La maladie mentale, c’est d’abord une maladie de cerveau. Environ une personne sur cinq en sera atteinte au cours de sa vie.

Santé mentale: avoir su

CHRONIQUE / Mars 2004, le fils de Michel Verreault est revenu à la maison pour la semaine de relâche, Michel l’a trouvé moins enjoué, a remarqué des comportements inhabituels. Son fils lisait la Bible, il n’avait jamais lu la Bible.

«Si j’avais su.»

Michel ne savait pas. Il n’aurait pas pu imaginer que son garçon était en train de perdre pied, lentement mais sûrement. Qu’environ un mois plus tard, il allait recevoir un coup de fil de l’université américaine où son fils étudiait.

«Je suis allé le chercher.»

Jusque-là, le garçon de Michel avait toujours été premier de classe, premier partout. «Il a toujours été très performant. Il été président de son école, athlète de l’année, il a gagné tous les trophées possibles. Il lisait, il faisait de la musique, du sport. Et il paraissait bien. Très bien.»

À 22 ans, son fils a sombré. «Il était en psychose. On ne l’a pas vu venir. On l’a trouvé différent [pendant la semaine de relâche], il avait l’air en dehors de notre monde. Mais on a mis ça sur le compte du stress, des examens qui s’en venaient...»

Il n’a plus remis les pieds à l’université.

A passé 10 mois à l’hôpital.

Michel Verreault, qui était à la tête d’une des plus grosses entreprises de construction de Québec, a affronté la tempête. «Ton fils, c’est toujours ton fils, peu importe ce qu’il a. On s’en est occupé. J’ai avisé tout le monde au bureau, je n’avais pas de cachette à faire. Et je ne voulais pas me mentir à moi-même.»

Il a accepté. «On a vécu avec ça. Il ne faut pas vivre dans la peur. Il faut accepter les conséquences possibles, comme le suicide. Tu vis avec ce portrait-là. Tu ne contrôles rien, ils peuvent ne pas t’écouter.»

Son fils a été traité à l’Institut de santé mentale de Québec, ils ont réussi à trouver la «bonne recette» de médication.

La clé du rétablissement.

Aujourd’hui, son garçon prend toujours sa médication, «il doit la prendre tout le temps sinon il va faire une rechute». Il arrive ainsi à avoir une qualité de vie correcte. «Il n’est pas malheureux.»

L’homme d’affaires aurait pu se contenter de s’occuper de son fils, il a décidé de s’impliquer pour éviter à d’autres ce qu’il avait vécu. «La maladie, on ne l’a pas vue venir, on ne connaissait pas les symptômes. Et les psychiatres nous ont dit que, si on était intervenus à ce moment-là, on aurait peut-être pu éviter le pire.»

Il aurait tellement voulu savoir, pour pouvoir réagir plus tôt. «Je veux que les parents connaissent les symptômes, je veux conscientiser les gens que leurs enfants peuvent avoir la même chose que mon fils a eue.»

Que ça peut arriver dans les meilleures familles. «Le premier conseil que j’ai reçu, c’est de ne pas me blâmer.»

En 2006, Michel Verreault s’est impliqué dans ce qui s’appelait la Fondation Robert-Giffard, devenue la Fondation de l’Institut en santé mentale de Québec. Il a pris la direction de la fondation en 2012, a changé son nom en janvier 2017 pour CERVO, parce que ça dit ce que ça dit.

La maladie mentale, c’est d’abord une maladie de cerveau.

Comme le foie, le cœur, les reins.

Environ une personne sur cinq en sera atteinte au cours de sa vie. La dépression fait chaque année plus de victimes au Québec que les accidents de la route.

Presque 1000.

En plus de faire de la sensibilisation et d’aiguiller les personnes vers les ressources, la Fondation CERVO finance aussi des recherches en santé mentale. «Le centre de recherche n’est pas très connu et pourtant, il y a des sommités qui y travaillent. On ne peut pas imaginer ce qui se fait ici...»

Voyez. Ils sont parvenus à mettre au point un premier test pour évaluer, par une analyse de la rétine, les prédispositions à la maladie mentale. L’appareil en est à l’étape de l’homologation. «Ce serait le premier test biologique mondial. Ça permettrait de prévenir, de détecter les gens, les enfants qui sont à risques.»

Il l’a fait passer à son petit-fils. «Tout est correct.»

Ce serait un pas de géant.

Aux grandes ambitions les grands moyens, la fondation CERVO s’est fixé un objectif de 10 millions de dollars, Michel en a donné un, à titre personnel. Il voulait le faire «anonyme», mais ses collègues lui ont suggéré de le faire publiquement. «Je fais ce don pour la recherche, pour les soins et les services. Et pour convaincre les autres de donner. Si les gens voient que les administrateurs y croient assez pour donner, ils vont se dire «on va donner aussi». «Le but, c’est la cause.»

C’est pour ça qu’il a accepté de raconter son histoire. «Je ne le fais pas juste pour mon fils, mais pour les autres.»