Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan

Une rentrée en points d’interrogation

CHRONIQUE / «Maman, est-ce qu’on va porter le masque à l’école?»

«Oui et non…»

Des questions, en voulez-vous en v’là avec cette rentrée scolaire qui n’a rien à voir avec celles qu’on a connues avant, où on avait juste à s’assurer que nos enfants aient tout ce qui figure sur la liste d’effets scolaires, des crayons HB et des cahiers Canada en masse. Et des crayons de couleur pour les plus petits.

On a donc su la semaine dernière que les élèves allaient devoir porter le masque, mais pas tout le temps. Mes garçons étudient dans un programme de concentration sportive, au primaire et au secondaire, ils n’auront pas à porter le masque sur le terrain de soccer, ils le porteront dans l’autobus entre le terrain et l’école, l’enlèveront dans la classe, mais le porteront pour aller à la toilette. 

D’où le «oui et non».

Ceci dit, ils finiront par s’habituer à ce port «intermittent», mais ils devront aussi s’habituer à le porter correctement.

Ça, c’est une autre histoire.

Mais pour certains parents, cette rentrée comporte un lot supplémentaire d’inquiétudes souvent en raison d’une condition médicale qui leur donne l’impression de jouer à la roulette russe en envoyant leur enfant à l’école. Et les informations qu’ils obtiennent sont tout sauf claires, elles diffèrent selon la personne qui répond.

J’avais écrit une chronique où des parents demandaient à ce que leur plus vieux ait droit à l’enseignement à distance étant donné que le système immunitaire de la mère est complètement à plat en raison de traitements agressifs, on avait statué qu’elle n’y avait pas droit. 

Puis, le ministère a «clarifié» sa position, on a dit que ce serait du cas par cas et que, dans le cas de cette dame, il pourrait y avoir une exception.

Et puis Johanne* m’a écrit, elle et son conjoint ne sont pas immunosupprimés, mais la santé fragile du père fait en sorte qu’ils préféreraient garder leurs deux garçons à la maison au lieu de les envoyer à l’école et au CPE. Ce qu’on leur dit, c’est que, même s’ils payent la place en CPE, ils la perdront si leur enfant n’y va pas. Et pour l’école, c’est la position «claire» du ministère c’est du cas par cas.

«Pour mon fils le plus vieux, je souhaite qu’il bénéficie de l’école à distance, mais il faut un papier du médecin. Je tente depuis une semaine de savoir quelles conditions de santé peuvent bénéficier de l’école à distance, mais impossible jusqu’à maintenant de trouver des réponses que ce soit auprès du Centre de service ou de l’école même. J’ai demandé à un médecin, par connaissance interposée, ce médecin n’avait pas été mis au courant non plus des conditions qui pouvaient se prévaloir de l’école à distance.»

Et l’école commence vendredi.

Ma collègue Johanne Fournier a écrit cette semaine à propos du cri du cœur d’une mère d’un enfant autiste. «On a zéro nouvelle, a-t-elle dénoncé. Ce n’est pas facile! J’ai un enfant qui demande beaucoup de préparation. Pour une nouvelle année scolaire normale, son temps d’adaptation est d’un mois. C’est un défi. Il faut qu’on le prépare et ça nous prend des réponses. On est à une semaine de la rentrée et on ne sait rien! On est comme dans un trou, un genre de tourbillon. Comme personne n’a l’air d’avoir les informations, tout le monde pellete par en-avant!»

On lui a dit d’être patiente.

On ne parle pas beaucoup des services de garde en milieu scolaire et pourtant, là plus qu’ailleurs, on se demande encore comment on respectera les concepts de bulles-classes, où les élèves d’un même groupe resteront ensemble — sans masque — pour éviter de multiplier les contacts entre les jeunes.

Le ministère a annoncé il y a 10 jours qu’il renonçait aux bulles de cinq ou de six élèves qui avaient été annoncées dans le plan de juin, il a «agrandi» la bulle pour qu’elle puisse contenir jusqu’à plus d’une vingtaine d’élèves, tant au primaire qu’au secondaire, parce que les petites bulles auraient été ingérables.

Dans les services de garde, ce sont les grandes bulles qui posent problème, parce que les groupes sont habituellement composés d’élèves de classes différentes, étant donné qu’une partie des élèves dîne à la maison, un nombre qui serait d’ailleurs plus grand avec le télétravail. 

Une personne responsable d’un service de garde dans une école m’a écrit, elle ne sait toujours pas comment faire. «Nous sommes en mesure de nous adapter aux différentes mesures sans trop de difficultés, sauf une. Les fameuses bulles. [Nous avions autrefois] une procédure très simple : des regroupements de groupes. […] Je vous confirme qu’il sera quasi-impossible de trouver huit éducatrices de plus pour s’assurer que chaque groupe puisse rester dans sa classe. Je vous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, il n’était pas rare qu’il manque 10, 20, même 30 éducatrices à la grandeur de la commission scolaire, sans personne pour les remplacer. Des groupes de 30 ou de 40 élèves par éducatrice en provenance de quatre ou cinq classes différentes, bien qu’absolument pas souhaitables, devaient parfois se produire…»

D’ailleurs, sur le site du Centre de services scolaire (oui, sans s) de la capitale, on est en pleine campagne de recrutement pour pourvoir de toute urgence au moins une centaine de postes de toutes sortes.

L’école, je le répète, commence vendredi.

Alors voici ce que le gouvernement dit aux responsables des services de garde en milieu scolaire, de respecter les bulles «dans la mesure du possible». Aussi bien dire que c’est du grand n’importe quoi. [Le centre de service] n’est pas dupe, on sait très bien qu’on ne pourra vraisemblablement combler tous ces besoins, et nous avons déjà reçu des consignes concernant la façon la plus sécuritaire pour nous adapter, mais je tenais à dire que cela vient en contradiction directe avec le concept de la bulle. Si jamais un enfant tombe malade, nous n’aurons pas à intervenir seulement auprès de sa classe. Nous aurons aussi à avertir les élèves qui sont dans son groupe élargi au service de garde en provenance d’une deuxième classe», ou d’une troisième…

«Je n’ai personnellement pas de problème avec ces solutions, mais elles ont tous un point en commun : les bulles seront immanquablement éclatées au service de garde. Si le gouvernement est prêt à prendre ce risque, c’est lui le «boss», mais on discute tellement peu de nous que je ne sais pas s’ils nous ont oubliés.»

Je ne sais pas non plus.

Puis il y a le cégep aussi, où il y a aussi des points d’interrogation, où chaque établissement semble interpréter les règles à sa façon. 

Une mère m’a écrit, ses deux enfants entrent au cégep, et il lui reste beaucoup de questions elle aussi. «Le ministère de l’Éducation a envoyé les mêmes directives à tous les cégeps et demande de favoriser le plus de cours en présence, mais sans donner de chiffres précis. […] Ça leur laisse donc de la latitude pour décider ce qu’ils veulent faire. Certains établissements ont fait des classes extérieures, allongé l’horaire des journées, trouvé des salles plus grandes comme la cafétéria, la salle de spectacle, l’église... tout ça pour favoriser le maximum de présentiel. Mais c’est à géométrie variable, car d’autres établissements sont plus allés vers un programme de deuxième vague avec cours à distance au maximum. Le ministre [Jean-François] Roberge avait aussi parlé d’y aller pour le présentiel selon qu’il s’agit d’une région froide ou chaude, mais ce n’est pas non plus dans les directives écrites.»

Ça va comme c’est mené.

À l’autre bout des points d’interrogation, il y a des personnes comme Élisabeth Fortin, directrice de l’école secondaire Cardinal-Roy, qui doit tenter de répondre aux questions qui fusent de toutes parts. Préparer la rentrée est déjà un casse-tête en temps normal, ça devient carrément un exploit avec ce foutu virus qu’on doit tenir loin des classes et des élèves.

Je lui ai parlé jeudi, elle a trouvé un quart d’heure dans son horaire pour me raconter comment ça se passe à moins d’une semaine du Jour J, ce jour n’étant d’ailleurs pas le même pour tout le monde, les élèves des première, deuxième et troisième secondaires sont attendus en personne vendredi, et les élèves de quatrième et cinquième secondaires auront une rencontre virtuelle le matin.

Ils seront en classe lundi.

«Trouver des réponses, ce n’est pas si pire, c’est de les mettre en œuvre qui est plus compliqué!» me lance d’entrée de jeu la directrice de l’école, qui compte environ 70 élèves au programme régulier, presque 800 au programme sport-art-étude, partagés dans une quarantaine de disciplines, et plusieurs qui doivent être transportés entre l’école et l’endroit où ils pratiquent leur discipline. 

Elle et son équipe en sont encore à discuter avec les chauffeurs d’autobus à savoir s’ils acceptent de mettre un plexiglas derrière eux, faute de quoi il y aura quatre élèves sur les 48 prévus qui ne pourront pas y prendre place. Est-ce qu’on devra louer un autobus supplémentaire? «On ne le sait pas encore…»

Il faut aus­si penser aux professeurs qui deviennent itinérants et qui devront passer d’un local à l’autre, parfois jusqu’à une dizaine. «Avant, ils avaient leur local à eux et là, ça change, c’est quasiment le prof l’invité… Il a fallu acheter des chariots, prévoir des locaux pour eux» pour qu’ils puissent y laisser leurs affaires.

Peu importe le degré de préparation, Mme Fortin sait qu’il faudra s’ajuster au fur et à mesure. «Pour le dîner, ce qui est prévu, c’est que les élèves mangent un lunch froid ou un thermos dans leur classe au lieu d’aller à la cafétéria, mais on verra ça, on ne peut pas encabaner les élèves dans leur classe pendant une année!»

Ce sont les mots qui reviennent le plus souvent, «on verra», peu importe à qui on parle. «Il reste beaucoup de si...»

* Prénom fictif

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L'ABC DU MASQUE À L'ÉCOLE 

› Combien de masques prévoir?

Idéalement, l’enfant devrait partir le matin avec au moins deux masques propres, indique la Dre Chantal Sauvageau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec. L’enfant le change s’il l’a porté sur une longue durée, s’il l’a beaucoup manipulé, s’il est sale, s’il est tombé par terre ou s’il est humide, dit-elle.

«Si on l’a utilisé sur une très courte période, juste pour se rendre à notre local, je pense que c’est raisonnable de pouvoir le réutiliser dans la journée, à moins qu’il soit clairement souillé ou mouillé», indique la Dre Sauvageau. Pour le retour en autobus, le soir, il est préférable que les jeunes ne portent pas le même masque que le matin, ajoute-t-elle.

› Comment les transporter?

Les enfants peuvent partir de la maison avec deux sacs de type Ziploc ou deux pochettes lavables : un identifié «masques propres», l’autre identifié «masques sales».

Une fois qu’on l’a utilisé, idéalement, le couvre-visage ne devrait pas retourner dans la pochette des sacs propres», précise la médecin-conseil Chantal Sauvageau. Le deuxième sac peut donc servir à entreposer le masque entre les utilisations et à ramener les masques utilisés à la maison, le soir.

› Comment les manipuler?

«Les consignes de manipulation pour les enfants sont les mêmes que pour les adultes : se laver les mains avant de l’enfiler; l’enfiler en prenant les élastiques ou les ficelles; éviter de toucher le masque lorsqu’on le porte», nous écrit Marie-Claude Lacasse, du Ministère. Lorsqu’on retire le masque pour le mettre dans le sac prévu à cet effet, «ce qui est recommandé, c’est de le replier pour cacher la portion extérieure, où les microbes des autres ont pu venir se coller», explique Chantal Sauvageau.

› Quels masques choisir?

«Le plus important, c’est de choisir un couvre-visage adapté à la taille de l’enfant — qui couvre le nez et la bouche, sans être trop grand», indique Marie-Claude Lacasse, du Ministère. 

Trouver ou fabriquer un masque ayant à la fois plusieurs couches et une bonne respirabilité n’est pas toujours évident; la médecin-conseil Chantal Sauvageau en est bien consciente.

«Présentement, avec les types de tissus qui sont mis à la disposition de la population générale, et avec ce qui est fait par plusieurs compagnies, c’est très, très variable», constate-t-elle.

Si le masque a au moins deux couches (encore mieux, avec possibilité de mettre un filtre jetable à l’intérieur), s’il épouse quand même bien le contour du visage et s’il ne devient pas humide rapidement «on a déjà probablement un gain», conclut la Dre . D’après La Presse