattaché à un bureau coordonnateur pour avoir accès à du soutien pédagogique? Il faudra voir évidemment quels changements administratifs et législatifs le ministre proposera d’ici le printemps pour juger du sérieux de sa volonté. 

Mais déjà, sa préoccupation et ses propos sont rassurants et tranchent avec les positions tenues par sa formation politique lorsqu’elle était dans l’opposition.

En 2017, le chef François Legault et la députée Geneviève Guilbault, alors porte-parole en matière de famille, se montraient plus préoccupés de la tarification des services de garde, du modèle d’affaires et de l’entrepreneuriat des garderies privées non subventionnées que de la qualité des services de garde éducatifs et de la formation du personnel qui veille au quotidien sur des milliers de tout-petits.

Depuis qu’ils ont pris les rênes, les caquistes se déploient sur plusieurs fronts pour améliorer le sort des enfants et assurer leur bon développement.

Le gouvernement veut que chaque enfant puisse exploiter son plein potentiel. Pour ce faire, il met en place un programme de dépistage précoce des troubles du développement, il veut implanter des maternelles 4 ans et non seulement dans les milieux défavorisés, il investit aussi pour créer davantage de places dans les centres de la petite enfance.

Il a également mis sur pied, après le décès d’une fillette de Granby, une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse — présidée par Régine Laurent — pour éviter que des enfants échappent au système et soient maltraités, négligés au point d’en mourir.

Un gouvernement qui se porte à la défense des enfants et qui souhaite pour eux ce qu’il y a de mieux ne peut fermer les yeux sur la hausse du nombre de plaintes visant des garderies privées en milieu familial.

«Les services éducatifs à la petite enfance engendrent des effets positifs seulement s’ils sont de grande qualité, à commencer par les milieux où l’on retrouve les enfants les plus vulnérables en plus grand nombre. Il est question ici d’équité et d’égalité des chances. Nous sommes d’avis qu’une meilleure qualité sera atteinte si les exigences de formation sont rehaussées et si une évaluation de la qualité, couplée à un accompagnement pédagogique, est réalisée de façon soutenue», écrivait en février 2017 la Commission sur l’éducation à la petite enfance, présidée par André Lebon.

Ce dernier est maintenant vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. 

La Presse rapportait en début de semaine que le ministère de la Famille avait retenu un millier de plaintes contre les services de garde non régis en 2018-2019. Il y aurait 15 fois plus de plaintes que dans les milieux de garde régis.

Ces derniers mois, les médias ont fait état de cas troublants. Une gardienne ivre, une autre qui a laissé ses petits clients sous la responsabilité d’un mineur. Ailleurs, trois enfants privés de surveillance. 

Québec évalue qu’il existe entre 3000 et 5000 services de garde non régie et qu’environ 19 000 enfants les fréquentent. 

En 2017, au moment où le ministre libéral de la Famille, Luc Fortin, pilotait son projet de loi 143 sur les services de garde éducatifs, certains groupes évaluaient plutôt leur nombre à 40 000. 

Ce sont beaucoup de jeunes qui passent sous le radar du ministère de la Famille. Espérons que Mathieu Lacombe jouisse d’un soutien indéfectible de la part du premier ministre et de ses collègues pour corriger la situation.

Patrick Duquette

Madame, c’est ça des gars !

CHRONIQUE / « Viendrais-tu parler de ton métier aux garçons de ma classe ? Ils ont lu ta chronique sur le chasseur furtif F-35, et ils sont très impressionnés », m’a écrit Annick Sauvé, enseignante de 5e année à l’école du Cheval-Blanc de Gatineau.

Bien sûr, ai-je répondu. Mais, dites-moi, Annick, ai-je bien compris que vous enseignez à un groupe composé uniquement de garçons ? Je croyais révolue l’époque des classes séparées. Mais j’avais bien saisi. À son école, on tente une expérience inédite. En 5e année, on a formé une classe de gars et une classe de filles. Comme dans le bon vieux temps !

Opinions

Le chemin étroit de Trump vers une réélection

ANALYSE / La stratégie électorale de Donald Trump en 2020 est très simple et limpide. Il veut répéter le coup de 2016. Après avoir consolidé sa base électorale, il doit s’assurer que son adversaire démocrate ne fasse pas le plein des voix des personnes qui seraient tentées de voter pour lui.

Selon les sondages, la base politique de Trump est essentiellement blanche et républicaine. 85 % des gens qui approuvent ses politiques étant des blancs républicains. Trump ne veut donc pas aliéner sa base qui, en plus d’être blanche, est âgée et moins éduquée. D’ailleurs, 70 % des électeurs qui approuvent la performance globale de Trump n’ont pas de diplôme universitaire.

Pour solidifier sa base électorale, Trump a recours à une recette éprouvée. Il mène une campagne systématique anti-immigration depuis qu’il est devenu président. À cette approche s’ajoutent des sorties intempestives misant sur le ressentiment racial. Cette double approche porte fruit. Si ses cotes d’approbation n’ont jamais dépassé les 45 %, elles n’ont jamais non plus baissé en bas de 35 %. Par contre, les cotes de désapprobation de ses politiques et de son leadership oscillent constamment autour de 55 %.

Si nous tenons compte que dans les personnes approuvant le président, seulement 2 % sont Afro-Américains et 9 % latinos, cette situation explique pourquoi les cotes d’approbation de Trump n’ont pas vraiment baissé en dépit de ses déclarations racistes répétées. Plus encore, ces mêmes déclarations à caractère raciste lui ont permis de raffermir sa base. 

Bien qu’il puisse compter sur une base partisane blanche indéfectible, Trump sait que celle-ci n’est pas suffisante pour assurer sa réélection. Pour gagner, il doit donc aller au-delà des appels aux républicains blancs. Il doit compenser ses propres faiblesses électorales en augmenter les notes défavorables de son futur adversaire démocrate.

Afin d’augmenter ses chances de l’emporter, Trump a donc besoin de décrire son adversaire démocrate éventuel comme étant un candidat déconnecté de la réalité. Il sait pertinemment que les Américains sont largement rébarbatifs aux idéologies de gauche et qu’un candidat démocrate trop libéral serait moins éligible qu’un candidat du centre. En conséquence, il tente de peinturer les démocrates comme étant de dangereux socialistes.

Les attaques répétées contre les quatre jeunes représentantes démocrates au Congrès cet été vont dans ce sens. Il veut créer une dynamique visant rendre le candidat démocrate lors des élections présidentielles de 2020 en l’associant à la gauche radicale démocrate. Cette stratégie vise à compenser sa propre impopularité en diabolisant le candidat démocrate. Ce faisant les démocrates conservateurs et les électeurs indépendants seraient moins tentés d’aller voter démocrates.

Sa campagne électorale est clairement façonnée par une mentalité de bunker. En recourant constamment à des thèmes sur l’identité nationale, le patriotisme américain, la limitation de l’immigration et en caricaturant les démocrates comme de radicaux extrémistes qui veulent détruire les États-Unis, Trump fait un pari. Il croit qu’il pourra générer suffisamment d’enthousiasme au sein de sa base pour contrecarrer l’engouement libéral suscité par les primaires démocrates. 

Plus encore. Le président américain est en mesure de compter sur les républicains qui contrôlent 29 États. Ces derniers sont engagés systématiquement depuis 2016 dans une vaste opération de vérification des listes électorales. Tous les gouvernements locaux le font. Mais si au Nouveau-Mexique ou en Californie, deux États dirigés par les démocrates, l’opération touche respectivement à peine 1,4 % et 2.8 %, il atteint par exemple 22 % en Indiana, un État républicain.

Ce faisant, les républicains ont épuré les listes de 17 millions d’électeurs. Or, il s’avère que ce sont particulièrement les étudiants, les Afro-Américains et les Latinos qui sont touchés par l’opération de suppression des gens des listes électorales. L’électeur qui voit son nom supprimé de la liste est obligé alors de se soumettre à un long processus contraignant de réinscription s’il désire voter. 

La campagne de suppression des électeurs des listes électorales a des incidences tangibles. En 2018, Stacey Abrams perdit les élections de gouverneur par moins de 54 723 votes, alors que Brian Kemp, son adversaire républicain, dirigeait toujours en tant que secrétaire d’État l’opération pour épurer les listes de l’État de Géorgie de 1,5 million d’électeurs d’élections. 

Alors que le New Hampshire a moins d’un million d’électeurs, 90 000 étudiants furent entre-temps supprimés des listes électorales. Incidemment, les étudiants ont tendance à voter de manière disproportionnée pour le parti démocrate.

Finalement, Trump peut aussi compter sur le système du collège électoral qui avantage grandement les républicains. Dans un système de suffrage universel où tous les votes ont le même poids, les démocrates l’emporteraient aisément. Mais si vous vivez à New York, au Massachusetts ou en Californie, les électeurs démocrates n’ont moins d’incitatifs à aller voter, sachant d’avance que les démocrates vont l’emporter dans ces États.

En 2016, avec trois millions de votes de moins que Mme Clinton, Trump a ainsi obtenu une large majorité au collège électoral de 304 contre 227. Différents analystes et politologues ont établi un scénario où avec cinq millions de moins de votes que son adversaire démocrate Trump pourrait remporter les présidentielles de 2020.

Le chemin de réélection de Trump est donc très étroit. Mais, si nous tenons compte de différents éléments ci-haut mentionnés, une victoire de Trump est toujours possible. Plus encore. Trump s’oppose, appuyé en cela par les sénateurs républicains, à toutes mesures cherchant à contrer une interférence russe dans le processus électoral américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Chronique

Le «système» transfère votre appel

CHRONIQUE / Peut-être ne devrais-je pas y voir une analogie, mais quand j’ai appelé lundi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse pour avoir des renseignements, le message a dit : «Veuillez patienter, le système transfère votre appel.»

J’ai été transférée.

Ça a sonné, sonné, sonné, aucune réponse, même pas de répondeur, même pas le classique «votre appel est important pour nous».

Voilà.

Éric Gordon aussi a composé le 1 833 990-2443, option #2, il en a long à raconter sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Retiré de sa famille à sa demande à huit ans, il est passé par 37 familles d’accueil, un foyer de groupe et un centre jeunesse, avant qu’on le laisse aller à 18 ans «avec deux sacs à poubelle sur le bord du chemin».

Il avait appelé vendredi, il avait réussi à parler à quelqu’un qui lui avait dit qu’on le rappellerait dans la journée.

On ne l’a pas rappelé. 

Il s’est remis sur le téléphone lundi, s’est buté au téléphone qui sonne.

Éric a aussi envoyé un courriel à votrehistoire@csdepj.gouv.qc.ca, il a reçu un accusé de non-réception en anglais de Mail delivery subsystem lui disant que le service était unavalaible et que l’adresse avait une permanent fatal error, une erreur permanente fatale.

Il a aussi essayé à info@csdepj.gouv.qc.ca, même chose.

Il est impatient de raconter ce qu’il a vécu, comme il me l’avait raconté en juillet dernier. «Je me suis senti comme un enfant payant, je me sentais monnayé comme être humain. Ça marque. […] J’aimerais leur dire [à la commission] comment on se sent comme enfant dans le système, on sent que les rôles sont campés, qu’on ne nous écoute pas.»

Il s’est senti transféré comme un appel.

Au suivant.

Hier encore, il s’est buté au courriel qui ne fonctionne pas, il a finalement réussi à parler à quelqu’un au téléphone, mais n’est pas beaucoup plus avancé. «Il y a eu une réponse, mais la réceptionniste ne savait pas trop quoi répondre, pour finir par me dire : “Monsieur, on va vous rappeler.”»

Rebelote.

Il va réessayer jusqu’à ce que ça fonctionne, mais il craint que des témoignages soient perdus. «J’imagine qu’un jour ça va fonctionner, mais s’il y a des jeunes qui se frappent le nez et que ça ne marche pas, ils vont juste passer à autre chose et ils ne pourront pas donner leur avis.»

J’ai eu plus de succès avec les relations de presse, j’ai pu discuter avec la porte-parole Sylvie Charbonneau, lui signaler que des personnes essayaient de joindre la commission par courriel et au téléphone, en vain. «Je vais vérifier ça, c’est supposé fonctionner, merci de me le dire.»

De rien.

J’en ai profité pour poser des questions sur la suite des choses, entre autres sur les audiences qui commenceront au lendemain des élections, littéralement, le 22 octobre. Le calendrier publié sur le site Internet de la commission prévoit pour le moment des rencontres à Mont­réal, à Sept-Îles et à Québec, Mme Charbonneau précise que d’autres régions seront visitées en 2020.

Pas toutes, on ne sait pas encore lesquelles.

Jusqu’ici, 11 journées d’audiences sont prévues, plus quatre avant-midi. «Dans une journée, on prévoit entendre de quatre à six individus ou groupes, ce sera public ou à huis clos selon leur choix. D’ici décembre, il y en a entre 60 et 70 qui devraient être entendus», plus d’individus que de groupes.

La liste sera publiée sous peu.

L’autre tribune, ce sont les forums citoyens qui seront ouverts au public, on en prévoit au moins un par région. «On va réunir les gens en cellules, il y aura un animateur et, à partir de questions, on va faire discuter les gens. Il y aura des rapports qui seront faits, ils seront déposés en preuves à la commission.»

Les forums se mettront en branle dès janvier, le calendrier devrait être bientôt rendu public. «Les gens devront s’inscrire à l’avance, on vise environ une cinquantaine de places pour chaque forum. S’il le faut, on fera plusieurs groupes.»

Mon petit doigt me dit qu’ils seront courus.

La présidente de la commission, Régine Laurent, a lancé les travaux officiellement la semaine dernière, mais plusieurs avaient pris les devants. «On a publicisé comment nous contacter la semaine dernière, mais le site est opérationnel depuis juillet et plusieurs personnes nous ont déjà fait parvenir leur témoignage.»

Combien? 

«Dans les centaines.»

Donc, sans aucune publicité, pendant l’été, des centaines de personnes ont pris le temps d’écrire aux commissaires pour leur raconter ce qu’ils ont vécu. Il y aura du bon, du moins bon, du révoltant, les commissaires devront faire le tri dans tout ça, mettre le doigt sur ce qui va et sur ce qui ne va pas.

Ils sont nombreux, comme Éric, à attendre d’être entendus. 

Espérons qu’ils soient écoutés.

Actualités

Sortie aux fraises impromptue

CHRONIQUE/ J’aime les expressions colorées. La dernière que je glisse parfois dans les conversations pour dérider mon auditoire, quand ça s’y prête, c’est : « Oh boy, elle est aux fraises ! » Bien sûr, selon la situation, celle-ci se masculinise.

Un idiotisme botanique ou fruitier bien placé, c’est toujours très drôle.

Chroniques

Facebook passe la gratte

CHRONIQUE / Les grands stratèges politiques utilisent à outrance les médias sociaux afin de cibler avec précision les électeurs. Ils peuvent ainsi nous proposer des publicités adaptées en temps réel, selon nos préférences et convictions. Ce qui est dévastateur dans cette tactique, c’est la façon insidieuse d’utiliser les demi-vérités, voire le mensonge, afin d’alimenter la haine qui deviendra par la suite le carburant de l’électeur pour se rendre aux urnes le jour du vote.

De nombreux organismes tiers possédant des moyens financiers énormes s’immiscent dans la campagne. À l’aide de messages provocateurs souvent ponctués de vidéos ou d’images, ils tentent de séduire un auditoire soigneusement ciblé dont le profil correspond à certains critères très précis. En sachant systématiquement que le message en question est ingurgité sans broncher et surtout sans vérification par les heureux ciblés, ils s’assurent d’un effet viral dudit message, car les ciblés ont également le partage facile.

Télé et radio

Gémeaux: Véro livre un gala de feu!

CHRONIQUE / Véronique Cloutier a offert un des meilleurs galas des Prix Gémeaux des dernières années dimanche. Un tas de bonnes idées pour une soirée rythmée, drôle, surprenante, qui a largement récompensé «District 31», «Plan B» et «Unité 9». Glamour et magie étaient au rendez-vous.

On pouvait rechigner sur certains choix de nominations – où était Ruptures? Mais pour le reste, rien à redire sur les choix de l’Académie en ce qui concerne les gagnants. Et pourtant, on a frôlé la catastrophe quand un petit incendie s’est déclaré dans le décor en début de gala. On voulait mettre des étincelles, a lancé une Véronique Cloutier jamais déstabilisée, elle qui n’avait pas animé le gala depuis 2015. Son numéro d’ouverture, très dansant et riche en images, un hommage à notre télé, était spectaculaire, bien qu’un peu pompeux par moments. Outre le court monologue d’ouverture, un peu faible, le reste a coulé de source.

À LIRE AUSSI: Les Gémeaux couronnent «District 31»

Pour une deuxième année consécutive, Plan B a ravi l’Académie, qui lui a accordé le Gémeaux de la meilleure série dramatique, au détriment de Faits divers, encore une fois. Sophie Lorain, qui brille dans ce deuxième Plan B, a renoué avec les Gémeaux, quatre ans après son trophée pour Au secours de Béatrice. Récompensé pour Mensonges, Claude Legault a voulu saluer Yvon Leduc, cofondateur de la LNI, actuellement très malade. Unité 9 a eu son lot de prix dimanche, ceux de la meilleure série annuelle et de la meilleure actrice, décerné à Eve Landry pour son rôle de Jeanne, et qui l’attendait «depuis 26 ans». Belle façon de conclure l’aventure d’Unité 9, l’auteure Danielle Trottier en est presque venue aux larmes. Contre son «papa» Guy Nadon, Stéphane Demers a remercié TVA d’avoir accepté qu’un rôle principal dans O’ ne soit pas confié à une vedette. Pour une fois, c’est Charles O’Hara qui a gagné.

Après avoir été récompensée pour les textes, Florence Longpré l’a été pour son interprétation d’Ada dans M’entends-tu?, 14 fois en nomination. «J’étais tellement un enfant bizarre. Merci de m’avoir laissée dessiner sur mes murs, j’en ai fait un métier», a-t-elle envoyé à son père, les sanglots dans la voix. Christian Bégin et la réalisatrice Miryam Bouchard avaient été couronnés en après-midi pour cette même série, battue par Lâcher prise dans la catégorie des comédies. Très heureux pour Fabien Cloutier, récompensé pour son rôle dans l’excellente comédie Léo, et visiblement très touché.

Avec 16 nominations et sept prix en tout, District 31 domine au tableau des gagnants. Le méchant Yanick Dubeau a valu à Patrice Godin le Gémeaux du premier rôle masculin, alors qu’Hélène Bourgeois Leclerc a remporté celui du rôle féminin, après son trophée Artis du printemps. «Merci Luc Dionne, à cause de toi, y’a deux millions de personnes qui m’haïssent», a lancé Godin à l’auteur de la série la plus regardée de la télé. La quotidienne de Luc Dionne a même décroché le prix du public, contre des titres comme Ruptures et En direct de l’univers. Clash, seule autre série éligible pour le trophée des quotidiennes, n’était pas de taille pour affronter District 31. «On n’a pas autant de moyens, mais on a autant de talents et de passions. On va rester pour et avec le public québécois», a dit Fabienne Larouche, chaudement applaudie, au sujet des Netflix et compagnie.

Beaucoup de bonnes idées dans les numéros de présentation, à peu près tous réussis. Franchement drôle ce quatuor de compétiteurs pour la première présentation, Guy A. Lepage, Julie Snyder, Christian Bégin et Charles Lafortune. L’harmonie a rapidement laissé place au sarcasme et aux «bitcheries». «J’me tanne jamais de voir toujours les mêmes personnes recevoir les mêmes petites cartes funny de Dany», a envoyé Bégin à Guy A., avant de se faire dire par Lafortune: «Moi, j’ai un char. Toi, t’as un scooter.» Puis: «tu salueras ta gang de surdoués d’Occupation double a-t-il lancé à Julie, qui ne pouvait s’empêcher celle-ci sur Star Académie: «ça faisait juste trois millions de cotes d’écoute, c’pas sûr qu’ils vont me reprendre.»

Les très fâchés Sébastien Dubé des Denis Drolet et Pierre Hébert ont offert un numéro génial de démolition des émissions de variétés en nomination. Elles y ont toutes passé, dont Révolution, une émission où «ça garroche des foulards, ça braille», a lancé le Denis barbu. Ou 1res fois, animée par «la guédaille qui change de tête sans arrêt». Même En direct de l’univers y a goûté, mais Révolution a remporté le prix. Une des meilleures idées était la vidéodescription des extraits de téléréalité par des vedettes telles que Jean Leloup (oui, oui, le vrai), le Denis à palettes, Sonia Vachon, et même Marc Cassivi pour Occupation double Grèce et Rodger Brulotte pour XOXO! On en aurait pris encore.

Il n’y a pas trop d’«émissions de vedettes qui se parlent entre vedettes», selon Jean-Philippe Dion, qui a reçu le prix de la meilleure émission ou série d’entrevues ou talk-show pour La vraie nature, et présenté par les sensations du tennis Félix Auger-Aliassime (sur scène) et Bianca Andreescu (sur écran). Un autre prix mérité, comme celui du Bye Bye 2018, remis à une équipe qui sera renouvelée en décembre. Pierre Brassard paraissait un peu amer, non? Ovation pour Béatrice Picard, dont on a souligné les 71 ans de carrière, en plus de la couronner de nouveau, 61 ans après le Gala des Splendeurs, dont on a vu un extrait. Hommage imprévu, court mais senti et chaudement applaudi.

Mais le moment le plus émouvant nous a certainement été offert en fin de soirée par tous ces gens auxquels on s’est attaché, de séries comme De garde 24/7, Deuxième chance et 180 jours. Voilà qui mettait fin à une soirée flamboyante, sans temps morts, qui devrait encore appartenir à Véronique Cloutier l’année prochaine.

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Chronique

On répare, puis on brise

CHRONIQUE / Johanne Gagnon était contente, son fils Frédéric allait «super bien» dans sa nouvelle résidence, il ne faisait presque plus de crises, n’avait plus besoin de médicaments pour le calmer.

Et qu’est-ce qu’on a fait?

On l’a changé de place.

La maison de Frédéric était une Résidence d’accompagnement continu (RAC) à Saint-Georges de Beauce, il y est resté d’octobre 2018 à juillet dernier. «Le psychiatre disait qu’il ne fallait pas le changer de place, nous aussi on leur disait aussi qu’il fallait le laisser là. Mais ils nous ont dit : “Il va bien, on a besoin de la place, on va réessayer de le placer dans une ressource familiale.”»

C’est de là qu’il arrivait, ça ne marchait pas. 

On lui avait donc trouvé une place en RAC. Mais les RAC, dans notre système, sont des ressources temporaires où les personnes sont prises en charge le temps qu’elles se portent mieux.

Et quand elles vont mieux, on les envoie ailleurs.

Frédéric, 22 ans, est une pièce d’homme. Autiste non verbal, il a toujours fait des crises, que ses parents ont toujours réussi à contrôler. Jusqu’à ce que l’épilepsie vienne jouer les trouble-fête, le 25 décembre 2017 — Joyeux Noël —, la veille de ses 21 ans. «Depuis qu’il y a de l’épilepsie, son caractère a changé. Avant, c’était de l’automutilation, il pouvait briser des murs, une télé, mais maintenant, il attaque, il nous attaque pour nous faire mal.»

Sans aucun signe précurseur.

Une bombe.

Il vivait dans une ressource familiale, mais à cause de la violence des crises, les choses ont dégénéré. «On nous disait que ça allait bien, mais quand il est sorti de là, on a su que lorsqu’il était en crise, les personnes s’enfermaient dans la salle de bain. La résidence a changé de propriétaire, la nouvelle a levé le flag, c’était un cas trop lourd.»

Après, Frédéric est allé un mois en psychiatrie.

Après, on l’a retourné là.

Après, il est retourné en psychiatrie.

«Après ça, la propriétaire a dit qu’elle ne le reprendrait pas, ce n’était pas une place pour lui, elle a dit qu’il fallait qu’il aille dans une RAC. Ils ont réussi à trouver une place à Saint-Georges, c’est un milieu adapté pour lui, avec une salle d’isolement, avec du personnel qui est présent.»

En juillet, après 10 mois, on l’a retourné dans une ressource familiale. 

Parce que tout allait bien.

Arriva ce que Johanne craignait. «Ça n’a pas été long qu’il a fait des crises, les gens ne voulaient plus le garder, ils disaient : “On a bien trop peur.” Dès le début, ils n’étaient pas certains, ils avaient demandé de garder sa place à la RAC pendant un mois, ils voulaient juste des cas calmes…»

Mais la place de Frédéric était déjà prise. «On voit que c’est du patchage, on fait juste éteindre des feux.»

On a parlé à Johanne des RIS, pour Ressource intermédiaire spécialisée, un type de résidence avec un plus grand encadrement, qui pourrait être mieux adaptée pour son grand garçon. Un seul hic, il n’y a pas de RIS sur la Rive-Sud. «On a rencontré deux jeunes gestionnaires très allumées, elles nous ont expliqué qu’on n’avait pas besoin de nouvelles infrastructures, qu’il y avait assez d’endroits qu’on pourrait convertir en RIS.»

Et? «Il n’y a rien qui se passe.»

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on confirme qu’il n’y a pas de RIS, mais on indique que l’intention y est. «Nous n’avons pas de RIS actuellement, mais nous sommes en appel d’offres afin d’en développer une.» Il y a quatre RAC qui offrent 36 places pour l’ensemble du territoire.

Sur la Rive-Nord, il y a 21 RAC et 12 RIS, 207 places.

Le temps pressait pour Frédéric, les gens qui l’hébergeaient étaient au bout du rouleau. «Ils avaient trouvé une place à Montmagny pour mardi dernier [3 septembre], mais le jeudi avant, Frédéric a fait une crise et les gens ont appelé l’ambulance, qui l’a conduit à l’urgence en psychiatrie.»

Je passe sur le fait que la propriétaire a fait une «session d’énergies» avec Frédéric, qu’elle a «entendu une voix qui lui disait qu’il avait choisi de se réincarner dans ce corps-là, qu’il n’aimait pas les carottes parce qu’il ne s’était pas enraciné dans sa réincarnation, parce que nous ne l’acceptions pas».

Un peu de culpabilité avec ça?

Le mardi, Frédéric a emménagé dans un nouvel endroit, un autre. «Ce sont des chambres de dépannage, il y en a deux, au sous-sol. Et à l’étage, ce sont des résidents qui ont une déficience physique. Il a pris la place d’un autre jeune qu’on a envoyé dans une ressource familiale, en espérant que ça se passe bien pour lui…»

C’est la chaise musicale.

Et dire qu’on a mis tant d’efforts avant que Frédéric ne souffle ses 21 bougies, il a fréquenté une école, dans une classe spéciale avec d’autres autistes comme lui, avec une prof formidable et dévouée qui a travaillé fort pour le faire progresser. Il ne disait que ketchup elle lui a montré à dire aider, quand il a besoin de quelque chose.

C’est énorme.

Maintenant, on le pitche à droite et à gauche comme une patate chaude dont personne ne veut. «Les psychiatres nous disent qu’ils ne savent pas trop quoi faire avec. S’il pouvait parler, je suis sûre qu’il nous dirait que ce n’est pas facile pour lui. Il a besoin de stabilité, de routine.»

Johanne a saisi le Commissaire aux plaintes du dossier. «Le problème, ce ne sont pas les individus, les gens sont pleins de bonnes intentions, ils font leur possible. Mais le système ne marche pas, il y a une perte de contrôle. On ne répond pas aux besoins de ces gens-là, il y a un risque de sécurité pour lui et pour les autres.»

Elle espère que le pire n’arrivera pas.

«Des cas comme Frédéric, il va y en avoir de plus en plus. Les professeurs nous le disent, les cas sont de plus en plus lourds. On va avoir un gros problème si on ne s’occupe pas sérieusement de ces personnes-là. Dans le milieu où Frédéric était, ça arrivait qu’il y avait de jeunes enfants. S’il était arrivé quelque chose, une catastrophe, Frédéric se serait retrouvé en milieu carcéral…»

Et dire que ça allait si bien jusqu’en juillet.

Opinions

Un cauchemar national lié aux armes à feu

ANALYSE / Le grand historien Richard Hofstader décrivait en 1970 comment la culture américaine reposait sur la violence et une obsession liée à la possession des armes à feu. Cette question représentait déjà alors une tragédie nationale aux États-Unis.

Hofstader notait que le taux d’homicides par 100 000 habitants en Grande-Bretagne en 1963 était 5.5 fois moins élevé qu’aux États-Unis. Plus encore, il signalait que seulement 7.6 % des 353 homicides britanniques étaient commis avec des armes à feu, comparativement à 59.3 % pour les 8640 homicides américains. Ainsi les États-Unis avaient un ratio d’homicides commis avec des armes à feu proportionnellement 48 fois plus élevé qu’en Grande-Bretagne.

Séance d'orthographe

Chronique qui a son pareil

CHRONIQUE / J’aimerais savoir si on dit «il n’y en a pas un pareil» ou «il n’y en a pas deux pareils». Merci à l’avance. (Christine Chaumel, Québec)

Dans ma chronique du 15 mars 2013, j’expliquais que cette faute ne vient pas d’une mauvaise compréhension du sens de « pareil », mais plutôt d’une syntaxe déficiente. On ne dit pas « il n’y en a pas un pareil », mais « il n’y en a pas de pareil ». De la même façon que l’on dit « il n’y en a pas de meilleur » et non « il n’y en a pas un meilleur ».

Vous pouvez essayer avec plusieurs autres adjectifs et locutions de comparaison, comme « pire », « tel », « semblable », « identique », « plus beau », « moins grand », etc. Vous constaterez que c’est la préposition « de » qui est appropriée, et non l’article « un ».

« Il n’y en a pas deux pareils » n’a pas tout à fait le même sens. Vous parlez alors d’une multitude d’éléments dont aucun n’est identique à un autre. « Il n’y en a pas de pareil » veut plutôt dire « il n’y a rien de pareil à cette chose-là ».

L’adjectif « pareil » peut être utilisé dans plusieurs sens. Tantôt, il est synonyme de « même » (« rendez-vous à pareille heure demain »). Tantôt, il signifie « tel » (« dans un pareil cas », « devant une pareille insistance »). La plupart du temps, il veut dire « semblable ».

Au Québec, nous avons aussi hérité d’un vieil emploi : « pareil » adverbe.

« Elle et moi pensons pareil. »

« Sans le savoir, vous vous êtes habillés pareil. »

Cet emploi se rencontre aussi dans la langue parlée en France. On en trouve des traces dans la littérature. Il est toutefois critiqué par les grammairiens. « Pareil » veut ici dire « de la même façon », « de manière identique ». On peut également utiliser le véritable adverbe dérivé de « pareil », soit « pareillement ».

« Elle et moi pensons de la même façon. »

« Sans le savoir, vous vous êtes habillés de manière identique. »

Il existe un deuxième emploi adverbial, disparu outre-mer, mais encore bien vivant chez nous : « pareil » synonyme de « quand même », « malgré tout ». Lui aussi est à proscrire dans le discours soutenu.

« Je vais y aller pareil. »

« Je sais que tu l’as déjà fait, mais refais-le pareil. »


Perles de la semaine

La saison de hockey approche, les esprits s’échauffent, et ça se lit sur le site du Sportnographe.

« Je pense que c’est un baume d’air frais. »

« Il sait comment traiter ses joueurs. Pis je pense que les joueurs y mangent son esprit pis ils jouent pour lui. »

« La deuxième finale de la NBA a eu un record d’audition au Canada avec 4,3 millions de personnes. »

« Les Hurricanes étaient accotés au pied du mur. »

« Quand qu’on va visiter des universités américaines, il y a beaucoup de bouche à bouche pour juste voir c’est quoi que quelqu’un peut nous dire sur un joueur qu’on savait pas. »

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Patrick Duquette

Dans les méandres d’un centre de tri [VIDÉO]

CHRONIQUE / Le centre de tri Tricentris ouvre ses portes au grand public ce samedi à Gatineau. J’ai eu droit à une visite en avant-première cette semaine. Ce qui m’a le plus impressionné ? Le tas. Le gros tas de déchets recyclables à l’entrée de l’usine.

C’est fou ce qu’on en consomme des pots de margarine, des sacs en plastique, des bouteilles de détergents, des bouteilles de vin, des rebuts métalliques, des circulaires en papier, des boîtes de carton. Trop ? Sans aucun doute, oui.

Brigitte Breton

L’espoir d’une mère

CHRONIQUE / Margo Ménard a accompagné son fils Sébastien pour que celui-ci, atteint de sclérose en plaques, puisse mourir en Suisse comme il le désirait. Cela fait deux ans et demi. «Il ne peut rien m’arriver de pire dans la vie», dit-elle. La décision que vient de rendre la juge Christine Beaudoin sur l’aide médicale à mourir la soulage toutefois, l’aide à faire son deuil et à atteindre plus de sérénité.

«S’il vous plaît, n’allez pas en appel de ce jugement», demande la femme de Québec aux élus provinciaux et fédéraux. «S’il vous plaît, ne mêlez pas les dossiers des malades aptes à prendre une décision éclairée et ceux des malades inaptes, des mineurs ou des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ne mêlez pas les enjeux pour noyer le poisson».

Mme Ménard a été des années auprès de son fils malade pour répondre à ses besoins primaires, mais aussi, pour l’accompagner dans ses démarches auprès de Dignitas, en Suisse. Son fils avait 43 ans et ne voulait pas finir sa vie et attendre la mort dans un CHSLD. Ne pouvant recevoir l’aide médicale à mourir au Québec puisqu’il n’était pas en fin de vie et que sa mort n’était pas «raisonnablement prévisible», il a opté pour le suicide assisté et un aller simple pour la Suisse.

«Ce fut un long cheminement. J’étais bien au fait de la détresse de Sébastien. Je la voyais dans ses yeux. J’ai respecté sa souffrance au lieu d’être égoïste et de vouloir le garder à tout prix».

Un cheminement qui ne se réalise pas sans peine.

La maladie d’un enfant, qu’importe son âge, est difficile à vivre et à accepter pour un parent. La mort d’un enfant, même si elle est souhaitée par celui-ci, car il estime que c’est la meilleure issue pour lui, est cruelle.

Recevoir l’urne de son fils comme un simple colis commandé chez Amazon cinq semaines après son décès en Suisse a été un choc et a incité Mme Ménard à s’engager, comme elle l’avait promis à Sébastien, pour qu’aucune autre famille québécoise n’ait à refaire ce parcours douloureux.

La récente décision de la cour supérieure est pour Mme Ménard un immense soulagement. «C’est plein d’espoir. Enfin une lumière au bout du tunnel».

La juge a déclaré invalides et inopérantes les dispositions du Code criminel et de la Loi sur les soins de fin de vie qui liaient l’accès à l’aide médicale à mourir à des critères de mort raisonnablement prévisible et de fin de vie. Selon la cour, de tels critères contreviennent à la Charte canadienne des droits et libertés.

Sébastien Gagné-Ménard est mort le 10 mars 2017. La juge Beaudoin donne six mois aux législateurs du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral pour apporter les correctifs au Code criminel et à la Loi sur les soins de fin de vie.

«Cela nous mène au 10 mars 2020, au troisième anniversaire du décès de mon fils». Elle y voit un signe, une preuve que le fait d’unir sa voix à celles d’autres malades et d’autres proches de grands souffrants a porté ses fruits, a contribué à faire avancer le délicat dossier.

Mme Ménard rappelle que lorsque les élus tardent à prendre des décisions et à légiférer, ils font porter un poids très lourd aux personnes gravement malades et souffrantes, notamment celles atteintes de maladies dégénératives incurables.

Dans une lettre transmise au Soleil, la mère endeuillée exprime sa gratitude et son admiration pour Nicole Gladu et Jean Truchon qui ont mené leur cause devant les tribunaux.

Elle aussi mérite notre admiration pour le soutien apporté à son fils et son implication pour remplir la promesse d’éviter que d’autres malades doivent se rendre à l’étranger, sans leur famille, leurs proches et leurs soignants, pour mourir dans la dignité. 

En piste avec Alex Tagliani

Je vais mieux!

CHRONIQUE / Et puis, comment allez-vous aujourd’hui ? Moi, je vous dirais que ça va… mieux !

Vous le savez, j’ai raté la course de Saint-Eustache, le week-end dernier, en raison d’une myocardite ou, si vous préférez, une inflammation du muscle cardiaque. J’ai été placé au repos forcé par mes médecins et je le suis encore jusqu’à nouvel ordre.

Joël Martel

Ma visite à l’urgence

CHRONIQUE / C’est sur l’heure du souper que ça s’est décidé.

Ça faisait quelque chose comme deux jours que Charlot nous disait qu’il se sentait fatigué et qu’il avait mal à la gorge. Alors, tout ce qu’on pouvait faire, c’était attendre de voir la tournure que tout ça prendrait. Mais voilà que lorsqu’il s’est réveillé d’une sieste dimanche, il avait la gorge en mode Amazonie, c’est-à-dire en feu et, pour vous dire vrai, de voir son gamin pleurer de douleur, c’est le genre de vision qui fait très mal à un coeur de parent.

Opinions

Les lutins ont la mine basse

ÉDITORIAL / Les traverses de lutins à Saint-Élie-de-Caxton sont désertes par les temps qui courent. Les lutins eux-mêmes se font rares. Ils n’ont plus de fun. Ils ne s’amusent plus comme dans les belles années. Ils ont moins de monde à taquiner. Soixante pour cent moins de visiteurs par rapport à l’année dernière. Et une atmosphère un tantinet morose.

On sentait venir cette baisse de l’achalandage touristique à Saint-Élie-de-Caxton. Dans la municipalité, les deux dernières années ont été marquées par des différends, des problèmes internes, des conflits de personnalités, des démissions, des divergences de vision. Bref, les nouvelles provenant de Saint-Élie étaient rarement positives. Et il est évident que cela a eu un impact sur le tourisme.

Politique

Déclenchement des élections : trois chefs en difficulté

CHRONIQUE / En ce début de campagne électorale fédérale, les jeux sont relativement ouverts et il est bien difficile de prévoir qui sera au gouvernement après le jour du scrutin ou encore si le gouvernement du Canada aura à sa disposition un parlement majoritaire ou minoritaire.

Plus surprenant encore, les chefs des trois principaux partis politiques sont actuellement dans des situations délicates, voire difficiles. Cette particularité est sans doute l’élément marquant de ce déclenchement des élections et pourrait en grande partie marquer le premier rythme de la campagne qui s’entame. En fait, la grande question est plutôt de savoir qui, parmi les trois, pourra se ressaisir rapidement et donner à son parti le souffle dont il a besoin pour convaincre les électeurs.

Richard Therrien

«En direct de l’univers» coûte que coûte

CHRONIQUE / France Beaudoin est fébrile, mais soulagée : il y aura bel et bien une émission originale d’«En direct de l’univers» samedi à 19h sur ICI Télé. Mais avec qui? Ça reste à voir. L’animatrice confirme sans l’ombre d’un doute que l’équipe s’affaire à monter une émission pour remplacer celle qui devait recevoir Patrick Bruel dans quatre jours.

C’est la première fois qu’une telle tuile tombe sur cette émission, qui entreprend sa 11e saison samedi. Mais depuis qu’on a annoncé que Patrick Bruel ne ferait pas l’émission, les encouragements fusent de partout, et l’animatrice s’en réjouit. «Te dire le nombre de téléphones que nous avons reçus, de partout, pour nous dire : est-ce que je peux faire quelque chose? J’ai été vraiment touchée. C’est dû à la marque sympathique de l’émission», croit France Beaudoin, qui dit n’avoir jamais senti de pression de la part du diffuseur pour livrer une émission.

Le diffuseur et l’équipe d’En direct de l’univers se sont néanmoins entendus pour présenter une émission originale, plutôt qu’une reprise. On avait entre autres envisagé de rediffuser celle de Céline Dion. Par ailleurs, il aurait été impossible de devancer l’émission suivante d’une semaine (avec Sébastien Delorme), devant le casse-tête des disponibilités de tous les artistes qui doivent y participer.

C’est d’un commun accord avec l’équipe de Patrick Bruel qu’il a été décidé que celui-ci devait reporter sa tournée de promotion, prévue cette semaine au Québec. L’artiste devait aussi participer à des enregistrements des Enfants de la télé et de La vraie nature, jusqu’à ce qu’il soit la cible d’allégations d’inconduite sexuelle.

Chefs et dragons de retour

L’émission Les chefs! reviendra au printemps pour une 10e saison, et Dans l’oeil du dragon, pour une neuvième saison, sur ICI Télé. Dans le cas des Chefs!, la plus récente saison, remportée par Alex Bouchard, a rallié 722 000 fidèles le lundi à 20h sur ICI Télé. Il était clair que le diffuseur n’allait pas laisser partir de concept gagnant. 

Pour sa part, Dans l’oeil du dragon a retenu 691 000 téléspectateurs le mercredi à 20h, dans une formule passablement rajeunie. Seul Dominique Brown était de retour, le panel de dragons ayant été renouvelé avec l’arrivée de Marie-Josée Richer, Isabèle Chevalier et Nicolas Duvernois, ce qui a donné une dimension plus «humaine» au concept. On ne confirme pour l’instant lesquels d’entre eux seront de retour la saison prochaine, pas plus que pour les juges des Chefs!.

Mylène Moisan

Les filles aussi peuvent sauter

CHRONIQUE / Dans le Toronto Star mardi, la caricature de Theo Moudakis montre une fillette fixant un téléviseur, Bianca Andreescu est à l’écran en train d’embrasser son trophée du US Open, la fillette tient une raquette de tennis.

Elle dit ceci, je traduis : «Je peux le faire».

Ce qui est vrai pour le tennis ne l’est pas pour la plupart des sports, surtout les sports d’équipe. Thierry Kayitana a entraîné au secondaire et au cégep à des équipes féminines de basketball, il aimerait bien que les filles aient des modèles aussi.

Il n’y a rien.

Ou si peu.

Ce qu’il voit, quand les filles arrivent au secondaire, c’est qu’elles n’ont pas vraiment eu l’occasion de se développer. Pas autant que les gars. «Très jeunes dans le sport, on sépare les gars des filles. Ils sont ensemble tant que c’est pour le plaisir, mais quand ça devient compétitif, on les sépare.»

Et on mise plus sur les gars. 

Thierry est aux premières loges pour voir la différence entre les deux. «Moi, j’ai été entraîné comme un gars. Il y a des choses que les filles ne peuvent pas faire parce qu’on ne leur a pas montré. Elles ne sautent pas parce qu’on ne leur a jamais appris à sauter, alors que les gars, eux, on leur fait suivre un programme d’impulsion. Ce n’est pas facile d’emmener une fille à son plein potentiel.»

On les prend plus jeunes aussi. «Il y a nettement plus de joueurs masculins qui sont pris très tôt, dans les programmes de concentration dès le primaire. Tous les joueurs professionnels qu’on connaît, ils ont été entraînés très jeunes, on a mis toutes les chances de leur côté.»

Et des modèles, en veux-tu en v’là. «Il y a un âge où tu as besoin de modèles. Les gars se projettent très tôt, ils ont leurs idoles. Mais chez les filles, ce n’est pas le cas, c’est plus Miley Cyrus… Si t’as pas de modèle sportif, comment peux-tu te projeter?»

D’où l’importance de Bianca.

En fait, le tennis est à peu près le seul sport professionnel — où il y a de l’argent en jeu — où les filles peuvent s’identifier à des championnes.

Où elles veulent «être comme». 

Résultat, les filles, quand vient le temps de choisir une carrière, ne pensent pas au sport comme étant une option. «La majorité des filles que j’ai entraînées ne veulent pas en faire une carrière, il y a peut-être seulement 5 % qui vont vouloir poursuivre à l’université comme pour le Rouge et Or.»

Et encore.

Les joueuses le voient bien, les équipes professionnelles de filles, quand il y en a, ne font pas les manchettes. Aux États-Unis, le pendant féminin de la NBA (la National Basketball Association), la WNBA, joue dans l’indifférence à peu près totale. «La saison se passe l’été quand la NBA ne joue pas.»

Thierry pose la question : «S’il y avait des Women Raptors à Toronto et qu’elles gagnaient le championnat de la WNBA, est-ce qu’on en parlerait?»

Non.

«Je n’ai jamais vu de reportage sur les femmes qui jouent au basketball, il n’y a personne qui parle d’elles, ni à RDS ni aux États-Unis. Est-ce que c’est parce qu’elles ne sont pas intéressantes? Pas assez spectaculaires? Quand on voit une fille qui dunke à la télé, c’est dans les moments insolites…»

Et ici, les matchs de filles sont toujours avant les matchs des gars, comme une première partie en attendant le vrai spectacle. «On joue à l’heure du souper… Pendant mon match, les gens arrivent à la deuxième moitié, ils s’installent, ils se préparent pour le match des gars. Le vrai show, c’est les gars.»

Ah oui, c’est vrai, il y a des filles dans ce match-là. Sur le bord du terrain. «L’ironie dans tout ça, c’est qu’il y a encore des pom-pom girl! Je ne comprends pas que ça existe encore aujourd’hui.» Ironie plus grande encore, des fillettes se projettent davantage dans ces filles-là que dans celles qui étaient sur le terrain à faire des paniers.

Le cheerleading est devenu une discipline en soi.

Thierry voit quelques petites avancées, les Spurs de San Antonio au Texas viennent d’embaucher une femme comme assistante-entraîneure. «Il n’y a pas encore d’entraîneure-chef et pas de propriétaire femme, à part la copropriétaire des Lakers de Los Angeles, [Jeanie Buss] qui est l’héritière.»

Thierry ne s’attend évidemment pas à ce que le sport professionnel devienne un haut lieu de la parité, mais il est convaincu qu’il y a moyen de faire une plus grande place aux sportives. «Il y a des modèles qui pourraient marcher, comme les matchs trois contre trois, il y a une ligue aux États-Unis qui est très populaire, le BIG3, qui est rentable et qui est télédiffusée. Les filles pourraient y aller.»

On a les victoires qu’on peut, «ils viennent d’intégrer les équipes de la WNBA dans la configuration du jeu vidéo NBA 2K20. Les joueurs vont pouvoir choisir une équipe féminine, c’est la première fois en 25 ans», la Ligue a été créée en 1996. Le jeu FIFA, au soccer, les a intégrées en 2016.

À quand les Canadiennes de Montréal sur NHL?

Entre les lignes

Je te salue Mariana

CHRONIQUE / Très peu de gens le savent, mais mes dents ne sont pas parfaites. Non. Je n’ai pas une occlusion idéale, comme on dit. Au contraire, je « souffre » d’une malocclusion de type classe II, division 1.

En français, ça veut dire que ma mâchoire inférieure est un peu trop reculée par rapport à ma mâchoire supérieure, ce qui fait que j’ai les dents d’en haut un peu plus avancées. Pas digne de Freddie Mercury ou encore de Bugs Bunny, mais comme... très peu de gens payés pour passer à la télé, finalement. Très peu, parce que la plupart ont les dents impeccablement alignées. Comme s’ils avaient tous consulté le même spécialiste travaillant avec le même moule.

Chronique

Suicide: l’état d’urgence

CHRONIQUE / Si une stratégie se révèlait des plus efficaces pour réduire le nombre de décès sur les routes, le nombre de cancers ou de maladies cardiovasculaires, il y a fort à parier qu’aucun gouvernement ne s’en priverait et ne renoncerait à préserver des vies. Pourquoi est-ce différent lorsqu’il s’agit de prévention du suicide?

Le paradoxe est flagrant.

«Si le suicide compte parmi les principales causes de mortalité dans le monde, il ne figure toujours pas au rang des priorités de santé publique. La prévention du suicide et la recherche sur le suicide ne bénéficient pas des ressources financières et humaines dont elles ont désespérément besoin», relève l’Organisation mondiale de la santé, dans Prévention du suicide, l’état d’urgence mondial, un premier rapport sur ce thème pour l’organisation, rendu public lundi. 

Toutes les 40 secondes, une personne se suicide dans le monde. Total pour une année : 800 000. 

Au Québec, 80 personnes tentent chaque jour de mettre fin à leur vie. Chaque jour au Québec, trois personnes décèdent par suicide.

Chaque fois, 7 à 10 personnes sont endeuillées et portent leur fardeau de culpabilité, d’impuissance, d’incompréhension et parfois d’insatisfaction à l’égard d’un réseau de la santé et de services sociaux qui n’a pas su répondre adéquatement et promptement aux appels à l’aide. 

Ces décès et leurs lourds effets collatéraux ne sont pas des accidents. Il est possible de les éviter. 

Le Collectif pour une stratégie nationale en prévention du suicide a rappelé lundi qu’après 1999, le taux de suicide a diminué de 4,1 % chez les hommes, et ce, pendant dix ans, de 2,6 % par année chez les femmes et de 9,6 % en moyenne chez les jeunes.

La raison de ces bons résultats? Québec s’était doté en 1998 d’une stratégie québécoise d’action pour contrer le suicide, «S’entraider pour la vie». Les années suivantes, le taux de suicide a reculé dans certaines catégories d’âge. 

Depuis 15 ans, le Québec est privé d’une telle stratégie. Le nombre de suicides par jour est aujourd’hui le même qu’il y a 40 ans. 

Ici, le sujet n’est plus tabou comme auparavant et comme cela le demeure dans d’autres pays du monde où les tentatives de suicide sont toujours pénalisées.

Mais à quoi sert d’en parler et d’inciter son frère, son collègue ou sa conjointe à demander de l’aide si celle-ci n’est pas au rendez-vous ou se résume à un médicament ou à un suivi avec un spécialiste dans six mois?

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, souligne que «nous avons travaillé depuis de nombreuses années à diminuer les tabous autour de la santé mentale. Les gens réclament des services, mais ceux-ci ne sont pas toujours au rendez-vous… ce qui peut entraîner un geste de désespoir». 

Plus de 25 organisations œuvrant en prévention du suicide et en santé mentale demandent au gouvernement de François Legault d’instaurer une stratégie nationale en prévention du suicide. La ministre de la Santé, Danielle McCann doit également produire un plan d’action en santé mentale pour 2020-2025. Va-t-on y prévoir enfin un accès accru aux services de psychothérapie qu’un collectif réclame depuis 2015 en s’inspirant de l’expérience australienne?

Les attentes sont grandes en santé mentale et ce depuis fort longtemps. M. Legault et son équipe se targuent d’être à l’écoute de la population. Voilà une belle occasion de le démontrer. 

Le 12 août dernier, le roman Le fleuve de l’actrice Sylvie Drapeau figurait parmi les quatre livres québécois achetés par le premier ministre Legault. En cette journée mondiale de prévention du suicide, je lui suggère de poursuivre la tétralogie de Mme Drapeau avec «L’enfer», qui raconte l’histoire d’une grande sœur dont le jeune frère schizophrène se suicide. C’est l’histoire familiale touchante de Mme Drapeau. C’est une histoire qui ressemble à celle d’autres familles du Québec et qui mériterait une plus belle fin.

Séance d'orthographe

Il happa l’appât

CHRONIQUE / Depuis quelques années, les journalistes semblent avoir découvert le verbe «happer» en pensant que c’est un synonyme de «frapper», alors que, selon Le Robert, «happer» signifie «saisir, attraper brusquement et avec violence». Ainsi, on entend régulièrement aux bulletins de nouvelles qu’une personne a été happée par une auto quand elle a manifestement été frappée. J’ai l’impression qu’on utilise «happer» plutôt que «frapper» parce que ça fait plus recherché. Qu’en pensez-vous? (Michel Truchon, Québec)

J’ai répondu à une question semblable le 9 mai 2014. Effectivement, le verbe «happer» est tellement utilisé pour parler des accidents de la circulation que beaucoup de gens croient qu’il est un parfait synonyme de «heurter». On a fini par perdre de vue le sens premier: «Saisir, attraper brusquement et avec violence.»

«Happer» vient d’une onomatopée d’origine germanique, «happ», qui évoque le bruit de mâchoires qui se referment. En néerlandais, le verbe «happen» veut dire «mordre». Voilà pourquoi la définition première de «happer» est, selon le Trésor de la langue française, «attraper brusquement quelque chose d’un coup de mâchoire, de bec». Les loups, requins et autres prédateurs ont donc happé leurs proies bien avant que les voitures les imitent.

Le mot a fini par emprunter plusieurs significations plus ou moins figurées. On peut aujourd’hui happer quelqu’un qui tente de s’enfuir, happer son trousseau de clefs sur la table en partant précipitamment, être même happé par la beauté des paysages.

Mais pour happer une personne ou une chose au sens propre, il faut soit être plus gros qu’elle, soit arriver à très grande vitesse. Une voiture peut donc happer un piéton ou un cycliste, mais plus rarement une autre voiture. Par contre, ladite voiture peut très certainement être happée par un train.

On ne peut pas non plus utiliser le verbe «frapper», comme vous le suggérez. Il s’agit d’une impropriété. «Frapper» veut dire «donner un coup», ce qui n’est pas la même chose que «heurter, entrer en collision avec quelque chose».

«Les deux voitures se sont heurtées (et non «frappées») à grande vitesse.»

«Le piéton a été happé (ou «renversé») par une déneigeuse.»

Profitons-en pour dénoncer un anglicisme très courant ici : frapper un nœud. Il s’agit d’un calque de l’anglais «to hit a snag». Et un très mauvais calque, car en anglais, «nœud» se dit «knot», alors que «snag» désigne un chicot, c’est-à-dire la partie qui reste d’un tronc ou d’une branche cassés ou coupés.

En français, il faut plutôt dire «tomber sur un os».

Perles de la semaine

Quand Monsieur Caron présente sa carte d’accoutumance-maladie...

«J’ai été opéré d’une éclosion intestinale [occlusion].»

«J’ai consulté un gastro-entéropode.»

«Ma femme fait une dépression, elle boit du noir.»

«Je suis un régime sévère, je mène une vraie vie d’Aztèque [ascète].»

«J’aimerais faire changer mon stérilet. Si je suis ménopausée? Oui, depuis trois ans, pourquoi?»

Source : «C’est grave, docteur? : les plus belles perles entendues par votre médecin», Michel Guilbert, Éditions de l’Opportun, 2014.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Télé et radio

«100 génies», mais pas nerds

CHRONIQUE / Les participants de «100 génies» sont assurément des bolés, mais pas des nerds pour autant. Le plateau du nouveau jeu de Pierre-Yves Lord est d’ailleurs survolté, pas mal plus que celui de «Génies en herbe» à l’époque. Cette nouvelle émission jeunesse de 60 minutes, qui plaira à toute la famille, méritait amplement sa place dans la grille du soir d’ICI Télé, à partir de jeudi à 20h.

Parce qu’on ne s’emmerde pas une minute en regardant 100 génies, un concept original québécois dont on sort résolument moins niaiseux. Dans le cadre d’un jeu qui fait des connaissances générales sa priorité, Pierre-Yves Lord navigue à merveille, est drôle, sympathique, mais aussi rigoureux, maniant avec aisance les nombreuses subtilités techniques. Vous l’aimerez encore plus.

Ces jeunes génies de 14 à 17 ans ont été sélectionnés après une série de tests, qui en a retenu la crème de la crème. À part trois qui proviennent de l’Ontario, tous les autres concurrents sont du Québec, et au moins cinq sont de la grande région de Québec. À voir la première émission, la production a trouvé les perles rares : ils sont brillants, enjoués, donnent un bon spectacle, en plus d’impressionner par leurs vastes connaissances. Un esprit d’équipe s’est rapidement forgé, les cellulaires étant interdits en studio. En 2019, c’est rare.

Après trois questions de départ aux 100 candidats, on en sélectionne six, qu’on divise en deux équipes. Les joueurs de la meilleure équipe se rendront au «tour de force», l’épreuve finale, qui fera monter votre adrénaline. Chaque semaine, on adopte un thème. Pour la première, toutes les questions tournent autour des vacances. Puis on aura les grandes inventions, l’argent, l’horreur. Les questions de 100 génies sont rarement faciles, et c’est tant mieux. J’en ai raté plusieurs, dont «quel pays partage sa frontière nord avec le Nicaragua?» Traitez-moi d’ignorant, mais c’est le Costa Rica.

Le jeu est dynamique, mais jamais compliqué. Rien de pire que des règles à ne plus finir, qui minent notre plaisir. On n’est pas à XOXO, vous comprendrez le principe très rapidement. Dans l’une des épreuves, les équipes doivent parvenir à sortir d’une salle d’évasion en résolvant une énigme. Dans la première, il fallait être bon en mathématiques, ce qui n’a jamais été mon cas. Vous croyez qu’une équipe est en voie de l’emporter? Rien n’est fait avant «la rafale», où les bonnes réponses donnent 20, puis 30, puis 40 points aux équipes. L’équipe gagnante peut défendre son titre la semaine suivante. La 13e et dernière émission réunira les six meilleurs dans un match des étoiles.

J’ai craint le pire en apprenant qu’un artiste venait donner une prestation chaque semaine. Couper un jeu pour une chanson? Heureusement, on insère dans le numéro des informations que doivent mémoriser les participants pour répondre ensuite à des questions. Jeudi, LGS vient interpréter son succès On perd la tête et ça passe très bien. J’ai déjà hâte d’entendre Bleu Jeans Bleu venir faire son Coton ouaté dans l’émission sur le corps humain le 17 octobre.

Au lancement de presse, Pierre-Yves Lord n’a pu s’empêcher d’envoyer une flèche à Occupation double, qu’il a déjà animée, soulignant que les concurrents de 100 génies ont le mérite de s’illustrer par leurs connaissances et leur esprit d’équipe. Ce qui n’était pas vraiment le cas d’OD, ai-je besoin de le préciser. ICI Télé flaire le succès. Fair-Play, qui produit l’émission, est en voie de vendre le concept à la RTBF en Belgique, notamment. Je serai assurément un fidèle.

Chronique

De l’art de vivre vieux

CHRONIQUE / Je vous ai parlé de Stéphane Lemire il y a trois ans et demi, ce «docteur qui a quitté l’hôpital» en 2012, il est gériatre et il trouvait qu’il pouvait mieux soigner les vieux en les visitant chez eux.

Qu’il fallait mieux les soigner.

Le déclic s’était fait quand il étudiait en gestion appliquée de la santé en Angleterre, où il a appris que sa grand-mère Laurette, sa deuxième mère, n’en avait plus pour longtemps. Il n’a fait ni une ni deux, a sauté dans le premier avion pour venir à son chevet, et, rendu à l’hôpital, il a jeté un œil à son dossier.

Il a accroché sur le taux de calcium, deux fois trop élevé.

Il a fait arrêter un médicament, tout est rentré dans l’ordre. Deux semaines plus tard, Laurette «était de retour chez elle, elle marchait, elle lavait son linge à la main dans l’évier, elle s’était même patenté une corde à linge pour le faire sécher».

Les médecins l’avaient condamnée.

Stéphane est revenu d’Angleterre avec la certitude qu’il fallait faire les choses autrement. 

«J’étais convaincu, je le suis encore, qu’il faut repenser l’organisation des soins aux personnes âgées, m’avait-il dit lors de notre première rencontre. Le gériatre doit évaluer la personne quand elle est au mieux de sa condition, et pas au pire, quand elle est rendue à l’hôpital.»

Il avait un projet en tête, la gériatrie sociale, pour identifier les problèmes au début, quand ils sont plus faciles à régler.

Avant qu’ils ne dégénèrent.

Mais son idée a fait du surplace, l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette n’était pas très chaud aux initiatives qui sortaient de la «boîte», Stéphane a donc dû faire un repli stratégique et se concentrer sur la Fondation AGES qu’il avait fondée, pour consolider ses appuis.

Et maintenant, ça y est. Le gouvernement caquiste a trouvé son idée bonne, assez pour financer un projet-pilote dans trois régions, à Québec, à Laval et dans le Bas-Saint-Laurent, où ceux qui côtoient les personnes âgées seront formés pour ouvrir l’œil, question de déceler les problèmes plus tôt.

On les appelle les sentinelles, ce peut être les préposés, la popote roulante, les personnes qui font le ménage, même le livreur de médicaments. 

Les centres de gériatrie sociale vont se mettre en place cet automne et devraient être complètement opérationnels au début de 2020. «Les sentinelles qui sont sur le terrain vont pouvoir identifier des situations, elles seront formées pour ça, et elles vont transmettre ce qu’elles ont vu à un navigateur qui, lui, va savoir à quelle porte il faut frapper. C’est lui qui va ouvrir les portes, qui va faire le lien entre les services qui existent. Il va les accompagner, pas les pitcher ailleurs, il y a parfois une surréférencite», m’explique Stéphane.

Et des vieux qui poireautent sur des listes d’attente.

Pas de grosse structure, «il y en a déjà assez», pas de béton, des équipes flexibles liées à un CLSC, auquel sera rattaché le personnel médical.

Stéphane et Élie Belley-Pelletier, directeur général de la Fondation AGES, travaillent ensemble depuis trois ans pour mettre au point ce nouveau système, ils ont d’abord établi les grandes lignes pour que tout le monde travaille dans la même direction, à partir de la personne âgée.

Pas seulement en fonction de ce qu’on pense qui est bon pour elle.

La nuance est grande.

«Ce qui est très important, c’est de respecter les droits de la personne, son autonomie décisionnelle. Il faut que les gens puissent décider en fonction de leurs valeurs. Quand on place une personne, c’est parfois parce qu’on veut le risque zéro. Mais est-ce que c’est ce que la personne veut?»

Il faut accepter une part de risque, jusqu’à un certain point bien sûr.

Pour tracer cette délicate ligne, Stéphane vient de publier un bouquin, Vieillir, la belle affaire, avec l’auteur Jacques Beaulieu, où la vieillesse n’est pas un simple dégradé de gris. «Le livre s’inscrit dans ma démarche d’être gériatre, pour changer le visage du vieillissement, pour le rendre moins triste, moins repoussant.»

Même agréable.

«Les gens acceptent tout sur le dos du vieillissement normal. Quand ils viennent nous voir, ils auraient dû le faire plus tôt.»

En gros, le livre explique comment faire la différence entre ce qui est normal quand on vieillit et ce qui ne l’est pas, pour que les gens puissent faire la part des choses et consulter quand il le faut. «Quand une personne vieillit et qu’elle présente des symptômes, on dit : “Elle vieillit, elle en a perdu”, comme si c’était normal, comme s’il n’y avait rien à faire.» Souvent, il y a quelque chose à faire, parce que la personne a un truc qui se soigne, comme n’importe qui. 

Mais on ne se donne pas la peine de chercher. 

«J’ai vu une personne, ça faisait quatre ans qu’elle vivait avec de l’incontinence fécale, elle s’était fait dire que c’était du vieillissement normal, on lui avait acheté des couches sans se poser de questions. J’ai réglé ça avec quelques examens et des procédures simples. C’est triste qu’elle ait eu à vivre ça.»

Des cas comme ça, il en a plein.

Comme cet homme qui faisait des chutes, pour qui on commençait à envisager un placement, jusqu’à ce que quelqu’un pense aller voir chez lui.

Vous savez ce qui n’allait pas?

Des plis dans le tapis, le monsieur s’enfargeait dedans.

C’est exactement ce que feront les sentinelles lorsqu’ils iront voir les personnes à leur domicile, ouvrir leurs antennes pour voir ce qui pourrait clocher, une plaie qui guérit mal, ou des symptômes, même légers, qui pourraient être investigués — et traités — plus rapidement.

Elles rapporteront leurs observations au navigateur, qui prendra le relais, et qui verra comment régler le problème avant qu’il ne dégénère, avant que la situation ne s’aggrave et qu’elle ne coûte plus cher. «Ce qui se passe, c’est que ceux qui côtoient les personnes âgées voient des choses, mais ils ne savent pas trop quoi faire avec ça, où aller, à quelle porte frapper.»

C’est une solution parmi d’autres pour désengorger le réseau.

Et, surtout, pour que nos vieux soient mieux.

Opinions

L’émergence des États-Unis comme un foyer de haine

CHRONIQUE / Dans la foulée des attentats d’El Paso et de Dayton du 3 août dernier, j’ai commandé le livre de Daryl Johnson, Hateland : A Long, Hard Look at America’s Extremist Heart. Dans cet ouvrage-choc, publié en juin dernier, Johnson examine l’émergence des mouvements d’extrême droite aux États-Unis. Ce faisant, il décrit le processus par lequel la haine est devenue la norme dans la société américaine.

Ancien analyste au département de la sécurité intérieure, républicain conservateur, mormon pratiquant et propriétaire d’une arme à feu, Johnson est tout sauf un intellectuel libéral.