Mylène Moisan

On ne métamorphose pas un docteur en infirmière

CHRONIQUE / Le premier ministre l’a reconnu hier, «ça va être un gros défi de faire travailler tout ce monde-là ensemble, des gens qui ne sont pas habitués de travailler ensemble. Ça ne va pas être facile».

Des bras, oui, mais encore faut-il qu’ils sachent quoi faire.

Denis Drouin est co-médecin responsable du Groupe de médecine familiale Le Mesnil et médecin au CHSLD Notre-Dame de Lourdes au centre-ville, il m’a écrit pour me dire ce qu’il voit dans son CHSLD, où les infirmières «ne sont pas là essentiellement pour distribuer des pilules. Elles sont des spécialistes en nursing. Elles sont […] entraînées à gérer activement des soins personnalisés.» 

Au bout du fil, il m’explique qu’il trouve «ridicule et insultant» le message qu’envoie le gouvernement qu’un médecin puisse remplacer au pied levé une infirmière qui travaille en CHSLD. «Il semble y avoir méconnaissance du travail qu’elles font, c’est une forme de pratique qui est bien différente.»

J’ai parlé à une infirmière qui œuvre en CHSLD depuis 10 ans, elle m’a détaillé son quotidien, les plaies à évaluer, les signes à reconnaître. «C’est tellement vaste ce qu’on fait. On connaît les habitudes de vie de nos résidents, leurs routines et aussi leurs petits bobos. Il y a beaucoup de soins particuliers, même s’il n’y a pas beaucoup de soins invasifs. Et on a des protocoles qui sont spécifiques à l’hébergement.»

Sans parler du tout l’aspect humain.

Dans «l’urgence nationale», comme l’a répété François Legault, les médecins feront leur possible.

Le Dr Drouin pratique en CHSLD depuis quatre ans, il a levé la main quand des personnes se sont retrouvées orphelines de médecin à cause de la réforme de Gaétan Barrette et ses fameuses cibles d’inscriptions de patients. «Un patient normal comptait pour un, un patient vulnérable pour trois et un patient en CHSLD, zéro.»

Au Soleil, on avait dénoncé la situation, le calcul a été revu et un patient en CHSLD compte désormais pour six patients. 

Depuis qu’il travaille en CHSLD, le Dr Drouin est reconnaissant de pouvoir compter sur des professionnelles compétentes, encore davantage en ces temps de pandémie où les protocoles se multiplient. «J’ai une équipe de soin qui est très fiable, qui est très efficace. Le personnel est bon, on fait de bonnes observations. Avoir des professionnelles de cette qualité-là, c’est extraordinaire.»

Étant donné qu’il est dans la clientèle à risque, il travaille de chez lui, où on peut l’appeler n’importe quand.

Et ici, contrairement à Montréal, la situation dans les centres d’hébergement est maîtrisée. «À Québec, [le directeur de la santé publique] François Desbiens gère bien la situation. Il n’y a pas de panique comme à Montréal. On est privilégiés, on n’a pas beaucoup d’éclosions, il y a quelques cas qui sont connus et gérés.»

À Notre-Dame-de-Lourdes, comme dans la majorité des résidences de la ville, la COVID-19 n’est pas entrée. «Il y a trois semaines, j’ai fait tester tous les patients qui revenaient de l’hôpital, on mettait une étiquette orange sur leur porte pour appliquer les protocoles en attendant les résultats.»

Les tests sont tous revenus négatifs.

La situation est à ce point contenue qu’une dame a pu emménager au CHSLD pour accompagner son mari mourant avant que le gouvernement n’ouvre la porte aux proches aidants. «On a accepté de le faire pour des raisons humanitaires, elle habite ici avec son conjoint, qui est en fin de vie.»

Voilà qui contraste avec les histoires d’horreurs qu’on entend dans les résidences de la grande région de Montréal, où des gens meurent seuls.

Où des adieux se font par Facetime.

J’ai aussi parlé à certaines personnes que je connais et qui habitent en CHSLD, elles me disent aussi qu’elles ne ressentent pas le vent de catastrophe qui souffle à l’autre bout de la 20. C’est comme avant, ni mieux ni pire, avec une mention pour les efforts qui sont faits pour informer les familles.

Pour les rassurer.

Donc, pour le moment, pas besoin d’appeler des renforts à Québec. «Chez nous, ça se passe vraiment bien, il n’y a pas de problèmes, on a une très belle collaboration, confie l’infirmière. Depuis le début, il y a de gros protocoles qui sont mis en place à Québec et il y en a de nouvelles mesures chaque jour. C’est très bien.»

Souhaitons que ça continue.

CHSLD Notre-Dame de Lourdes